La méditation

La méditation : beaucoup ont adopté cette pratique, pour leur plus grand bien. Comment pratiquer, dans quel but, quels bénéfices en tirer, éléments de réponse avec une écrivaine et un tennisman, entre autres !

Bonjour, bonjour,

La première fois que j’ai entendu parler de méditation, on était dans la fin des années soixante et je lisais un article dans Melody Maker, le magazine anglais qu’on s’arrachait dans 2 ou 3 points de vente à Paris, où l’on vivait dans un manque permanent d’informations sur nos groupes de musique. Qui à l’ère d’Internet et des réseaux sociaux peut encore imaginer une telle pénurie ?!

On y apprenait que les Beatles avaient rencontré un yogi renommé en Inde, le Maharashi Mahesh, et peu de temps après, les Beatles et quelques uns des Rolling Stones s’envolaient pour un ashram dans un avion sans doute privé, cela permet de mieux planer, comme chacun le sait…

Photo des Rolling Stones avec le Maharashi Mahesh
Période un peu illuminée chez mes rockers préférés…

Seul rock star à résister à l’époque, Keith Richards, qui se vanta un jour « d’être le seul à ne pas avoir baisé les pieds du Maharashi ». J’avoue qu’à l’époque, j’avais l’esprit plus rock que mystique, et j’avais applaudi des deux mains mon guitariste préféré.

En réalité, je n’ai pas tellement changé, et vous allez sûrement trouver mon introduction assez irrévérencieuse… Mais je n’y peux rien, 10 ans d’études dans un établissement privé catholique, ça vous laisse soit totalement béat.e, soit plus que sceptique dès qu’on vous propose d’adhérer à une religion, même nimbée des atours de l’orient…  Je respecte les religions, cela dit, lorsqu’on n’essaie pas de me les imposer, mais moins de révérence et plus de science, telle serait ma devise !

Et si j’ai traversé une partie des seventies avec une écharpe de Bénarès autour du cou, ce n’est pas pour autant que j’ai renoncé à mon esprit critique, entretenu dans ces mêmes années par des études de philo à l’université de Nanterre. En quelque sorte le parcours idéal pour contrebalancer l’esprit qui régnait dans l’institution religieuse que je venais de quitter le bac en poche.

Les années passant, je vois autour de moi plein de gens se mettre à la méditation, et les pages sponsorisées que Facebook glisse habilement (enfin presque !) sur mon fil d’actualité m’amènent à m’intéresser de plus près au sujet, d’autant que je n’en suis jamais très éloignée avec les arts martiaux, le yoga et le qi gong, disciplines que j’apprécie beaucoup et sur lesquelles j’ai rédigé quelques articles précédemment.

Au-delà de la crédulité des adeptes, qui n’épargne aucune religion, je me suis demandée ce qui pouvait les attirer à ce point pour qu’autant de personnes adoptent la pratique de la méditation. La plupart d’entre nous, nous avons mené notre petit bonhomme de chemin avec l’aide des moyens du bord, parfois quelques séances de psy, parfois, c’est moins glorieux, mais on n’est pas là pour se mentir, avec l’aide d’un bon verre ou deux de Bordeaux, mais sans avoir besoin de recourir à ce qui semble être devenu le must du développement personnel. Alors, j’ai voulu en savoir plus.

Méditons, mes ami.e.s, méditons… et surtout sans médire 😉

Méditation et religion

Pour commencer, il faut se rappeler que la pratique de la méditation – comme celle du jeûne, du silence et de la prière – était bien au départ une pratique religieuse, prônée par toutes les religions du monde, qu’elles soient originaires d’Asie ou d’Occident.

Bouddhisme, hindouisme, islam, christianisme ont en commun de recommander la méditation comme exercice spirituel. Cela peut être un simple rituel de dévotion, une préparation à la prière, une recherche de sérénité, une forme de repli sur soi pour mieux concentrer ensuite ses pensées sur l’essentiel. L’art de la méditation peut aussi se transformer un véritable entrainement mental, fait d’exercices de développement des facultés sensorielles.

Alexandra David-Neel, sur le chemin de Lhassa
Alexandra David-Neel sur le chemin de Lhassa

Je vous ai parlé récemment d’Alexandra David-Neel, cette extraordinaire artiste, écrivaine, aventurière, anarchiste, féministe, et convertie au bouddhisme. Elle vécut son initiation en suivant toutes les étapes réservées aux plus grands yogis tibétains. Elle décrit dans son livre « Mystiques et magiciens du Tibet » la pratique du toumo, qui permet de contrôler la température de son corps. Les moines se livraient à des sortes de concours consistant à sécher le plus grand nombre de draps plongés dans l’eau glacée puis enroulés autour d’eux.

Malgré l’immense admiration que j’ai pour cette femme qui aurait eu 150 ans le 24 octobre de cette année – et ce sera mon humble hommage que de publier cet article aujourd’hui – je n’arrive pas à imaginer que je pourrais pratiquer une religion qui m’intéresse au plus haut point mais à laquelle je suis incapable d’adhérer.

Alexandra était fille de franc-maçon, franc-maçonne elle-même et anarchiste. Quelle conversion… Je reste captive à la lecture de ses récits si bien écrits, à la fois documentés et toujours empreints d’une inextinguible soif de connaissance. En tous les cas, j’aurais bien aimé apprendre ne serait-ce qu’un début de maîtrise de ma température corporelle, moi qui suis une grande frileuse !

Méditation et performance

Tout cela ne laisse pas de nous poser des questions, et les plus sceptiques d’entre nous, même s’ils ne sont pas vraiment convaincus, savent que malgré tout, des maîtres de la méditation ont marqué l’histoire de cette pratique par leur capacité à contrôler totalement leurs sensations, leur respiration, au point de s’arrêter de respirer pendant de longues minutes. C’est ce qui explique que les plongeurs en apnée soient le plus souvent des adeptes du yoga, et que les pratiquants de haut niveau aient un entraînement intégrant la méditation.

Dans la pratique du yoga, ou du moins de certaines formes de yoga (si vous voulez, voir mon article ici), la méditation est basée sur un travail du souffle, destiné à se libérer des émotions génératrices de stress. Il existe une quantité d’exercices de respiration visant à une relaxation totale qui permettra ensuite à l’esprit de se reconnecter au monde et de se concentrer sur l’essentiel.

Novak Djokovic
Novak Djokovic, concentré sur le point

Etant une fan de tennis, je suis de près tout ce qui concerne mes champion.ne.s et je sais que Novak Djokovic est un adepte de la méditation de pleine conscience. Au tennis, il faut oublier immédiatement le point perdu pour se concentrer sur le point suivant, comme dans tous les sports d’ailleurs. Sauf que dans le cas du tennis, les points s’enchaînent les uns après les autres sans répit, et c’est en général ce qui fait la différence dans un match entre deux athlètes de même niveau, la capacité de concentration, autrement dit le contrôle des émotions.

La méditation est également très présente dans les plus traditionnelles des écoles d’arts martiaux, qui alternent séances d’entraînements physiques extrêmement soutenues avec des temps réservés aux arts martiaux internes, tai-chi et qi gong, qu’on appelle aussi pratiques méditatives.

Méditation : ouvrir ses chakras

Ouvrir ses chakras, l’expression est pratiquement passée dans le langage courant, à plus ou moins bon escient parfois, et souvent avec une ironie non déguisée.

C’est l’exercice le plus connu dans la pratique de la méditation, qui consiste à ressentir les 7 points d’énergie vitale présents dans notre corps, qui vont du périnée à l’emplacement de la fontanelle (qui se referme après la naissance mais est toujours là), au-dessus de notre crâne. Si vous avez déjà pratiqué le yoga, vous savez sans doute que cet apprentissage est un travail de longue haleine, qui doit être entrepris avec un professeur réellement entraîné, car une mauvaise pratique peut avoir des conséquences tout à fait néfastes sur un esprit mal préparé à cet enseignement.

En effet, les chakras sont des sortes de régulateurs internes, de petits générateurs d’énergie que nous avons bien ou mal utilisés face aux épreuves physiques ou émotionnelles. Et ce d’autant plus que nous n’en avions jamais entendu parler, ni dans notre éducation traditionnelle, ni dans notre médecine occidentale peu encline à chercher dans les savoirs anciens des solutions à nos maux, physiques ou mentaux.

Pour les remettre en route, pour rouvrir ces fameux chakras, donc, il faut faire comme avec tout moteur qui n’a pas été utilisé depuis longtemps, le mettre en route doucement, l’écouter reprendre son rythme, et passer les vitesses tout doucement. Une comparaison peut-être un peu irrespectueuse mais qui a le mérite d’utiliser un langage clair pour de pauvres occidentaux matérialistes. Et puis comme je suis une motarde (ah bon je ne vous l’avais pas encore dit ?!) j’ai tendance à me servir de mots extraits de ma grammaire mécanique, plus basique 😉

Ceci vous expliquera sans doute que mon expérience du yoga en est restée à un stade réellement un peu « primaire », ce que je regrette parfois, mais j’ai une réticence évidente à entrer dans une pratique qui laisse peu de place à l’improvisation, tout en admettant les bienfaits évidents de la discipline.

Et c’est un peu cela mon idée, prendre le meilleur de tout ce que nous pouvons rencontrer d’idées ou de pratiques sur notre chemin, sans se laisser enfermer dans un mode de pensée plaqué de l’extérieur sur notre personnalité. Autrement dit, lire, s’informer, avoir une démarche critique et retenir ce qui est bon pour notre santé physique et mentale, et pour la bonne santé du monde qui nous environne, car tout est lié, et de cela au moins, je suis certaine.

Femme assise face au soleil
Méditation face au soleil : fermer les yeux et se recentrer sur l’essentiel, retrouver sa sérénité…

Méditation et santé

Puisque nous en venons à parler de notre santé, il est temps de se poser la question : est-ce que méditer a des effets positifs sur la santé ?

Là, je n’ai lu que des études qui prouvent que la réponse est clairement oui. A partir du moment où l’on fait un vrai travail de relaxation, comme au cours d’une simple séance de stretching ou de yoga, nous permettons à notre organisme de bénéficier d’un temps de repos, c’est le fameux lâcher prise.

Évacuer le stress est en soi une démarche qui ne peut être que bénéfique, quand on sait que le corps prend sa part de toutes les émotions négatives, pour la plupart d’entre nous, au niveau de la colonne vertébrale ou de l’appareil digestif. En évacuant, même provisoirement nos émotions négatives, nous dormons mieux, digérons mieux,  nous faisons plus facilement face aux petits tracas du quotidien.

La méditation va plus loin que la simple relaxation, en nous permettant de nous recentrer sur nous-mêmes, en nous aidant à lutter contre les agressions extérieures, qu’elles soient liées à notre environnement, notre travail ou nos problèmes relationnels.  Loin d’être une démarche de repli sur soi, elle va permettre de prendre conscience de la façon dont nous absorbons les événements, nous aider à les affronter ensuite en évitant les attitudes de fuite (déni, stratégies d’évitement…) ou les réactions d’agressivité qui ont les plus courantes en cas de conflit, et retrouver une forme de sérénité.

Je ne suis pas une adepte de la littérature de développement personnel, car je crois qu’on a beaucoup de pseudo-thérapeutes qui ont surfé sur une vague très porteuse. La méditation de pleine conscience, sujet qui revient dans nombre de publications, est en réalité une adaptation à l’occidentale de la 3ème voie de la sagesse que le bouddhisme décrit comme celle qui suit la phase d’apprentissage, puis celle de la compréhension intellectuelle. Cette 3ème voie de la sagesse permet de comprendre la réalité ultime, la sagesse suprême, mais ne vous y trompez pas, ce sont des années de pratique qui vous ouvriront cette voie si vous décidez d’adopter la religion bouddhiste.

La seule chose dont je peux témoigner, pour en avoir vu les effets sur des proches, c’est que la méditation peut être une alternative d’une grande efficacité en cas de syndrome dépressif, car elle remplace très efficacement les thérapies médicamenteuses.

Par ailleurs, elle reste un des meilleurs moyens de retrouver nos facultés de concentration souvent mise à mal par nos rythmes de vie, les perturbations du quotidien et le défilement permanent des informations sur nos écrans. Enfin, acquérir la maîtrise de la respiration, c’est augmenter ses capacités physiques en apportant davantage d’oxygène dans le sang, qui irrigue mieux les organes et aussi le cerveau, et retrouver le bonheur de sentir son corps fonctionner de mieux en mieux, profiter de plus longues randonnées, escalader, nager, ou bien sûr tenir plus longtemps sur un court de tennis 😊

Méditation et sommeil

L’un des effets les plus bénéfiques et les plus faciles à pratiquer au quotidien, c’est une forme très simple de méditation qui consiste à favoriser l’endormissement quand on a du mal à trouver le sommeil.

Commencez la méditation par visualiser un lieu agréable, un ruisseau de montagne, une petite crique au bord de l’océan, une forêt dans laquelle vous aimez vous promener. Si cela peut vous aider, imaginez que vous y êtes accompagné.e par une personne qui symbolise pour vous une sorte d’ange gardien bienveillant, que cette personne soit réelle ou imaginaire, peu importe.  Laissez venir les pensées et surtout n’essayez pas de chasser les pensées négatives. L’énergie que vous dépenserez à tenter de les évacuer ne vous laissera pas assez de force pour mettre en oeuvre les pensées positives, apprenez à les accepter car elles font partie de votre vie. Petit à petit, en associant cette démarche à une respiration contrôlée, vous vous sentirez probablement glisser doucement vers le sommeil.

Autre méthode très simple pour s’endormir même les jours un peu chargés de soucis : un exercice de respiration, qui consiste à poser ses mains sur son ventre, inspirer en gonflant d’abord le ventre, puis remonter les mains jusqu’à la poitrine en gonflant progressivement les poumons, bloquer la respiration quelques secondes (4 environ, pas plus) puis laisser l’air repartir par le nez en refaisant le chemin inverse. L’expiration doit être plus longue que l’inspiration. Au bout de quelques inspirations-expirations, vous devez vous sentir déjà beaucoup plus détendu.e. Vous pouvez aussi le faire dans la journée : en cas de gros coup de stress, avant une réunion de travail un peu tendue, pour préparer un rendez-vous important etc… Vous ne vous endormirez pas au bureau (ça m’est arrivé mais pour d’autres raisons !), mais vous serez plus à même de réagir calmement en situation de conflit.

Je profite de l’occasion pour dire un grand merci à l’un de mes fils, adepte de la méditation de longue date, qui m’a indiqué ces petites techniques très faciles à mettre en pratique, même si l’on n’a pas la chance d’avoir devant soi tous les jours un paysage aussi beau que la photo que j’ai choisie pour illustrer cette publication !

Voilà mes quelques réflexions sur la pratique de la méditation, j’espère que vous aurez trouvé cet article intéressant, en tous les cas, si vous essayez, vous me direz si ça marche pour vous ?

A bientôt,
Corinne

 

Cosmétique et greenwashing

En matière de cosmétique, le mensonge est roi et l’éthique souvent au plus bas. Comment s’y retrouver entre cosmétique naturelle et bio ? Consommer mieux pour préserver la biodiversité, c’est à nous de nous engager.

Bonjour, bonjour,

Depuis ma dernière recherche sur les crèmes miracles (voir mon article ici), j’ai voulu en savoir plus sur ce qui se cache derrière les marques qui nous vendent du « naturel » avec force arguments généralement très bien tournés mais pas toujours honnêtes.

Vous l’aurez compris, c’est surtout le greenwashing qui sera visé dans cet article, parce que dans l’univers sans foi ni loi des multinationales de la chimie et de la cosmétique, mentir est une tradition.

Pourquoi ? Parce que ce marché est un des plus porteurs au monde, il se vend chaque seconde pour 3 500 € de produits cosmétiques dans le monde (étude Oleassance).

Le greenwashing, c’est l’art de faire passer des vessies pour des lanternes, les lanternes du marketing émettant de jolies lumières vertes pour vous faire croire que le produit est aussi naturel que ce petit organe interne, pas très glamour, certes, mais indispensable à l’élimination de nos déchets…

Vous allez donc acheter avec le sentiment tout à fait valorisant de participer à la sauvegarde de la planète, une crème, un shampoing, une huile de massage etc… en étant persuadé.e de consommer un produit respectueux de l’environnement, alors que :

  1. Ses composants sont potentiellement dangereux pour l’organisme (naturel ne veut pas dire bio)
  2. Il est produit dans un pays dont les ressources sont pillées par l’industrie cosmétique (entre autres)
  3. La marque appartient à une multinationale peu scrupuleuse en matière d’éthique et d’environnement
  4. Ses produits sont testés sur les animaux pour conquérir – notamment – le marché chinois

Allez, on commence par les sujets qui fâchent, comme ça, on se garde tout plein d’infos agréables pour la fin !

Avocats utilisés en cosmétique
L’avocat, « or vert » et cosmétique

Cosmétique, déforestation et pesticides

On l’aurait presqu’oublié, pourtant il est numéro un sur le podium des cosmétiques dits naturels depuis des décennies : l’avocat. La demande mondiale étant croissante pour ce fruit très apprécié pour sa qualité nutritionnelle comme pour ses vertus en cosmétique, sa culture se répand au détriment de cultures moins gourmandes en eau. Il faut environ 1 000 litres d’eau pour produire 1 kg d’avocat. Les importations ne faisant qu’augmenter, récemment en Chine où l’on en consomme de plus en plus, je vous laisse imaginer l’empreinte carbone du kilo d’avocat…

Pire encore, le marché de ce fruit qu’on appelle « l’or vert » est devenu tellement « juteux » qu’au Mexique, principal exportateur de l’avocat, ce sont les cartels de la drogue qui s’y intéressent de plus en plus. Comme ces mafias locales se soucient de la vie des peuples indigènes ou des petits paysans comme de leur première mitraillette, la culture de l’avocat devient synonyme de déforestation, voire de déplacements de populations pour s’approprier les terres propices à la plante. L’agriculture bio n’étant pas leur spécialité, ils déversent des tonnes de pesticides sur les plantations, et l’on assiste depuis quelques années à une anormale recrudescence des malformations congénitales dans les régions de production.

On l’aura compris, si vous achetez un avocat, choisissez le bio, ce sera déjà une première précaution.

Quant à son utilisation en cosmétique, objet de cet article, si vous regardez les flacons des produits proposés dans la grande distribution, vous y verrez de l’huile d’avocat, certes, mais surtout un maximum de produits chimiques dont certains dérivés de l’huile de palme

Je n’ai pas besoin de vous rappeler les conséquences dramatiques de l’exploitation de l’huile de palme sur les forêts d’Indonésie et autres pays producteurs, cette vidéo d’un orang-outan dans sa forêt dévastée de Bornéo s’attaquant à une pelleteuse a fait le tour du monde (à voir ici). Mais sans que cela n’ouvre les yeux ni de nos industriels, ni de nos gouvernants. A nous donc de « faire le job » et de boycotter ces produits. D’ici 2020, l’orang-outan pourrait avoir disparu de notre planète…

Les produits cosmétiques que l’on trouve en grande surface appartiennent à des marques qui emploient des méthodes bien rôdées pour nous vendre du soi-disant naturel, car ils étudient de près nos envies de santé, de beauté et de plus, la vogue des produits exotiques ne faiblit pas, puisque bien entretenue par la publicité.

On nous parle à la fois nature, voyage et exotisme, et on achète les yeux fermés. Les premiers responsables du greenwashing sont les professionnels du marketing, certes, mais aussi les consommateurs peu soucieux de vérifier les informations contenues sur les étiquettes. A leur décharge, lire ces étiquettes demande une bonne dose de patience, des recherches sur Internet ou un doctorat en sciences… Or ces étiquettes nous renseignent, même mal, sur la dangerosité des substances contenues dans nos crèmes ou gels douches, qui y figurent avec un pourcentage beaucoup plus important que l’huile d’avocat (ou le monoï, la grenade, la vanille ou l’ylang-ylang…)

Oiseau au milieu de la forêt tropicale
Forêt tropicale primaire et biodiversité

Cosmétique et biopiraterie

En plus de favoriser la culture de plantes ou de céréales avec les conséquences que l’on sait sur l’environnement, l’industrie cosmétique se livre parfois à un pillage en règle des ressources d’un territoire que ses habitants protègent par leur mode de vie respectueux de la nature et de ses ressources.

La biopiraterie consiste à s’approprier, par le biais de dépôt de brevet, donc en toute « légalité », une semence, une plante ou une fleur « découverte » et identifiée pour ses vertus médicinales. Si je mets les deux mots entre guillemets, c’est bien que la question de la légalité d’un brevet se pose, lorsqu’il est accordé pour une soi-disant découverte, alors qu’il s’agit d’une plante utilisée par la population autochtone depuis des millénaires !

Actuellement, des ONG répertorient les connaissances et savoirs des habitants de ces régions particulièrement fragiles, pour démontrer l’illégalité de ces brevets et faire valoir l’antériorité de l’usage des plantes ou semences par les peuples premiers.

Au Pérou, dans les Andes et à très haute altitude, il existe une plante, le « maca », qu’on appelle aussi le ginseng péruvien, voire même le « viagra péruvien », inutile donc que je vous en précise les vertus. Cette plante a fait l’objet d’un dépôt par une firme peu scrupuleuse, qui flairait déjà une opportunité de vente à destination de la Chine, toujours friande d’aphrodisiaques. Au moins, ce commerce ralentirait peut-être, en cas de succès sur le marché, la chasse au rhinocéros…

D’ailleurs, les Chinois veulent en produire sur les hauteurs de l’Himalaya où le climat est comparable à ceui des Andes. De nombreux recours ayant été déposés, l’Office Européen des brevets a rejeté comme illégale cette demande d’enregistrement.

La fondation France Libertés a fait de la lutte contre la biopiraterie une de ses priorités. Pour le moment, la protection vise surtout les plantes reconnues pour leur efficacité contre certaines pathologies, ou pour leur valeur nutritive, mais c’est un début pour protéger aussi les plantes destinées à l’industrie cosmétique, et favoriser la lutte pour la biodiversité, car on sait ce qu’il advient d’une plante lorsque l’industrie met la main dessus…

Cosmétique et commerce équitable

Un bon exemple, le beurre de karité. Ce beurre étant issu de la récolte d’un arbre qui met trente ans à produire, sa commercialisation n’est donc pas synonyme de déforestation, au contraire. Et la mode du beurre de karité est une chance pour l’agriculture africaine, car elle permet à des villages de nombreux pays d’espérer un niveau de vie plus élevé. Au Burkina Faso, notamment, le gouvernement soutient la production du beurre de karité, principalement assurée par des femmes réunies en collectifs de production.

Dans ce pays, la marque l’Occitane s’est engagée sur le long terme dans un partenariat avec un prix d’achat soutenu qui lui permet d’importer les quantités dont elle a besoin tout en favorisant les productrices locales. Je n’ai pas beaucoup d’attrait pour cette marque dont les produits ne sont pas tous de très bonne qualité, ni bio (la filière karité s’engage actuellement dans cette voie) mais il semble qu’il y ait un réel effort de la marque, avec au bout un positionnement qui ne pourra que renforcer ses ventes, certes, mais aura un impact positif sur les producteurs locaux.

Par contre, cette marque vend en Chine et cela implique l’obligation pour le fabricant de procéder à des tests sur les animaux, autre sujet qui en plus de fâcher, tue.

Petit lapin à tête de bélier
L’image se passe de commentaire, non ?

Cosmétique et tests sur les animaux

S’il y a un sujet qui me met en colère, c’est bien celui-ci. Tester un rouge à lèvres sur l’anus d’un lapin, ou un sérum « de beauté » ( beauté du geste ?!) dans ses yeux, à notre époque, me semble totalement irresponsable, criminel et cynique. Ces tests sont censés vous garantir l’innocuité d’un produit, or, en l’état actuel de nos connaissances c’est parfaitement inutile. Et n’allez pas imaginer que ces animaux de laboratoire sont traités comme vous soignez votre joli lapin nain à tête de bélier dans la maison familiale…

La législation européenne est assez complexe sur ce sujet, et l’arrêt des tests sur les animaux ne concerne que certains produits purement cosmétiques, alors qu’elle les autorise sur d’autres produits de consommation, tels que produits ménagers, conservateurs et parfums.

Or il existe de nombreuses possibilités de tester sur des tissus reconstitués in vitro qui sont tout aussi fiables, et même la Chine commence à cesser d’exiger les tests sur animaux vivants, sauf pour de trop nombreux produits encore…

En attendant, parmi les produits les plus inoffensifs de l’industrie cosmétique, les produits bio et cruelty free sont en tête de tous les classements (enquêtes régulièrement menées par les associations de consommateurs). Dont acte…

Cosmétique et production locale

Le bon exemple, l’aloe vera, qui est entré depuis de nombreuses années dans la catégorie poids lourd de la cosmétique naturelle. L’aloe vera est produit dans des fermes dans le monde entier, notamment au Mexique, et aussi en Europe, France, Espagne, Italie… L’aloe vera a besoin de soleil pour pousser, mais j’ai même trouvé une productrice à Pouldreuzic, un petit coin du Finistère que j’aime tout particulièrement, et qu’on ne vienne pas me dire qu’il n’y a pas assez de soleil en Bretagne, cultiver sous serre, ça se fait aussi pour l’aloe vera ! Soit dit en passant, Pouldreuzic est le siège historique de la maison Henaff, et de son célèbre pâté, pas franchement bon, ni bio et encore moins végan, mais ça fait partie du patrimoine breton au même titre que les conserveries de sardine, et le marketing aime les histoires à raconter le soir à la veillée, au coin de la télé.

L’aloe vera serait une excellente plante non seulement pour nous, en médecine naturelle, comme en cosmétique, mais aussi pour l’environnement, puisque 20 plans d’aloe vera représentent la production d’oxygène d’un seul arbre, selon une association qui soutient sa culture dans le monde entier.

Cependant, les marques ayant réussi à nous faire acheter un produit qui nous semble devenu indispensable, forcément la demande augmente, et l’industrie cosmétique exerce une pression sur les zones de production, souvent au détriment des cultures locales essentielles à la survie d’une population. Le même sujet que pour le soja dans l’alimentation. Donc, on ne le répétera jamais aussi, informons-nous avant d’acheter, c’est le seul moyen de ne pas participer à une consommation irresponsable.

On trouvera donc des produits à l’aloe vera issu de cultures locales, et c’est une excellente chose. Par ailleurs, il existe dans le domaine de la cosmétique des marques qui ont fait le choix du commerce équitable, c’est le cas de la marque Pur Aloé, qui a souscrit à la charte du commerce équitable « operAequa », achète au Mexique en grande partie et aussi dans le sud de l’Espagne. Cette marque fabrique ensuite en France, des produits bio et d’excellente qualité à mon avis, et vous savez que mes avis sont absolument libres et désintéressés !

Voilà, j’ai essayé d’enquêter et je ne me suis pas trop trompée sur ma vision du monde de la cosmétique, que j’ai un peu connu professionnellement, et c’est sans doute pour cela que je cherche toujours à en savoir plus sur ce sujet qui nous concerne tou.te.s : la beauté et les produits que nous achetons pour hydrater, soigner, lisser notre peau fragile.

Mais au fait, est-elle fragile, ou fragilisée par des produits inadaptés et dangereux, c’est une question, non ?

A bientôt,

Corinne