Le qi gong

Bonjour bonjour,

Après mon article sur le yoga, j’avais envie de vous parler de mon expérience des arts martiaux chinois, qui a commencé (il y a pas mal d’années !) avec la pratique du wushu, à une époque où l’on disait plutôt kung fu et où les films de Bruce Lee faisaient salle comble dans les cinémas du Quartier Latin.

On était au début des seventies, et si toute une frange de la jeunesse, très influencée par le mouvement hippy, était attirée par la méditation et le yoga, l’autre découvrait les arts martiaux tels que le kung fu, le viet vo dao, le kendo, le taekwondo…

De mon côté, je ne voyais aucune incompatibilité entre mon côté ouvertement « peace and love », et la pratique d’un art martial enraciné dans la philosophie orientale, car il s’agissait autant d’une initiation intellectuelle et d’une découverte culturelle que d’un art du combat, c’est ce qui le rendait passionnant.

Je voyais aussi dans cette pratique une façon de prendre confiance en moi, et puis, j’avais cette idée que de savoir se défendre dans la rue, pour une fille, c’est toujours une bonne chose, même si, dans un monde idéal, on ne devrait pas avoir à penser à cet aspect de la question…

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Un film culte

Wushu ou qi gong ?!

J’aime toujours autant le wushu, avec ses enchaînements basés sur l’imitation des mouvements d’animaux comme le serpent, le tigre ou la mante religieuse, ses techniques impressionnantes dans certains styles acrobatiques et les armes utilisées dans de véritables chorégraphies.

J’ai eu l’occasion de voir les moines de Shaolin sur scène, c’était absolument magnifique. Au premier abord, ce spectacle ressemble plus à un show à l’américaine, une sorte de Shaolin Globe Trotters, très éloigné de l’esprit de la discipline. Pourtant, leur démarche vise à faire connaître leur art dans le monde entier et ce sont les moines qui ont atteint le plus haut niveau de pratique qui sont autorisés à participer aux tournées mondiales… Si vous vous intéressez aux arts martiaux et particulièrement au wushu, ne ratez pas cette extraordinaire démonstration, croyez-moi, vous en aurez le souffle coupé !

Aujourd’hui, soyons honnêtes, je fais partie de la silver generation, et même si je me repasse en boucle des films comme « Hero » ou « Tigre et Dragon », il faut se rendre à l’évidence, je n’ai plus le niveau ni l’âge pour me remettre au wushu. Pourtant, j’en avais bien envie, car moi qui suis un peu nerveuse, je serais plus du genre à pratiquer la boxe que la méditation pour relâcher les tensions d’une journée de travail !

C’est d’ailleurs un peu injuste de dire cela en parlant du wushu, dont seulement une partie est réellement orientée vers le combat, le sanda, alors que le sens profond du mot signifie plutôt l’art d’arrêter la guerre, aussi curieux que cela puisse paraître…

Le qi gong, un art martial interne

Donc, pendant une période professionnelle particulièrement difficile, j’ai voulu essayer une activité qui pourrait m’apporter un effet réellement relaxant. Le but : évacuer le stress de la journée grâce à une discipline qui est un concentré de philosophie et de médecine chinoise, le qi gong, un art particulièrement adapté aux seniors.

Le qi gong est né précisément dans ce monastère célèbre de Shaolin, en Chine, au Vème siècle, dans la lignée des gymnastiques taoïstes de longévité. Le sens de ce mot est évidemment difficile à rendre dans toutes ses nuances, mais il est généralement traduit par « maîtrise du souffle » ou « travail de l’énergie ».

Dans les arts martiaux, on distingue les arts martiaux internes et les arts martiaux externes, bien que cette distinction soit un peu trop simpliste pour les puristes, qui savent que les deux sont en relation permanente dans un apprentissage de haut niveau.

En effet, un art martial interne a pour principe d’apporter au pratiquant des bénéfices qui lui seront utiles dans l’exercice de son art, mais il a aussi pour objectif d’exercer une action préventive sur l’organisme de toute personne qui s’y adonne, par un contrôle de la respiration et une connaissance des organes vitaux et de leurs connexions.

Je m’explique : en médecine chinoise, on travaille sur les liens entre les fonctions vitales, les émotions, les cinq sens, les éléments et les saisons, tout cela passant par les méridiens. Par exemple, le foie, ainsi que son organe associé, la vésicule biliaire, est lié aux yeux qu’on appelle « les fenêtres du foie » et dans la pratique du qi gong, on travaillera cet organe, associé au bois et à la couleur verte, au printemps.

Un peu compliqué pour un cours où on vient chercher de la détente ?! Si vous n’avez pas envie de creuser la dimension « médecine interne » du qi gong, il suffit de penser que la respiration est ce qui amène l’oxygène dans notre sang, lequel irrigue d’autant mieux nos organes vitaux qu’il est débarrassé de ses toxines par un travail de respiration en profondeur destiné à libérer les bonnes énergies…

Et, rassurez-vous, on n’est pas obligé de tout retenir, il n’y a pas d’examen à la fin de l’année, pas de ceinture à passer comme au judo, le tout est d’être assidu au cours, et comme pour le yoga de pouvoir faire confiance à son professeur !

Posture de qi gong
Le regard et la main : deux points importants dans les postures de qi gong.

Le qi gong, lenteur et répétition

Les mouvements de qi gong sont extrêmement lents, et parfois, on peut rester dans la même position pendant de longues minutes, mais cette « posture » ne sera prise qu’après avoir parfaitement positionné toutes les zones du corps qui la rendent bénéfique pour l’organisme.

Si vous allez un jour en Chine, vous verrez les Chinois pratiquer dans les parcs, certains vous sembleront parfaitement immobiles, concentrés sur la respiration et la perception des flux énergétiques qui circulent dans le corps.

La plus célèbre des postures, dite « posture de l’arbre » met en œuvre 12 zones du corps entre la tête et les pieds, y compris la position de la langue dans le palais. Le qi gong travaille sur la posture, la respiration et l’intention, et pour atteindre l’objectif de l’exercice, la répétition quotidienne des mouvements est essentielle. L’exceptionnelle longévité des chinois qui pratiquent cette discipline chaque jour n’est plus à démontrer.

Bien entendu, il existe de nombreuses variantes dans l’enseignement du qi gong : certaines pratiques sont plus centrées sur la prévention, l’amélioration de la santé, d’autres sur la pratique spirituelle, ou sur la performance qui permet de développer son niveau dans l’apprentissage des arts martiaux externes.

A moins d’être dans cette deuxième optique, auquel cas c’est plus au sein des écoles de wushu que vous trouverez l’enseignement adapté, la plupart des cours que vous trouverez en France seront orientés vers un apprentissage des postures essentielles, destinées à améliorer le fonctionnement des organes vitaux et à renforcer notre système immunitaire.

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La Chine, perpétuelle source d’inspiration…

Choisir son cours de qi gong

Vous allez me dire, j’habite une ville de 5 000 habitants, je n’ai pas trop le choix, je n’ai trouvé qu’un seul cours. Dans ce cas, faites un ou deux cours d’essai, mais si cela ne vous convient pas, tentez une autre pratique. En effet, je ne vante pas le qi gong plus qu’une autre discipline, au contraire, je ne conseille que trop d’essayer plusieurs méthodes de relaxation avant de choisir celle qui vous convient. Qi gong, tai chi, yoga, Pilates, stretching, pour moi, il n’y a pas une méthode meilleure qu’une autre. Il y a celle qui vous convient le mieux, et surtout le professeur le plus sérieux. Et c’est là que le problème se pose.

Pour enseigner le qi gong, vous n’avez pas besoin d’un diplôme d’Etat, ni même d’être affilié à une fédération d’arts martiaux…

Tout récemment, j’ai vu s’afficher sur mon profil Facebook des publicités pour « devenir prof de qi gong, formation en 48 heures » ! J’imagine que quelqu’un qui a une pratique de longue date, n’a peut-être besoin que de savoir adapter ses connaissances réellement acquises pour passer à l’enseignement d’une discipline, mais en 48h, ça me semble bien peu sérieux. Et en surfant sur le web j’ai trouvé peu de formations qui ne soient pas de simples stages d’un weekend ou d’une semaine…

Les attestations de formation encadrées dans la salle de cours peuvent donc être tout à fait légitimes comme parfaitement trompeuses, et l’on voit des enseignants revenir de Chine avec un joli diplôme soigneusement calligraphié qui n’a de valeur que… décorative !

Donc, dans cette discipline comme dans le yoga, il faut d’abord s’informer auprès de ses ami.e.s, ne pas hésiter à poser des questions pendant le cours d’essai sur le nombre d’années de pratique du professeur, ses séjours en Chine récents ou non…

Petite précision à ce propos, je reviens au wushu, si vous habitez en Pays de la Loire, nous avons ici une des meilleures écoles de wushu de France, qui organise chaque année des stages en Chine. Le fondateur de l’école « Akwa Wushu » donne même des cours de pédagogie du sport à l’Université de Shangaï et ses élèves remportent des médailles dans toutes les compétitions, je vous donne le lien ici

En tous les cas, quel que soit votre choix, sachez que le qi gong est un art à la portée de tou.te.s, qu’il ne nécessite aucune autre capacité que celle de savoir respirer, chose que nous faisons souvent fort mal, et précisément, c’est ce que vous enseignera le qi gong, à mieux contrôler votre souffle pour le plus grand des bénéfices 😊

A bientôt,
Corinne