Le retour du vinyle

Bonjour, bonjour,

Aujourd’hui, c’est back to the seventies, (again !), mais comme d’habitude, pour mieux parler du présent ! Célébrons avec bonheur le grand retour du vinyle et des disquaires.

Imaginez des boutiques ressemblant à un vieux garage aménagé par des ados pour leur première « boum », et vous aurez une idée de la déco d’un magasin de disques rock des années 70 : posters, affiches de concert, pochettes de vieux disques au mur et enceintes hifi géantes, un bonheur.

Et bien regardez ce qui se passe en ce moment : les boutiques de vinyles ont refait leur apparition dans les rues de nos villes, et c’est comme si les années 70 prenaient leur revanche sur 50 ans de course à la médiocrité acoustique. Depuis les premiers CD jusqu’aux horribles fichiers MP3, que de décibels gâchés sortent d’appareils au design aussi sophistiqué que leur restitution du son est parfois insoutenable !

Le vinyle apporte à la musique une qualité de son incomparable, et avec le retour des disquaires, c’est pour les passionnés un immense plaisir, celui de fouiller dans les bacs, d’y découvrir des trésors de musique, des pochettes illustrées par des artistes incroyables, et surtout le bonheur de pouvoir parler avec un.e disquaire, métier qu’on avait cru menacé d’extinction…

Mes premiers vinyles

Au temps du 45 ou du 33 tours, les disquaires branchés rock n’étaient pas si nombreux que cela, et à Paris où j’habitais alors, le Discobole de la gare Saint Lazare était la référence. Avec pas moins de 4 lycées et autant de collèges aux alentours, dans ce lieu de passage permanent, le Discobole était le rendez-vous incontournable de l’époque. On y trouvait depuis toujours de la musique classique et du jazz, et enfin un énorme rayon pop-rock , où l’on avait un choix incroyable et les conseils de vendeurs fous de musique, comme leurs clients.

J’allais y chercher tous les albums des Stones le jour de leur sortie en France, et ceux d’autres groupes que vous ne trouviez que là : Doors, Jefferson Airplane, Grateful Dead, Janis Joplin, Frank Zappa, Cream, les Who, Rory Gallagher… Je m’arrête avant que vous ne lâchiez la lecture ! C’était le règne de l’import, le must de toute collection de disques.

Mon premier vinyle fut un 45 tours, acheté en Angleterre où mes parents avaient eu la bonne idée de m’envoyer en séjour linguistique, je ne les en remercierai jamais assez, quel été … C’était « Hello, I love you, won’t you tell me your name » des Doors. Pas de dessin sur le papier à l’époque, une simple pochette blanche que je rapportais comme un trésor, et c’en était un.

Pochettes de disques vinyle
Quelques pochettes historiques !

Les pochettes des vinyles

Blanches, bleues, beiges, telles étaient les pochettes de papier des 78 tours, puis des 45 tours sortis par des petites maisons de disques qui prirent le risque – ô combien rentable à terme pour certaines – de financer de parfaits inconnus qui débarquaient un jour dans les studios avec juste leurs instruments et trois dollars (livres, francs..) pour finir le mois.

Mon premier 45 tours des Doors était gravé chez Elektra, maison fondée par un étudiant passionné, qui vendra ensuite le label à la Warner. No comment. Entretemps, en deux ans, ce fut une explosion de titres, d’enregistrements, de concerts live de tous les groupes, et l’industrie du disque comprit très vite l’intérêt de produire des pochettes originales, créations de photographes, dessinateurs et d’artistes renommés, on pense à Andy Warhol bien sûr, mais aussi Keith Haring, Robert Rauschenberg, Dali, Vasarely, et plus récemment Basquiat, Bansky, Jeff Koons…

Parmi ces pochettes collectors, on peut citer de nombreux albums des Stones, « Sticky Fingers » par Andy Warhol, avec sa fermeture à glissière de jeans en gros plan qui fut censurée dans de nombreux pays, « Exile on main street » par le photographe Robert Franck, « Goat Head Soup » par David Bailey…

Celles dessinées par Roger Dean pour le groupe Yes furent de pures merveilles d’art psychédélique, notamment la magnifique couverture de l’album « Tales from topographic ocean ». D’autres, plus intimes comme le merveilleux portrait N et B de Patti Smith sur l’album « Horses » par son compagnon Robert Mapplethorpe, portent une histoire qui mérite un article, mais ne cherchez pas, lisez « Just Kids » de Patti Smith, et vous saurez pourquoi cette photo porte tant d’émotion…

C’est dire si le retour du vinyle permet aussi de retrouver tout ce qui fit de l’élan extraordinaire de la contre-culture des seventies un mouvement si riche et foisonnant que nous sommes encore dans cette exploration sans fin des liens entre musique et écriture, dessin et composition, danse et photographie, ad libitum…

La qualité de son du vinyle

Outre le fait que sortir un album vinyle de sa pochette a quelque chose d’un rituel qui vous place tout de suite dans un autre état d’esprit que de cliquer sur une touche d’Ipod ou de téléphone, le vinyle restitue un son analogique et non numérique. La technique de compression des sons au format numérique a pour principal désavantage d’écraser les données audio, et donc de provoquer des pertes qui évidemment se retrouveront décuplées à l’écoute selon la qualité du baladeur que vous utiliserez, et on ne parle pas du smartphone…

Les spécialistes peuvent vous parler d’un album en comparant les diverses qualités des vinyles « pressés » dans différents pays, sachant que tel ou tel sera meilleur si vous achetez la version gravée au Japon ou en Allemagne, en France ou au Canada.

Bien sûr, le vinyle est fragile, il faut le manipuler avec précaution, il faut savoir régler la platine, d’autant que les manuelles sont en principe les plus performantes, et changer régulièrement le diamant de lecture. Bien sûr, il faut investir un peu dans du bon matériel, ampli et enceintes de qualité, mais rien ne remplace l’ambiance sonore d’un vinyle, en fermant les yeux, vous serez sur scène avec les Stones, en studio avec Pink Floyd, à Woodstock avec Santana…

Le roman du vinyle

Avez-vous lu le désopilant livre « High Fidelity » de Nick Hornby ? L’histoire se passe en partie dans un magasin de disques au bord de la faillite parce que le caractériel associé et néanmoins meilleur ami du héros met à la porte le premier client qui ose demander un exemplaire de U2 ou Simple Minds, groupes qui ne méritent – selon lui – que d’être dissous par décret le jour où la révolution rock aura enfin eu lieu. Et le pauvre client de sortir apeuré en s’entendant interdire ne serait-ce que de repasser sur le trottoir du magasin. Scène d’une rare cocasserie…

Les personnages sont obsédés par le top 10 : les 10 meilleurs albums rock de tous les temps, bien sûr, mais aussi les 10 meilleurs solos de guitare, les 10 meilleurs batteurs du monde etc… de quoi réviser ses connaissances sur Led Zeppelin, Eric Clapton et les Stones !

Dans le roman, le plus beau cadeau qu’un garçon puisse offrir à sa petite amie, c’est une compil de ses morceaux de musique préférés, un hommage musical sur K7, qui aura pris des heures à son auteur pour choisir les morceaux, leur ordre d’apparition, bref, la playlist d’un amoureux au temps du vinyle et qui vient de découvrir la K7 audio…

Vraiment, si vous n’avez pas lu ce roman et que vous aimez le rock et l’ambiance des années 70, je vous le conseille, c’est un chef d’œuvre d’humour british ! J’avoue que je n’ai pas vu le film, comme souvent, j’ai eu peur d’être déçue, mais réalisé par Stephen Frears avec John Cusack, ça doit être quand même pas trop mal.

Boutique de disques vinyles
La boutique de disques vinyle ou la caverne aux trésors

Hommage aux disquaires

Heureusement, tous les disquaires n’étaient pas aussi extrémistes, mais chacun avait une idée très précise de la musique qu’il souhaitait faire écouter à ses clients. A une époque où on ne s’informait pas par le net, vous trouviez auprès d’eux des informations précieuses comme la date de sortie en France du prochain album des Stones, le nom du nouveau groupe allemand qui venait de sortir un album psychédélique qui arriverait prochainement « dans les bacs », les concerts à venir, la qualité de tel ou tel ampli, bref, on pouvait passer des heures à parler dans la boutique

Savez-vous ce qui a tué les disquaires ? Le rachat des petites maisons par les « majors », qui obligèrent un jour les magasins de disques à prendre tout leur catalogue et non à choisir en fonction de leur clientèle. Imaginez un spécialiste du blues obligé de vendre du Patrick Juvet et vous aurez une idée de l’état de dépression avancé de certains qui fermèrent boutique plutôt que de se transformer en vulgaires points de vente…

Mais ce qui les fait revivre, ce sont les labels indépendants qui enregistrent des groupes dont vous n’entendrez jamais parler si vous ne passez pas chez votre disquaire, et là, il ne s’agit pas de vouer un culte à l’objet vinyle, mais de permettre à des artistes d’enregistrer leur musique et de se faire connaître. Vous aurez peut-être envie de dire, quel choix curieux, il est tellement facile de diffuser ses œuvres sur le net, mais pensez-vous réellement qu’un artiste inconnu ait ses chances lorsque les GAFA (Google, Apple, Facebook et Amazon) ont la main sur le web et les réseaux sociaux ?

Et puis de nombreux groupes connus sortent des albums vinyle, il y a de nombreuses rééditions, de quoi trouver son bonheur et rentrer chez soi avec des trésors…

Alor, si on revoit aujourd’hui des disquaires dans nos rues, aux côtés de librairies indépendantes et de boutiques vintage, ce n’est pas qu’une mode passagère, ni même une ode au passé, c’est un élan qui nous pousse à partager des passions, consommer autrement et prendre de chaque époque ce qu’elle a de meilleur, une qualité de vie.

Toujours une petite info pour ceux qui habitent dans l’Ouest, à Angers ne ratez pas Exit Music for a drink, et à Nantes Comme à la radio, qui vend aussi du matériel hifi vintage 😊

A bientôt,
Corinne