Retour à la terre

Bonjour, bonjour !

Avez-vous parfois des envies de changer de vie, de tout plaquer pour vous installer à la campagne ? Est-ce qu’il vous arrive de vous imaginer un matin arrivant en trombe (et sans rendez-vous !) dans le bureau du DRH pour lui annoncer que vous partez ouvrir un café littéraire dans le Jura ?!

Si oui, cet article est fait pour vous !

Sinon, peut-être le lirez-vous simplement par curiosité, juste parce que votre cousin Jean-Christophe a plaqué son job en or dans une start-up pour monter des chambres d’hôtes dans la Drôme et que vous aimeriez bien comprendre ce qui a pu lui passer par la tête… Il n’est pas le seul, Jean-Christophe, il y en a de plus en plus, dans les boîtes de marketing ou dans les services financiers, qui ont du mal à se concentrer sur les courbes de ventes ou sur l’indice du Nikkei.

Les néo-ruraux, comme on les appelle, sont très différents des hippies que nous avons connus dans les années soixante et soixante-dix. Ils partent souvent avec un job qui leur permet de travailler à distance, comme développeur informatique ou blogueuse 😉 Ou bien, l’un des deux dans le couple réussit enfin à se faire nommer dans le Cantal, ou bien encore, ils habitent une ville moyenne comme Angers et quittent le centre-ville pour s’installer dans la campagne environnante…

Entre le baba cool des années 70 et ces « rurbains » (autre dénomination), quelles différences et quels points communs, est-ce qu’on peut suivre le mouvement sans risque, même si on se croit bien préparé à une nouvelle vie ? Certes, il y a beaucoup de questions auxquelles on a bien pensé mais d’autres restent un peu en arrière-plan, et il ne faut pas négliger de les prendre en compte…

Evidemment, amies lectrices, si j’aborde ce sujet aujourd’hui, ce n’est pas un hasard. Voilà des années que nous en rêvons, et mon mari et moi nous sentons prêts à franchir le pas pour grossir les rangs de ces citadins qui quittent la ville pour la campagne ou la montagne.

Prêts ?  Enfin, presque… parce que ce n’est pas si simple.  Faisons le point et essayons d’y voir clair !

Back to the Larzac ?

Le 25 août 1973, sur le plateau du Larzac, environ 100 000 personnes se rassemblaient au cri de « Gardarem lou Larzac » (en occitan) pour défendre un territoire menacé par un projet de camp militaire. La contestation dura 10 ans, et le projet fut enterré par le président Mitterrand peu de temps après son élection. Pendant toute cette période, le plateau du Larzac fut non seulement le lieu d’une contestation essentiellement pacifiste et antimilitariste, mais le symbole de tout un mouvement de retour à la terre, qui commença à s’essouffler quand une partie de ceux qui avaient émigré à la campagne se rendirent compte que l’élevage et l’agriculture, c’est un métier, et que l’artisanat ne rapporte pas forcément de quoi élever une famille de 3 enfants…

Il faut pourtant imaginer comment, voyant après quelques années d’études le choix qui s’offrait entre travailler dans une compagnie d’assurances ou dans une industrie métallurgique (40 h par semaine à l’époque), et se retrouver à élever des chèvres dans des paysages somptueux comme peuvent l’être les gorges du Tarn ou le mont Lozère, beaucoup d’ex « soixante-huitards » n’hésitaient pas longtemps.

Agriculteurs ou bergers, apiculteurs ou artisans d’art, tous avaient en tête de refaire le monde, certains fondaient des communautés pour accéder à un nouveau mode de vie, fait de partage et d’amour. J’ai une immense tendresse pour ces hippies, ces illuminés, comme disaient les paysans en voyant arriver des tribus de jeunes chevelus, qui s’installaient dans des bergeries en ruine et les retapaient sans trop de moyens mais avec une ardeur qui finissait par les faire accepter des locaux.

J’en ai connu qui sont devenus maires ou conseillers municipaux, certains étant souvent à l’initiative de manifestations locales qui redonnèrent vie à des villages qui partaient à l’abandon depuis l’exode rural de l’après-guerre. Et de nos jours, les néo-ruraux apportent une opportunité de renouvellement pour ces zones désertées comme il y en a tant en France.

Gardarem lou moral !

Toutefois, beaucoup de ces exilés volontaires des années hippies reprirent le chemin de la ville et rentrèrent dans une carrière plus conforme à leur parcours familial et social. Car l’agriculture, encore une fois, ça ne s’invente pas, et il faut avoir l’âme sacrément chevillée au corps pour accepter les hivers rudes de l’Ariège, les longues soirées de janvier sans aucune possibilité de circuler sur les routes enneigées de la Haute-Loire, sans parler du simple fait d’aller au cinéma qui devient une idée à oublier totalement…

Mais, amies lectrices, le temps a passé depuis les années 70, dans les campagnes, on a la 4G, de la fibre optique et même plus besoin d’accrocher une soucoupe en métal sur la façade pour capter la télévision… Et de toute façon, en cas de mauvaise réception, on n’oubliera pas d’emporter de la musique (un gros disque dur plein de tout ce qu’on aime, moi, évidemment, les œuvres complètes des Rolling Stones !), et des stocks de DVD avec ses films préférés, ça peut servir pour les soirées d’hiver.

Alors, me direz-vous, on part où, et on fait quoi ? ah, ça, ce sont les deux questions essentielles, et voyons ce qui peut nous aider à choisir une destination …

Lac de Vassivière - Plateau de Millevaches
Lac de Vassivière – Plateau de Millevaches – un paradis !

Les régions de France où il fait bon vivre

Nous avons beaucoup de chance, la France est un très beau pays, ses paysages sont extrêmement variés ! Par exemple, savez-vous combien il y a de Parcs Naturels en France ? Pas moins de 10 parcs nationaux et 49 régionaux à ce jour, et une dizaine en attente de classement ! Ce classement assure non seulement une préservation de l’habitat, de la faune et de la flore, mais aussi une démarche alliant développement économique et gestion de l’environnement.

  • Les atouts d’un Parc Naturel

Voilà donc un premier paramètre à prendre en compte dans une recherche, choisir une région protégée par ce classement vous garantit – en principe – que la région pour laquelle vous avez eu le coup de foudre ne sera pas massacrée à la tronçonneuse…

Je ne vais pas passer à côté de l’opportunité de faire un peu de promotion pour la magnifique région (voir la photo !) d’origine de ma famille, la Corrèze, plus précisément le plateau de Millevaches, qui se repeuple d’année en année avec l’arrivée de néo-ruraux. Toutefois, le département a récemment imposé des coupes massives d’arbres au bord des routes pour passer la fibre optique, alors, je suis un peu en colère, même si la fibre optique, c’est une bonne idée pour ceux qui veulent travailler à la campagne. Élaguer aurait pu suffire. Donc, cette protection est un atout, mais on n’est pas à l’abri des mauvaises surprises.

  • Le climat

Alors là, c’est la grande question… à laquelle chacun peut apporter une réponse bien différente. Certains ne supportent pas la chaleur, d’autres le vent, certaines sont frileuses (c’est mon cas) et d’autres ne supportent pas la neige ou la vue d’une montagne, si, si, j’en connais, j’ai moi-même du mal à me faire à l’idée de ne pas voir le grand large, car j’ai vécu longtemps en Bretagne et j’adore l’océan …

En tous les cas, premier conseil, commencez par tester si possible plusieurs fois et en plusieurs saisons la région qui vous attire, pour ne pas découvrir que telle jolie vallée est rendue glaciale une partie de l’année à cause du mistral qui y souffle 6 mois par an ou que ce ravissant village découvert l’été dernier est du mauvais côté de la montagne et ne reçoit le soleil guère plus de 2 h par jour en hiver !

  • Les prix de l’immobilier

À moins d’avoir gagné au loto, il faudra bien tenir compte des prix, qui ne sont pas tout à fait les mêmes dans le Vaucluse que dans l’Indre, et nettement plus élevés sur le littoral qu’au centre de la France. Logique, plus c’est touristique, plus c’est cher.

Si votre idée est de monter une exploitation agricole ou un élevage, choisissez en fonction des terres disponibles et de leur compatibilité avec votre projet, car toutes les régions ne sont pas favorables à la culture maraîchère par exemple. Par contre, si vous avez un projet lié à des chambres d’hôtes ou à une activité telle que la restauration, vous allez devoir investir davantage au départ, vous pouvez dans ce cas vous faire aider par les Chambres de Commerce locales et trouver un vrai support logistique, parfois même financier.

Pour les micro-entrepreneurs ou les jeunes entreprises, certains départements ont des structures d’aides et de conseil, ouvrent des pépinières d’entreprises ou des espaces de co-working. En Creuse par exemple, vous pouvez trouver des bureaux et des maisons en location réservées aux porteurs de projets, une initiative conçue pour faciliter votre implantation. J’ai vu une Communauté de Communes dans l’Ain qui donnent des aides à la restauration des anciennes fermes ou maisons de hameaux. C’est que toutes ces régions ont vraiment besoin de se repeupler pour maintenir un niveau de services à la population (écoles, gendarmeries, services de santé…)

Par contre, si vous trouvez la maison de vos rêves – en apparence – sur Le bon coin, demandez un maximum de détails avant de prendre la route, car l’ambiance champêtre si bien mise en valeur dans l’annonce ne sera peut-être pas si idyllique que cela… Quand vous verrez que la ravissante ferme au toit de tuiles donne côté cour sur la nationale, et que côté jardin en effet, la vue est superbe, mais qu’on est en plein nord et que le toit s’écroule, vous aurez fait 1500 kms dans le weekend pour rien, pas drôle…

Donc posez un maximum de questions, demandez l’adresse exacte du bien, davantage de photos, jetez un petit coup d’œil sur Google Earth, tout cela vous permettra de vérifier que l’environnement et l’état du bien correspondent à vos attentes.

  • Nos attaches familiales

Partir c’est une chose, quitter ceux que l’on aime, famille, amis, en est une autre. A moins que précisément vous n’alliez rejoindre votre pays d’origine. Si vous changez de région, prenez bien en compte les distances routières, la proximité d’une gare grande ligne, pour ne pas transformer chaque déplacement en véritable périple, d’autant plus que les kilomètres, ça coûte cher…

Mon mari étant de Barcelone, ma famille entre Paris et Nantes, vous voyez comme l’Aquitaine ou l’Auvergne nous conviendrait bien pour être à mi-chemin de nos deux points d’ancrage familiaux !

S’implanter dans une région nouvelle, si l’on ne connait personne, c’est plus facile quand on a des enfants petits, car on fait très vite connaissance à la porte de l’école primaire. Moins ensuite, dès que les enfants vont en car au collège voisin, on ne croise plus les parents qu’une fois par an à la réunion parents-professeurs. A la retraite, c’est différent et on se fera plus vite des relations en intégrant le milieu associatif, toujours très actif dans les régions isolées. Intégrez la chorale, faites des sorties avec le club de randonnée, et vous serez vite entourés de nouveaux amis.

De toute évidence, s’installer dans une région dont votre famille est originaire vous donne un avantage certain, il est toujours plus facile d’arriver quelque part et de dire, je suis la petite fille de Louis Marvezac ou la nièce de Marie Darrassolles (au hasard !).

 

Quelle activité choisir ?!

Là, on atteint le cœur du problème, car il faut bien gagner sa vie, non ? Mais justement, si on pense partir, c’est qu’on a peut-être en tête de réussir sa vie, et non de réussir dans la vie, citation qui trouve tout son sens quand on est dans ce genre de questionnement. Pourtant, il faut bien penser à ses revenus mensuels, à la campagne comme à la ville, la vie a un coût…

  • Trouver un travail salarié sur place

Certaines professions sont plus recherchées que d’autres, je pense à toutes les professions très techniques, mais aussi les métiers de la santé tels que kinésithérapeutes, on en manque cruellement dans la plupart des régions, et il sera assez facile d’y trouver un emploi.

Evidemment, si votre entreprise, basée à Levallois-Perret, a une antenne à Montpellier, vous savez ce qu’il vous reste à faire, le siège du bureau du DRH 😉 J’ai un cousin fan de surf qui a pu se faire nommer à Biarritz après des années à Marne la Vallée, vous voyez un peu le bonheur !

  • Transférer son activité

L’activité, celle qui nous plait ou celle que nous avons toujours pratiquée – parfois on a la chance d’avoir les deux en même temps – sera-t-elle transférable ? Imaginons : je suis illustratrice, traductrice, rédactrice, j’ai de nombreux clients et aucun n’exige de me voir plus d’une fois par an, ou même, je ne les vois jamais mais j’ai du travail régulier. Dans ce cas, aucun problème, une connexion Internet fiable suffit pour installer son bureau en face du Mont Ventoux.

  • Créer son activité

La plupart de celles et ceux qui envisagent un « retour à la terre » ont un modèle à peu près semblable : aménager des chambres d’hôtes, cultiver un potager pour vivre quasiment en autarcie alimentaire et un revenu assuré par une activité à distance de l’un ou l’autre en télétravail, salarié ou en free-lance. Soyez en certains, on ne vit pas de chambres d’hôtes, ça ne peut être qu’un revenu d’appoint, il faut qu’au moins un des deux ait un revenu régulier pour vivre décemment. La question ne se pose pas si vous partez en retraite et touchez une pension suffisante pour assurer le quotidien et ses imprévus. Mais à propos d’imprévu, pensez à ne pas trop vous éloigner d’une grande ville, 1 heure de route en plein hiver, ça peut être compliqué.

Le vrai retour à la terre

Par ma famille corrézienne, j’ai des racines paysannes tenaces, et l’envie de vivre de ma récolte de châtaignes et de la vente de mes légumes ne m’a jamais quittée. Pas d’élevage, pour moi les animaux doivent vivre une belle vie et mourir de leur belle mort, donc si nous avons un poulailler, ce sera juste pour les œufs et on saura enfin combien de temps peut vivre une poule. Sujet de discussion récurrent avec mon mari qui voit les choses un peu plus, disons à l’ancienne, mais là je ne transigerai pas, il le sait 😉

Alors, je lis tout ce qui peut se lire sur la permaculture, il semble qu’avec une surface de 1 000 m² on peut envisager de vivre en autarcie alimentaire assez rapidement, et même gagner un peu d’argent avec les produits du potager au bout de quelques années. Pendant ce temps, mon mari se passionne pour l’apiculture et dévore des pages sur le sujet. Protéger les abeilles sera bientôt une grande cause mondiale pour l’environnement, et en montagne, on peut envisager de produire du miel, dans ces régions de forêts où l’air est encore pur, loin des zones d’agriculture intensive.

Une dernière question, on parle souvent de l’accueil des habitants dans les différentes régions de France, certaines ont meilleure réputation que d’autres. Il est des départements qui ont vu leurs villages renaître avec les nouveaux arrivants et qui les voient plutôt d’un bon œil, des régions où les traditions de solidarité sont plus fortes au regard de leur histoire ou de leur topographie.

Mais je suis intimement persuadée que c’est l’attitude de chacun d’entre nous qui fait la réussite ou l’échec de notre implantation. Savoir être simples, poser des questions sans être intrusifs, laisser le temps aux gens de vous apprécier sans forcer la relation, venir avec son envie et son sourire et participer à la vie locale sont les atouts qui seront déterminants.

Je suis née à Paris, j’ai habité en Provence, en Bretagne, deux très belles régions, mon mari est de Barcelone et toute sa famille vit dans cette ville merveilleuse. Alors, prochaine étape, on verra bien, et d’ailleurs, on parle souvent aussi du Canada, alors, pourquoi pas !!!

Et vous, dites-moi, il vous arrive souvent de rêver d’une autre vie ? Des expériences heureuses ou moins bien réussies ? On en reparle avec plaisir.

A bientôt, passez une très bonne semaine !

Corinne