Les Rolling Stones

50 ans avec Brian, Mick, Keith, Charlie, Ronnie… De 1968 à 2018, petite histoire de ma vie de fan des Rolling Stones.

Bonjour, bonjour

1968, Paris est en feu et Jean-Luc Godard tourne « Sympathy for the devil – One plus One », un film où alternent les scènes d’enregistrement en studio de la chanson des Stones, et des séquences de combats de rue, des discours politiques. Si 1968 est l’année où la musique des Stones marque un véritable tournant avec la sortie de Jumpin’Jack Flash en 45 tours, puis de l’album Beggars Banquet, (mon Dieu l’attente insupportable entre la sortie du 45 Tours et celle du 33 Tours …), il marque aussi pour moi le début de la vraie vie, et je n’exagère pas 😉

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En 68, je n’ai pas l’âge de me trouver sur les barricades, mais je viens de décrocher le droit de vivre une grande aventure, un séjour linguistique en Angleterre,  supposé parfaire ma maîtrise de la langue. En réalité, mon anglais n’est pas si mauvais que cela si l’on considère que je connais par cœur les paroles de toutes les chansons des Stones, mais ce n’est pas le moment de s’en vanter, et je traverse le Channel avec une excitation facile à imaginer !

Les Rolling Stones et moi

Let me please introduce myself…

Ma découverte des Rolling Stones date de l’année où mes parents ont acheté leur premier poste de télévision, un modèle si vintage qu’il s’arracherait sans doute à prix d’or à la salle Drouot ! Je ne sais par quel miracle je me trouvais devant ce poste en noir et blanc à l’image tremblotante, quand une apparition à la limite du divin emplit la totalité de l’écran, une sorte d’ange blond à la frange lisse et au regard souriant.

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Brian Jones en 1965

Brian Jones avait en effet un visage d’ange, mais avec la sortie du film de Jean-Luc Godard, je m’aperçus vite que mon idole était un ange déchu. La drogue faisait de toute évidence des ravages d’une extrême et inquiétante rapidité sur son organisme fragilisé par l’asthme. Et  bien sûr, cela avait des conséquences sur sa musique…

Or, dans le film de Godard, c’est Mick Jagger qui « crève l’écran ». J’oubliai l’ange pour vouer un culte désormais exclusif à celui qui mena les Stones au firmament de la musique rock, et fait hurler les foules de bonheur depuis cinquante ans, chanteur et danseur sans pareil.

Une fidélité toutefois légèrement entachée car les années passant, le côté Sir Michael Jagger dont Keith Richards s’est tant moqué se mit à m’agacer prodigieusement, sans compter que côté fidélité, évidemment, Mick Jagger n’a jamais donné l’exemple.

Keith Richards 1972
Keith Richards sur scène en 1972  ©CC BY-SA 2.0

J’ai éprouvé de plus en plus de tendresse pour Keith, sorte de phénix renaissant chaque fois de ses cendres, dévoré par l’alcool et la drogue mais se relevant toujours, passant un mois en cure avant de repartir en tournée. Il est pour moi, LE guitariste, celui qu’on ne pourra jamais remplacer, alors que les Stones ont remplacé successivement Brian Jones, Mick Taylor et même Bill Wyman, bassiste historique du groupe.

L’autre Stones irremplaçable, c’est Charlie Watts, le meilleur batteur du monde, une légende à lui tout seul, bien que le star system ne soit vraiment pas sa « cup of tea ». Si j’aime tellement Charlie Watts, c’est pour sa personnalité si peu conforme à l’image qu’on se fait d’une rock star, il est en effet l’homme le plus fidèle qui soit, marié depuis plus de 50 ans, appréciant plus que tout la vie en famille. S’il se fait un peu violence quand il s’agit de reprendre la route pour une nouvelle tournée, ne croyez pas que cela se ressente le moins du monde quand il est sur scène, et d’ailleurs, à l’applaudimètre, c’est lui qui détient tous les records !

Ma vraie fidélité, c’est donc au groupe entier que je la voue, à Mick Jagger, Keith Richards et Charlie Watts, sans oublier Ron Wood, toujours qualifié de « petit dernier », ce qui l’amuse beaucoup, lui qui a remplacé Mick Taylor, lui-même appelé après la mort de Brian, en 1974. Ron Wood est absolument fusionnel avec Keith, sur scène, on ressent une véritable osmose entre les deux, mais le fantôme de Brian Jones est encore parfois présent derrière le rideau…

Ladies and gentlemen, the Rolling Stones !

La première fois que j’ai vu les Stones sur scène, vous imaginez bien quel était mon état de fébrilité, c’était en 1970, au Palais des Sports. Paris toujours agité attendait le concert avec un frisson révolutionnaire, entretenu par les prises de position provocatrices des Stones, qui s’opposaient à l’image de « gentillesse » des Beatles.

Marketing intelligent de leur producteur Jimmy Miller, qui les a aidés à sortir de l’impasse musicale dans laquelle risquait de les entraîner l’album « Their Satanic Majesty Request », ou réelle adhésion aux idées de mai 68 ? La bonne réponse se situe probablement entre les deux hypothèses.

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Affiche du film Sympathy for the devil

En tous les cas, la présence de gauchistes dans la salle du Palais des Sports donna vite le ton, de même que celle des cars de CRS encadrant le quartier. On entendit des harangues de membres de la Gauche prolétarienne qui réclamaient la libération de militants, une intervention de Serge July, futur directeur du quotidien Libération, qui finit par « On a raison de se révolter », très en phase avec le thème révolutionnaire de « Street Fighting Man » qui clôtura le concert, que je passai accrochée au bord de la scène comme tant d’autres fans…

C’était pourtant après le terrible concert d’Altamont, mais le service de sécurité était assez peu présent, la jeunesse française ayant la réputation de lancer volontiers des pavés mais pas de transformer les salles de concert en territoires de guérilla urbaine, quoique… À Marseille, en 66, Mick Jagger avait reçu un projectile vraisemblablement lancé en direction d’un « représentant de l’ordre », mais en cet automne 1970, il ne semblait nullement inquiet devant le public parisien en délire.

J’ai revu les Stones plusieurs fois, mais j’ai cessé d’aller au concert quand le groupe a commencé à se produire dans des stades, quand le show à l’américaine est venu gâcher le plaisir de la musique… J’en parle dans cet article Les Stones et le foot 

Les femmes des Stones et moi

Some girls

Impossible de lire un article sur Mick Jagger sans y voir abordé le sujet de ses conquêtes féminines mais j’avoue que le sujet m’a toujours laissé assez indifférente, n’ayant aucun goût pour la presse people ni pour les potins.

C’est Keith Richards qui en parle le mieux, avec beaucoup d’humour : « toutes ses petites amies venaient pleurer sur mon épaule, et je leur disais, qu’est-ce que tu dirais à ma place, je suis collé à vie avec lui… »

Il raconte volontiers leurs premières années dans l’appartement de Chelsea, au 102 Edith Grove, où sans l’aide de quelques admiratrices pour payer le chauffage ou remplir le frigo, ils auraient connu de longues périodes de froid et de jeûne. Les premières groupies ignoraient qu’elles partageaient leur dîner et un peu plus avec les musiciens de ce qui serait un jour le plus grand groupe de rock du monde. Depuis, les groupies se sont succédées dans les hôtels de toutes les villes du monde, certaines épouses se sont lassées des infidélités de leur célèbre mari, mais cela ne change rien à l’histoire de la musique.

Pourtant, comment ne pas parler de Marianne Faithfull, la première, elle-même musicienne et chanteuse, actrice remarquable. Elle rencontra les Stones grâce à Andrew Loog Oldham, alors manager des Stones, qui lui confia la chanson « As tears go by » jugée trop sentimentale pour le public des Stones. Marianne est aussi l’auteur, et cela on le sait moins, de la chanson « Sister Morphine ». Marianne fut la compagne de Mick pendant plusieurs années, elle lui apporta sa culture littéraire et artistique et l’introduisit dans le milieu aristocratique dont elle était issue, comme avant elle une certaine Jane, fille de baron, qui inspira la chanson « Lady Jane ». Mick aimait les aristocrates, déjà…

Marianne Faithfull avait conquis le public des Stones et reste une chanteuse mythique. Elle sortira en novembre prochain un nouvel album, Negative Capability, enregistré avec Nick Cave. Après elle, l’arrivée de la belle Bianca Perez Morena de Macias, qui deviendra Bianca Jagger, ne séduisit pas les fans qui virent en elle une personnalité trop superficielle. C’est en partie vrai, tant elle fut de toutes les fêtes mondaines qui firent parler à l’époque, mais elle devint plus tard une militante politique dans son pays d’origine, le Nicaragua, où elle s’engagea notamment pour le droit des femmes. Puis vint Jerry Hall, compagne puis épouse en titre pendant près de 20 ans, mère de 4 enfants de Mick.

Brown sugar

Assez donc avec les petites amies d’un soir ou plus et les femmes de Mick Jagger. Toutefois il faut mentionner le rôle important que joua Anita Pallenberg dans la vie des Stones. Mannequin, actrice, elle fut d’abord la petite amie de Brian Jones qu’elle quitta pour Keith Richards, avec qui elle vécut près de 10 ans. Très liée aux artistes de l’underground new-yorkais, accompagnant le groupe dans toutes les tournées, elle fut une des égéries du rock des années soixante-dix, au point qu’on la nomma souvent le sixième Stones. Comme Marianne et Keith, elle n’échappa pas à la dépendance à l’héroïne et reste un symbole des années « sex, drug and rock and roll », si bien décrites dans le film « Performance » où on la vit dans les bras de Mick Jagger, et pas seulement pendant le tournage. Elle est morte il y a un peu plus d’un an, à soixante-quinze ans.

Je finirai juste ce paragraphe en évoquant celle pour laquelle ils eurent tous une passion, Tina Turner, l’explosive et fantastique chanteuse que les Stones ont contribué à faire découvrir au public lorsqu’elle était encore en couple, sur scène comme à la ville, avec Ike Turner, mais ceci est une autre histoire…

Les fans des Stones et moi

Gimme Shelter

« J’ai souvent pensé à me suicider, mais ça voulait dire rater le prochain Stones. »

Cette phrase révèle non seulement un goût musical très sûr 😉 mais aussi un humour qui me va droit au cœur, celui de Patti Smith, poétesse, peintre, musicienne, une sorte d’être idéal selon Cioran, « un ange dévasté par l’humour ».

Patti Smith, dont la vie mérite non pas un mais dix romans, tant elle a croisé tout ce que le monde du rock et de la contre-culture compte d’immenses artistes, est entrée en 2007 au Rock and Roll Hall of Fame. Pour cette occasion elle choisit de chanter « Gimme Shelter », une version qu’elle réussit à s’approprier superbement.

Dans mes rêves les plus fous, j’aurais voulu être Patti Smith, pour laquelle j’ai une immense admiration, et vivre avec Mick Jagger, enfin quelque temps seulement, parce que toute une vie, quand même, n’exagérons rien, on ne peut pas être fidèle longtemps à un infidèle, non ?!

J’envie beaucoup la magnifique Lisa Fischer, choriste en titre, compagne de toutes les tournées et diva de la scène au côté de Mick avec lequel elle donna parfois un spectacle très très chaud, notamment ce « Gimme Shelter » que je vous conseille …

Shine a light

Autre célèbre fan des Stones, Martin Scorcese, qui réalisa en 2006 le génial « Shine a light », avec, en présentateur aussi ému qu’on peut l’être, le président Bill Clinton himself, grand fan des Stones. En ouverture de la soirée, l’ex-président des Etats-Unis ne cache pas sa joie d’annoncer le concert filmé au Beacon Theatre de New York, concert dans lequel on voit en guest star une idole des Stones, Buddy Guy, ainsi que Jack Bruce des White Stripes et Christina Aguilera, pour un fantastique duo sur « Live with me ».

En France, au château de Fourchette…

Beaucoup, mais alors beaucoup moins connu, est un fan dont je suis obligée de taire le nom car il souhaite conserver l’anonymat, c’est le jardinier d’une résidence où je vécus quelque temps sur la côte atlantique. Originaire du petit village de TouraineMick Jagger possède un château, il m’a raconté plein d’anecdotes du temps où il secondait son oncle, jardinier en titre du domaine dans les années 80. Et toutes ces histoires montrent un homme charmant, respectueux du personnel à qui il offrait volontiers un verre de bon whisky, participant à la vie du village, fête du 14 juillet et mariages inclus. Ce qui me permet de raconter de temps en temps, « j’ai eu le même jardinier que Mick Jagger », avouez que ça fait classe 🤣

It’s only rock and roll…

Les années passent, ils sont tous septuagénaires, et malgré tout, ils sont encore capables de remuer des foules entières dans des tournées qui les amènent à traverser les pays et les continents. Ils vieillissent bien, comme le bon vin, ou plutôt le bon whisky, si l’on se réfère à la boisson préférée de Keith Richards, qui a abandonné les drogues dures, mais ne s’est pas mis à la verveine menthe pour autant.

Voilà, ce n’est que du rock and roll, mais j’aime tellement… Et ce n’est que mon deuxième article sur les Stones, j’avais promis de ne pas exagérer, mais le prochain est déjà dans ma tête 😉

A bientôt,
Corinne

 

 

Habitat partagé

Des communautés hippies aux écovillages, l’idée de l’habitat partagé a évolué ! A la campagne, en ville, il existe de nombreux modèles, et ça fonctionne plutôt bien. Sommes-nous prêts à vivre ensemble autrement ?

Bonjour, bonjour,

Il y a bien longtemps, (mais alors vraiment longtemps !), je répondais à une petite annonce parue dans le magazine « Actuel » une revue née en 1967 et disparue en 1994, qui fut pour le mouvement underground ce que les réseaux sociaux sont pour nous aujourd’hui. Musique, art, bande dessinée, littérature, politique, ce mensuel nous permettait d’accéder à toutes les informations sur la contre-culture et les modes de vie nés des mouvements contestataires américains et européens.

Et croyez-moi, si « Actuel » était réédité, je ne suis pas certaine qu’il passerait la censure… En tous les cas, je vous laisse imaginer la tête de ma prof de maths découvrant une BD de Robert Crumb ouverte sur mes genoux pendant un cours consacré aux secrets de la trigonométrie. Et bien, je vous le donne en mille, qu’est-ce qui m’aura été le plus utile dans la vie, certainement pas la trigonométrie 😉

Donc, que disait cette annonce ?  A peu près « Cherche volontaires pour retour à la terre et vie en communauté, Ariège, Hautes-Pyrénées… ». Si finalement le projet n’a pas abouti pour moi, au moins quatre de ceux qui répondirent sont en effet partis s’installer en montagne dans une bergerie loin de la civilisation. Quelques temps plus tard, ils avaient l’air très heureux mais les années ont passé, et bien sûr, nous avons perdu le contact.

Or un phénomène nouveau prend de l’ampleur depuis quelques années, avec les écovillages ou écohameaux, les écoquartiers même dans les villes, partant de l’idée qu’il est plus intéressant de se regrouper pour vivre et construire autrement, et ça fonctionne !

Alors, titillée par mes rêves de vie alternative, enchantée de voir se concrétiser des idées dont je fus une fervente adepte, j’ai eu envie d’en savoir plus…

Habitat partagé, pour qui, avec qui, comment ? Utopie ou au contraire mode de vie d’avenir ? Est-ce un système collectif basé sur une vie en autarcie, ou peut-il se concevoir avec une part d’indépendance pour chacun, questions et éléments de réponse !

Habitat partagé et contre-culture

Dès les années soixante-dix, lorsque le mouvement de « retour à la terre » a fait son apparition dans les courants de pensée de la génération hippy, le modèle proposé était plus que de l’habitat partagé : il s’agissait de tenter une vie en communauté, en abandonnant la notion de propriété individuelle, un mode de vie proche des phalanstères et très inspiré à la fois par la pensée anarchiste et les penseurs de l’utopie.

Ce mouvement fut très critiqué par les militants de l’extrême gauche, qui côtoyaient dans les facs les adeptes de la contre-culture, les uns et les autres se rejoignant lors des grandes luttes comme celle pour la sauvegarde du plateau du Larzac ou contre l’implantation de centrales nucléaires.

L’idée finalement commune aux deux groupes était celle résumée par cette phrase de l’écrivain Ayerdhal, « Si le monde ne te convient pas, tu n’as qu’à le changer ». Mais là où les uns prônaient la lutte politique contre le système, les autres préféraient l’idée d’aller construire un mode de vie différent, « ailleurs », c’est-à-dire dans une nature supposée permettre de redonner une chance aux humains de redécouvrir une sorte de paradis perdu. Vision certes un peu simpliste, mais qui a le mérite de proposer de faire un pas de côté par rapport au modèle de société imposé.

La plus belle réussite est certainement celle de la communauté de Longo Maï, (« pour longtemps » en occitan), créée à la fin des années soixante-dix en Provence par de jeunes européens, qui a su mener de front un projet de vie communautaire et libertaire sans renoncer à un engagement politique qui s’est affirmé au travers d’un soutien actif et sans faille envers les victimes de conflits. Longo Maï a accueilli des opposants chiliens dans les années 70, des dissidents d’Europe de l’Est dans les années 80, des réfugiés venus d’ex-Yougoslavie dans les années 90, et je crois que nous devrions leur rendre un hommage appuyé à l’heure où le monde nous interdit parfois d’ouvrir nos bras et nos portes, comme l’ont fait Cedric Herriou ou d’autres accusés de « faciliter » le passage des frontières aux migrants qui ont fui tant de privations et d’exactions de toutes sortes…

Habitat partagé : en mode rural

Je pense que l’on doit beaucoup à Pierre Rhabi, pour s’être un jour convaincu que le colibri de la légende amérindienne avait raison de faire ce qu’il pouvait pour éteindre l’incendie en apportant sa petite goutte d’eau, patiemment et avec opiniâtreté… Quelle que soit l’opinion que l’on ait de ce penseur de l’agroécologie, assez controversé depuis quelque temps, on est obligé de constater que son action a entraîné une réflexion sur l’agriculture, le monde rural, et notre rapport aux ressources que nous offre la nature, concept développé sous le nom d’agroécologie.

Historiquement, le GAEC (Groupement Agricole d’Exploitation en Commun), représente une forme de communauté, souvent familiale ou en tous les cas reproduisant le modèle familial. La différence est que le GAEC est essentiellement fondé sur une association, visant à fonctionner sur un modèle économique viable, alors que l’écovillage se veut un mouvement global orienté vers la transition écologique.

Les écovillages ou écohameaux regroupent des individus ou des familles souhaitant construire un nouveau mode de vie : habitat bioclimatique, permaculture, agriculture bio, mise en commun des services essentiels à la vie du groupe tels que crèches, écoles, bibliothèque… Le Hameau des Buis en Ardèche, fondé par la fille de Pierre Rabhi autour d’une école, est devenu la référence dans ce domaine.

Nous avons en Anjou un bel exemple de ce que peut être un tel projet avec la Terre Ferme, un écohameau qui se construit sur la base de l’abandon de l’idée de propriété individuelle, la mise en commun des énergies, des moyens et des ressources.

En Europe, certains projets sont soutenus par le FSE (Fonds Social Européen), et partout dans le monde, le mouvement des écovillages s’étend, au Bénin, au Burkina, où le gouvernement a lancé un programme de financement de 2 000 écovillages.

Vivre en écovillage demande de partager plus qu’une vision du monde. Il est nécessaire pour réussir un tel projet d’avoir une réelle capacité à fonctionner collectivement, d’admettre que chacun contribue à hauteur de ses compétences et capacités aux activités qui font vivre l’ensemble des habitants du village. Vous l’aurez compris, individualistes s’abstenir…

Façade de la Maison Radieuse
La Maison Radieuse – Rezé (44)

Habitat partagé : en mode urbain

J’ai visité un jour la Maison Radieuse conçue par Le Corbusier à Rezé (Loire Atlantique). Il y avait là une vision de l’habitat collectif qui m’a enthousiasmée : une école sur le toit, des espaces de rencontre ressemblant à une place de village à chaque étage, un local de partage des objets (je dépose ce dont je ne me sers plus, je prends ce qui m’intéresse…). Et pourtant, malgré cette volonté de créer une vie en commun au sein de la Cité, chaque appartement est conçu de manière à préserver l’intimité de ses balcons et terrasses.

Façade d'un immeuble
Les résidences Kalouguine

A Angers, les résidences Kalouguine, du nom de leur architecte, sont un ensemble de logements sociaux conçu pour proposer un autre type d’habitat collectif, et cette cité permet à des familles de profiter d’un superbe parc de 4 hectares au cœur de la ville. Les habitants qui y ont partagé enfance ou adolescence, ceux qui y vivent encore se retrouvent sur Facebook pour parler avec émotion de ces résidences qu’on a parfois surnommé les résidences Barbapapa en raison de leurs formes arrondies.

Toujours à Angers, un concours récent a retenu six projets, dans lesquels des immeubles paysagers mélangeront logements sociaux, appartements pour personnes âgées, espaces de coworking, boutiques, et même pour l’un d’entre eux, une ferme urbaine. Angers, ville numéro un en 2018 des villes de France où il fait bon vivre, c’est une récompense qui me semble méritée, mais j’avoue manquer parfois d’objectivité !

Partout en France, pour des citoyens soucieux de concevoir un type d’habitat qui correspond à leurs attentes en termes d’environnement et de conception des espaces, l’habitat participatif est la solution qui s’avère de plus en plus recherchée. Elle permet en effet d’intégrer les contraintes financières, les règlements d’urbanisme – ces derniers s’étant ouverts aux nouvelles visions de l’habitat collectif – et la construction de bâtiments au bilan énergétique satisfaisant.

Le logement social bénéficie de cette réflexion qui amène les architectes à penser autrement les espaces de demain.

Retraite en habitat partagé ?

Si vous avez vécu cette période de fourmillement de la contre-culture, je vous imagine comme moi à l’âge où cheveux blancs et vie professionnelle à peu près terminée vous laissent parfois devant une foule de questions sur le sens de nos parcours. Et en train de regarder si par hasard… ce ne serait pas le moment de faire ce pas de côté que nous n’avons pas osé faire il y a 40 ans.

Certains sont en train de le faire, parce que leurs moyens financiers ne leur laissent que peu d’espoir d’un mode de vie satisfaisant. Pourvus d’une volonté de changer leurs habitudes, et plutôt que d’aller s’installer, en bons néo-colonialistes, en Thaïlande ou au Maroc pour y jouir de leur pouvoir d’achat, ou au Portugal pour échapper au fisc, ils sont déjà nombreux à réhabiliter une ancienne ferme, acheter un ancien domaine ou juste une très grande maison pour partager ensemble, non pas une fin de vie mais un nouveau mode de vie, communautaire et réfléchi, solidaire et engagé.

Leur force : le temps dont ils disposent dorénavant, et l’énergie intacte que donnent des idées nourries au fil des années de la lecture et de l’expérience. Beaucoup expérimentent autonomie énergétique, permaculture et partage des tâches, tout en maintenant un œil ouvert sur le monde et les nouvelles possibilités qu’une technologie adaptée peut apporter à ce mode de vie volontairement engagé dans une démarche de bien-être collectif.

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Village retraite en Angleterre

Cette idée de l’habitat partagé pour les seniors a donné également naissance à un concept de « villages retraite », implantés en milieu rural, une réinterprétation du concept de village, qui mêle habitat individuel et participation collective à des loisirs, sans oublier la mise en place de services adaptés, souvent nécessaires à partir d’un certain âge. Mais le risque est de proposer un modèle qui met à l’écart tout autant que la « résidence services » ou la maison de retraite et de ne pas satisfaire une génération qui n’a aucune envie de se couper de la vie sociale et culturelle…

En milieu urbain, on voit bien que le problème ne se posera pas comme dans une commune rurale déjà désertée. Si vous avez entendu parler de la Maison des Baba Yagas, croyez-moi, aucun risque pour ces femmes trépidantes de se couper de leurs concitoyens ! En tous les cas, un projet intergénérationnel me semble une vision beaucoup plus souhaitable qu’un concept qui viendrait à isoler encore davantage nos aînés.

Alors, on partage ?! En tous les cas, que ce soit en milieu rural, dans les montagnes de l’Ardèche ou dans une banlieue de grande ville, je me dis qu’on a tout à gagner à retrouver un mode de vie plus humain, qui passe par un habitat mieux pensé en terme de performance énergétique, par un modèle d’agriculture raisonné, par l’application de technologies nouvelles à la gestion maîtrisée des ressources, par le respect de l’environnement, et par un regain de solidarité entre les générations.

A bientôt,
Corinne

 

Le retour du vinyle

Le grand retour du disque vinyle, le bonheur de revoir des disquaires dans nos rues, c’est la musique en mode vintage pour le meilleur des sons dans nos amplis.

Bonjour, bonjour,

Aujourd’hui, c’est back to the seventies, (again !), mais comme d’habitude, pour mieux parler du présent ! Célébrons avec bonheur le grand retour du vinyle et des disquaires.

Imaginez des boutiques ressemblant à un vieux garage aménagé par des ados pour leur première « boum », et vous aurez une idée de la déco d’un magasin de disques rock des années 70 : posters, affiches de concert, pochettes de vieux disques au mur et enceintes hifi géantes, un bonheur.

Et bien regardez ce qui se passe en ce moment : les boutiques de vinyles ont refait leur apparition dans les rues de nos villes, et c’est comme si les années 70 prenaient leur revanche sur 50 ans de course à la médiocrité acoustique. Depuis les premiers CD jusqu’aux horribles fichiers MP3, que de décibels gâchés sortent d’appareils au design aussi sophistiqué que leur restitution du son est parfois insoutenable !

Le vinyle apporte à la musique une qualité de son incomparable, et avec le retour des disquaires, c’est pour les passionnés un immense plaisir, celui de fouiller dans les bacs, d’y découvrir des trésors de musique, des pochettes illustrées par des artistes incroyables, et surtout le bonheur de pouvoir parler avec un.e disquaire, métier qu’on avait cru menacé d’extinction…

Mes premiers vinyles

Au temps du 45 ou du 33 tours, les disquaires branchés rock n’étaient pas si nombreux que cela, et à Paris où j’habitais alors, le Discobole de la gare Saint Lazare était la référence. Avec pas moins de 4 lycées et autant de collèges aux alentours, dans ce lieu de passage permanent, le Discobole était le rendez-vous incontournable de l’époque. On y trouvait depuis toujours de la musique classique et du jazz, et enfin un énorme rayon pop-rock , où l’on avait un choix incroyable et les conseils de vendeurs fous de musique, comme leurs clients.

J’allais y chercher tous les albums des Stones le jour de leur sortie en France, et ceux d’autres groupes que vous ne trouviez que là : Doors, Jefferson Airplane, Grateful Dead, Janis Joplin, Frank Zappa, Cream, les Who, Rory Gallagher… Je m’arrête avant que vous ne lâchiez la lecture ! C’était le règne de l’import, le must de toute collection de disques.

Mon premier vinyle fut un 45 tours, acheté en Angleterre où mes parents avaient eu la bonne idée de m’envoyer en séjour linguistique, je ne les en remercierai jamais assez, quel été … C’était « Hello, I love you, won’t you tell me your name » des Doors. Pas de dessin sur le papier à l’époque, une simple pochette blanche que je rapportais comme un trésor, et c’en était un.

Pochettes de disques vinyle
Quelques pochettes historiques !

Les pochettes des vinyles

Blanches, bleues, beiges, telles étaient les pochettes de papier des 78 tours, puis des 45 tours sortis par des petites maisons de disques qui prirent le risque – ô combien rentable à terme pour certaines – de financer de parfaits inconnus qui débarquaient un jour dans les studios avec juste leurs instruments et trois dollars (livres, francs..) pour finir le mois.

Mon premier 45 tours des Doors était gravé chez Elektra, maison fondée par un étudiant passionné, qui vendra ensuite le label à la Warner. No comment. Entretemps, en deux ans, ce fut une explosion de titres, d’enregistrements, de concerts live de tous les groupes, et l’industrie du disque comprit très vite l’intérêt de produire des pochettes originales, créations de photographes, dessinateurs et d’artistes renommés, on pense à Andy Warhol bien sûr, mais aussi Keith Haring, Robert Rauschenberg, Dali, Vasarely, et plus récemment Basquiat, Bansky, Jeff Koons…

Parmi ces pochettes collectors, on peut citer de nombreux albums des Stones, « Sticky Fingers » par Andy Warhol, avec sa fermeture à glissière de jeans en gros plan qui fut censurée dans de nombreux pays, « Exile on main street » par le photographe Robert Franck, « Goat Head Soup » par David Bailey…

Celles dessinées par Roger Dean pour le groupe Yes furent de pures merveilles d’art psychédélique, notamment la magnifique couverture de l’album « Tales from topographic ocean ». D’autres, plus intimes comme le merveilleux portrait N et B de Patti Smith sur l’album « Horses » par son compagnon Robert Mapplethorpe, portent une histoire qui mérite un article, mais ne cherchez pas, lisez « Just Kids » de Patti Smith, et vous saurez pourquoi cette photo porte tant d’émotion…

C’est dire si le retour du vinyle permet aussi de retrouver tout ce qui fit de l’élan extraordinaire de la contre-culture des seventies un mouvement si riche et foisonnant que nous sommes encore dans cette exploration sans fin des liens entre musique et écriture, dessin et composition, danse et photographie, ad libitum…

La qualité de son du vinyle

Outre le fait que sortir un album vinyle de sa pochette a quelque chose d’un rituel qui vous place tout de suite dans un autre état d’esprit que de cliquer sur une touche d’Ipod ou de téléphone, le vinyle restitue un son analogique et non numérique. La technique de compression des sons au format numérique a pour principal désavantage d’écraser les données audio, et donc de provoquer des pertes qui évidemment se retrouveront décuplées à l’écoute selon la qualité du baladeur que vous utiliserez, et on ne parle pas du smartphone…

Les spécialistes peuvent vous parler d’un album en comparant les diverses qualités des vinyles « pressés » dans différents pays, sachant que tel ou tel sera meilleur si vous achetez la version gravée au Japon ou en Allemagne, en France ou au Canada.

Bien sûr, le vinyle est fragile, il faut le manipuler avec précaution, il faut savoir régler la platine, d’autant que les manuelles sont en principe les plus performantes, et changer régulièrement le diamant de lecture. Bien sûr, il faut investir un peu dans du bon matériel, ampli et enceintes de qualité, mais rien ne remplace l’ambiance sonore d’un vinyle, en fermant les yeux, vous serez sur scène avec les Stones, en studio avec Pink Floyd, à Woodstock avec Santana…

Le roman du vinyle

Avez-vous lu le désopilant livre « High Fidelity » de Nick Hornby ? L’histoire se passe en partie dans un magasin de disques au bord de la faillite parce que le caractériel associé et néanmoins meilleur ami du héros met à la porte le premier client qui ose demander un exemplaire de U2 ou Simple Minds, groupes qui ne méritent – selon lui – que d’être dissous par décret le jour où la révolution rock aura enfin eu lieu. Et le pauvre client de sortir apeuré en s’entendant interdire ne serait-ce que de repasser sur le trottoir du magasin. Scène d’une rare cocasserie…

Les personnages sont obsédés par le top 10 : les 10 meilleurs albums rock de tous les temps, bien sûr, mais aussi les 10 meilleurs solos de guitare, les 10 meilleurs batteurs du monde etc… de quoi réviser ses connaissances sur Led Zeppelin, Eric Clapton et les Stones !

Dans le roman, le plus beau cadeau qu’un garçon puisse offrir à sa petite amie, c’est une compil de ses morceaux de musique préférés, un hommage musical sur K7, qui aura pris des heures à son auteur pour choisir les morceaux, leur ordre d’apparition, bref, la playlist d’un amoureux au temps du vinyle et qui vient de découvrir la K7 audio…

Vraiment, si vous n’avez pas lu ce roman et que vous aimez le rock et l’ambiance des années 70, je vous le conseille, c’est un chef d’œuvre d’humour british ! J’avoue que je n’ai pas vu le film, comme souvent, j’ai eu peur d’être déçue, mais réalisé par Stephen Frears avec John Cusack, ça doit être quand même pas trop mal.

Boutique de disques vinyles
La boutique de disques vinyle ou la caverne aux trésors

Hommage aux disquaires

Heureusement, tous les disquaires n’étaient pas aussi extrémistes, mais chacun avait une idée très précise de la musique qu’il souhaitait faire écouter à ses clients. A une époque où on ne s’informait pas par le net, vous trouviez auprès d’eux des informations précieuses comme la date de sortie en France du prochain album des Stones, le nom du nouveau groupe allemand qui venait de sortir un album psychédélique qui arriverait prochainement « dans les bacs », les concerts à venir, la qualité de tel ou tel ampli, bref, on pouvait passer des heures à parler dans la boutique

Savez-vous ce qui a tué les disquaires ? Le rachat des petites maisons par les « majors », qui obligèrent un jour les magasins de disques à prendre tout leur catalogue et non à choisir en fonction de leur clientèle. Imaginez un spécialiste du blues obligé de vendre du Patrick Juvet et vous aurez une idée de l’état de dépression avancé de certains qui fermèrent boutique plutôt que de se transformer en vulgaires points de vente…

Mais ce qui les fait revivre, ce sont les labels indépendants qui enregistrent des groupes dont vous n’entendrez jamais parler si vous ne passez pas chez votre disquaire, et là, il ne s’agit pas de vouer un culte à l’objet vinyle, mais de permettre à des artistes d’enregistrer leur musique et de se faire connaître. Vous aurez peut-être envie de dire, quel choix curieux, il est tellement facile de diffuser ses œuvres sur le net, mais pensez-vous réellement qu’un artiste inconnu ait ses chances lorsque les GAFA (Google, Apple, Facebook et Amazon) ont la main sur le web et les réseaux sociaux ?

Et puis de nombreux groupes connus sortent des albums vinyle, il y a de nombreuses rééditions, de quoi trouver son bonheur et rentrer chez soi avec des trésors…

Alor, si on revoit aujourd’hui des disquaires dans nos rues, aux côtés de librairies indépendantes et de boutiques vintage, ce n’est pas qu’une mode passagère, ni même une ode au passé, c’est un élan qui nous pousse à partager des passions, consommer autrement et prendre de chaque époque ce qu’elle a de meilleur, une qualité de vie.

Toujours une petite info pour ceux qui habitent dans l’Ouest, à Angers ne ratez pas Exit Music for a drink, et à Nantes Comme à la radio, qui vend aussi du matériel hifi vintage 😊

A bientôt,
Corinne

Le qi gong

Le qi gong, un art martial interne, né au Vème siècle en Chine dans le célèbre monastère de Shaolin, est un concentré de ce que peut nous apporter la médecine chinoise…

Bonjour bonjour,

Après mon article sur le yoga, j’avais envie de vous parler de mon expérience des arts martiaux chinois, qui a commencé (il y a pas mal d’années !) avec la pratique du wushu, à une époque où l’on disait plutôt kung fu et où les films de Bruce Lee faisaient salle comble dans les cinémas du Quartier Latin.

On était au début des seventies, et si toute une frange de la jeunesse, très influencée par le mouvement hippy, était attirée par la méditation et le yoga, l’autre découvrait les arts martiaux tels que le kung fu, le viet vo dao, le kendo, le taekwondo…

De mon côté, je ne voyais aucune incompatibilité entre mon côté ouvertement « peace and love », et la pratique d’un art martial enraciné dans la philosophie orientale, car il s’agissait autant d’une initiation intellectuelle et d’une découverte culturelle que d’un art du combat, c’est ce qui le rendait passionnant.

Je voyais aussi dans cette pratique une façon de prendre confiance en moi, et puis, j’avais cette idée que de savoir se défendre dans la rue, pour une fille, c’est toujours une bonne chose, même si, dans un monde idéal, on ne devrait pas avoir à penser à cet aspect de la question…

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Un film culte

Wushu ou qi gong ?!

J’aime toujours autant le wushu, avec ses enchaînements basés sur l’imitation des mouvements d’animaux comme le serpent, le tigre ou la mante religieuse, ses techniques impressionnantes dans certains styles acrobatiques et les armes utilisées dans de véritables chorégraphies.

J’ai eu l’occasion de voir les moines de Shaolin sur scène, c’était absolument magnifique. Au premier abord, ce spectacle ressemble plus à un show à l’américaine, une sorte de Shaolin Globe Trotters, très éloigné de l’esprit de la discipline. Pourtant, leur démarche vise à faire connaître leur art dans le monde entier et ce sont les moines qui ont atteint le plus haut niveau de pratique qui sont autorisés à participer aux tournées mondiales… Si vous vous intéressez aux arts martiaux et particulièrement au wushu, ne ratez pas cette extraordinaire démonstration, croyez-moi, vous en aurez le souffle coupé !

Aujourd’hui, soyons honnêtes, je fais partie de la silver generation, et même si je me repasse en boucle des films comme « Hero » ou « Tigre et Dragon », il faut se rendre à l’évidence, je n’ai plus le niveau ni l’âge pour me remettre au wushu. Pourtant, j’en avais bien envie, car moi qui suis un peu nerveuse, je serais plus du genre à pratiquer la boxe que la méditation pour relâcher les tensions d’une journée de travail !

C’est d’ailleurs un peu injuste de dire cela en parlant du wushu, dont seulement une partie est réellement orientée vers le combat, le sanda, alors que le sens profond du mot signifie plutôt l’art d’arrêter la guerre, aussi curieux que cela puisse paraître…

Le qi gong, un art martial interne

Donc, pendant une période professionnelle particulièrement difficile, j’ai voulu essayer une activité qui pourrait m’apporter un effet réellement relaxant. Le but : évacuer le stress de la journée grâce à une discipline qui est un concentré de philosophie et de médecine chinoise, le qi gong, un art particulièrement adapté aux seniors.

Le qi gong est né précisément dans ce monastère célèbre de Shaolin, en Chine, au Vème siècle, dans la lignée des gymnastiques taoïstes de longévité. Le sens de ce mot est évidemment difficile à rendre dans toutes ses nuances, mais il est généralement traduit par « maîtrise du souffle » ou « travail de l’énergie ».

Dans les arts martiaux, on distingue les arts martiaux internes et les arts martiaux externes, bien que cette distinction soit un peu trop simpliste pour les puristes, qui savent que les deux sont en relation permanente dans un apprentissage de haut niveau.

En effet, un art martial interne a pour principe d’apporter au pratiquant des bénéfices qui lui seront utiles dans l’exercice de son art, mais il a aussi pour objectif d’exercer une action préventive sur l’organisme de toute personne qui s’y adonne, par un contrôle de la respiration et une connaissance des organes vitaux et de leurs connexions.

Je m’explique : en médecine chinoise, on travaille sur les liens entre les fonctions vitales, les émotions, les cinq sens, les éléments et les saisons, tout cela passant par les méridiens. Par exemple, le foie, ainsi que son organe associé, la vésicule biliaire, est lié aux yeux qu’on appelle « les fenêtres du foie » et dans la pratique du qi gong, on travaillera cet organe, associé au bois et à la couleur verte, au printemps.

Un peu compliqué pour un cours où on vient chercher de la détente ?! Si vous n’avez pas envie de creuser la dimension « médecine interne » du qi gong, il suffit de penser que la respiration est ce qui amène l’oxygène dans notre sang, lequel irrigue d’autant mieux nos organes vitaux qu’il est débarrassé de ses toxines par un travail de respiration en profondeur destiné à libérer les bonnes énergies…

Et, rassurez-vous, on n’est pas obligé de tout retenir, il n’y a pas d’examen à la fin de l’année, pas de ceinture à passer comme au judo, le tout est d’être assidu au cours, et comme pour le yoga de pouvoir faire confiance à son professeur !

Posture de qi gong
Le regard et la main : deux points importants dans les postures de qi gong.

Le qi gong, lenteur et répétition

Les mouvements de qi gong sont extrêmement lents, et parfois, on peut rester dans la même position pendant de longues minutes, mais cette « posture » ne sera prise qu’après avoir parfaitement positionné toutes les zones du corps qui la rendent bénéfique pour l’organisme.

Si vous allez un jour en Chine, vous verrez les Chinois pratiquer dans les parcs, certains vous sembleront parfaitement immobiles, concentrés sur la respiration et la perception des flux énergétiques qui circulent dans le corps.

La plus célèbre des postures, dite « posture de l’arbre » met en œuvre 12 zones du corps entre la tête et les pieds, y compris la position de la langue dans le palais. Le qi gong travaille sur la posture, la respiration et l’intention, et pour atteindre l’objectif de l’exercice, la répétition quotidienne des mouvements est essentielle. L’exceptionnelle longévité des chinois qui pratiquent cette discipline chaque jour n’est plus à démontrer.

Bien entendu, il existe de nombreuses variantes dans l’enseignement du qi gong : certaines pratiques sont plus centrées sur la prévention, l’amélioration de la santé, d’autres sur la pratique spirituelle, ou sur la performance qui permet de développer son niveau dans l’apprentissage des arts martiaux externes.

A moins d’être dans cette deuxième optique, auquel cas c’est plus au sein des écoles de wushu que vous trouverez l’enseignement adapté, la plupart des cours que vous trouverez en France seront orientés vers un apprentissage des postures essentielles, destinées à améliorer le fonctionnement des organes vitaux et à renforcer notre système immunitaire.

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La Chine, perpétuelle source d’inspiration…

Choisir son cours de qi gong

Vous allez me dire, j’habite une ville de 5 000 habitants, je n’ai pas trop le choix, je n’ai trouvé qu’un seul cours. Dans ce cas, faites un ou deux cours d’essai, mais si cela ne vous convient pas, tentez une autre pratique. En effet, je ne vante pas le qi gong plus qu’une autre discipline, au contraire, je ne conseille que trop d’essayer plusieurs méthodes de relaxation avant de choisir celle qui vous convient. Qi gong, tai chi, yoga, Pilates, stretching, pour moi, il n’y a pas une méthode meilleure qu’une autre. Il y a celle qui vous convient le mieux, et surtout le professeur le plus sérieux. Et c’est là que le problème se pose.

Pour enseigner le qi gong, vous n’avez pas besoin d’un diplôme d’Etat, ni même d’être affilié à une fédération d’arts martiaux…

Tout récemment, j’ai vu s’afficher sur mon profil Facebook des publicités pour « devenir prof de qi gong, formation en 48 heures » ! J’imagine que quelqu’un qui a une pratique de longue date, n’a peut-être besoin que de savoir adapter ses connaissances réellement acquises pour passer à l’enseignement d’une discipline, mais en 48h, ça me semble bien peu sérieux. Et en surfant sur le web j’ai trouvé peu de formations qui ne soient pas de simples stages d’un weekend ou d’une semaine…

Les attestations de formation encadrées dans la salle de cours peuvent donc être tout à fait légitimes comme parfaitement trompeuses, et l’on voit des enseignants revenir de Chine avec un joli diplôme soigneusement calligraphié qui n’a de valeur que… décorative !

Donc, dans cette discipline comme dans le yoga, il faut d’abord s’informer auprès de ses ami.e.s, ne pas hésiter à poser des questions pendant le cours d’essai sur le nombre d’années de pratique du professeur, ses séjours en Chine récents ou non…

Petite précision à ce propos, je reviens au wushu, si vous habitez en Pays de la Loire, nous avons ici une des meilleures écoles de wushu de France, qui organise chaque année des stages en Chine. Le fondateur de l’école « Akwa Wushu » donne même des cours de pédagogie du sport à l’Université de Shangaï et ses élèves remportent des médailles dans toutes les compétitions, je vous donne le lien ici

En tous les cas, quel que soit votre choix, sachez que le qi gong est un art à la portée de tou.te.s, qu’il ne nécessite aucune autre capacité que celle de savoir respirer, chose que nous faisons souvent fort mal, et précisément, c’est ce que vous enseignera le qi gong, à mieux contrôler votre souffle pour le plus grand des bénéfices 😊

A bientôt,
Corinne