Cosmétique et greenwashing

Bonjour, bonjour,

Depuis ma dernière recherche sur les crèmes miracles (voir mon article ici), j’ai voulu en savoir plus sur ce qui se cache derrière les marques qui nous vendent du « naturel » avec force arguments généralement très bien tournés mais pas toujours honnêtes.

Vous l’aurez compris, c’est surtout le greenwashing qui sera visé dans cet article, parce que dans l’univers sans foi ni loi des multinationales de la chimie et de la cosmétique, mentir est une tradition.

Pourquoi ? Parce que ce marché est un des plus porteurs au monde, il se vend chaque seconde pour 3 500 € de produits cosmétiques dans le monde (étude Oleassance).

Le greenwashing, c’est l’art de faire passer des vessies pour des lanternes, les lanternes du marketing émettant de jolies lumières vertes pour vous faire croire que le produit est aussi naturel que ce petit organe interne, pas très glamour, certes, mais indispensable à l’élimination de nos déchets…

Vous allez donc acheter avec le sentiment tout à fait valorisant de participer à la sauvegarde de la planète, une crème, un shampoing, une huile de massage etc… en étant persuadé.e de consommer un produit respectueux de l’environnement, alors que :

  1. Ses composants sont potentiellement dangereux pour l’organisme (naturel ne veut pas dire bio)
  2. Il est produit dans un pays dont les ressources sont pillées par l’industrie cosmétique (entre autres)
  3. La marque appartient à une multinationale peu scrupuleuse en matière d’éthique et d’environnement
  4. Ses produits sont testés sur les animaux pour conquérir – notamment – le marché chinois

Allez, on commence par les sujets qui fâchent, comme ça, on se garde tout plein d’infos agréables pour la fin !

Avocats utilisés en cosmétique
L’avocat, « or vert » et cosmétique

Cosmétique, déforestation et pesticides

On l’aurait presqu’oublié, pourtant il est numéro un sur le podium des cosmétiques dits naturels depuis des décennies : l’avocat. La demande mondiale étant croissante pour ce fruit très apprécié pour sa qualité nutritionnelle comme pour ses vertus en cosmétique, sa culture se répand au détriment de cultures moins gourmandes en eau. Il faut environ 1 000 litres d’eau pour produire 1 kg d’avocat. Les importations ne faisant qu’augmenter, récemment en Chine où l’on en consomme de plus en plus, je vous laisse imaginer l’empreinte carbone du kilo d’avocat…

Pire encore, le marché de ce fruit qu’on appelle « l’or vert » est devenu tellement « juteux » qu’au Mexique, principal exportateur de l’avocat, ce sont les cartels de la drogue qui s’y intéressent de plus en plus. Comme ces mafias locales se soucient de la vie des peuples indigènes ou des petits paysans comme de leur première mitraillette, la culture de l’avocat devient synonyme de déforestation, voire de déplacements de populations pour s’approprier les terres propices à la plante. L’agriculture bio n’étant pas leur spécialité, ils déversent des tonnes de pesticides sur les plantations, et l’on assiste depuis quelques années à une anormale recrudescence des malformations congénitales dans les régions de production.

On l’aura compris, si vous achetez un avocat, choisissez le bio, ce sera déjà une première précaution.

Quant à son utilisation en cosmétique, objet de cet article, si vous regardez les flacons des produits proposés dans la grande distribution, vous y verrez de l’huile d’avocat, certes, mais surtout un maximum de produits chimiques dont certains dérivés de l’huile de palme

Je n’ai pas besoin de vous rappeler les conséquences dramatiques de l’exploitation de l’huile de palme sur les forêts d’Indonésie et autres pays producteurs, cette vidéo d’un orang-outan dans sa forêt dévastée de Bornéo s’attaquant à une pelleteuse a fait le tour du monde (à voir ici). Mais sans que cela n’ouvre les yeux ni de nos industriels, ni de nos gouvernants. A nous donc de « faire le job » et de boycotter ces produits. D’ici 2020, l’orang-outan pourrait avoir disparu de notre planète…

Les produits cosmétiques que l’on trouve en grande surface appartiennent à des marques qui emploient des méthodes bien rôdées pour nous vendre du soi-disant naturel, car ils étudient de près nos envies de santé, de beauté et de plus, la vogue des produits exotiques ne faiblit pas, puisque bien entretenue par la publicité.

On nous parle à la fois nature, voyage et exotisme, et on achète les yeux fermés. Les premiers responsables du greenwashing sont les professionnels du marketing, certes, mais aussi les consommateurs peu soucieux de vérifier les informations contenues sur les étiquettes. A leur décharge, lire ces étiquettes demande une bonne dose de patience, des recherches sur Internet ou un doctorat en sciences… Or ces étiquettes nous renseignent, même mal, sur la dangerosité des substances contenues dans nos crèmes ou gels douches, qui y figurent avec un pourcentage beaucoup plus important que l’huile d’avocat (ou le monoï, la grenade, la vanille ou l’ylang-ylang…)

Oiseau au milieu de la forêt tropicale
Forêt tropicale primaire et biodiversité

Cosmétique et biopiraterie

En plus de favoriser la culture de plantes ou de céréales avec les conséquences que l’on sait sur l’environnement, l’industrie cosmétique se livre parfois à un pillage en règle des ressources d’un territoire que ses habitants protègent par leur mode de vie respectueux de la nature et de ses ressources.

La biopiraterie consiste à s’approprier, par le biais de dépôt de brevet, donc en toute « légalité », une semence, une plante ou une fleur « découverte » et identifiée pour ses vertus médicinales. Si je mets les deux mots entre guillemets, c’est bien que la question de la légalité d’un brevet se pose, lorsqu’il est accordé pour une soi-disant découverte, alors qu’il s’agit d’une plante utilisée par la population autochtone depuis des millénaires !

Actuellement, des ONG répertorient les connaissances et savoirs des habitants de ces régions particulièrement fragiles, pour démontrer l’illégalité de ces brevets et faire valoir l’antériorité de l’usage des plantes ou semences par les peuples premiers.

Au Pérou, dans les Andes et à très haute altitude, il existe une plante, le « maca », qu’on appelle aussi le ginseng péruvien, voire même le « viagra péruvien », inutile donc que je vous en précise les vertus. Cette plante a fait l’objet d’un dépôt par une firme peu scrupuleuse, qui flairait déjà une opportunité de vente à destination de la Chine, toujours friande d’aphrodisiaques. Au moins, ce commerce ralentirait peut-être, en cas de succès sur le marché, la chasse au rhinocéros…

D’ailleurs, les Chinois veulent en produire sur les hauteurs de l’Himalaya où le climat est comparable à ceui des Andes. De nombreux recours ayant été déposés, l’Office Européen des brevets a rejeté comme illégale cette demande d’enregistrement.

La fondation France Libertés a fait de la lutte contre la biopiraterie une de ses priorités. Pour le moment, la protection vise surtout les plantes reconnues pour leur efficacité contre certaines pathologies, ou pour leur valeur nutritive, mais c’est un début pour protéger aussi les plantes destinées à l’industrie cosmétique, et favoriser la lutte pour la biodiversité, car on sait ce qu’il advient d’une plante lorsque l’industrie met la main dessus…

Cosmétique et commerce équitable

Un bon exemple, le beurre de karité. Ce beurre étant issu de la récolte d’un arbre qui met trente ans à produire, sa commercialisation n’est donc pas synonyme de déforestation, au contraire. Et la mode du beurre de karité est une chance pour l’agriculture africaine, car elle permet à des villages de nombreux pays d’espérer un niveau de vie plus élevé. Au Burkina Faso, notamment, le gouvernement soutient la production du beurre de karité, principalement assurée par des femmes réunies en collectifs de production.

Dans ce pays, la marque l’Occitane s’est engagée sur le long terme dans un partenariat avec un prix d’achat soutenu qui lui permet d’importer les quantités dont elle a besoin tout en favorisant les productrices locales. Je n’ai pas beaucoup d’attrait pour cette marque dont les produits ne sont pas tous de très bonne qualité, ni bio (la filière karité s’engage actuellement dans cette voie) mais il semble qu’il y ait un réel effort de la marque, avec au bout un positionnement qui ne pourra que renforcer ses ventes, certes, mais aura un impact positif sur les producteurs locaux.

Par contre, cette marque vend en Chine et cela implique l’obligation pour le fabricant de procéder à des tests sur les animaux, autre sujet qui en plus de fâcher, tue.

Petit lapin à tête de bélier
L’image se passe de commentaire, non ?

Cosmétique et tests sur les animaux

S’il y a un sujet qui me met en colère, c’est bien celui-ci. Tester un rouge à lèvres sur l’anus d’un lapin, ou un sérum « de beauté » ( beauté du geste ?!) dans ses yeux, à notre époque, me semble totalement irresponsable, criminel et cynique. Ces tests sont censés vous garantir l’innocuité d’un produit, or, en l’état actuel de nos connaissances c’est parfaitement inutile. Et n’allez pas imaginer que ces animaux de laboratoire sont traités comme vous soignez votre joli lapin nain à tête de bélier dans la maison familiale…

La législation européenne est assez complexe sur ce sujet, et l’arrêt des tests sur les animaux ne concerne que certains produits purement cosmétiques, alors qu’elle les autorise sur d’autres produits de consommation, tels que produits ménagers, conservateurs et parfums.

Or il existe de nombreuses possibilités de tester sur des tissus reconstitués in vitro qui sont tout aussi fiables, et même la Chine commence à cesser d’exiger les tests sur animaux vivants, sauf pour de trop nombreux produits encore…

En attendant, parmi les produits les plus inoffensifs de l’industrie cosmétique, les produits bio et cruelty free sont en tête de tous les classements (enquêtes régulièrement menées par les associations de consommateurs). Dont acte…

Cosmétique et production locale

Le bon exemple, l’aloe vera, qui est entré depuis de nombreuses années dans la catégorie poids lourd de la cosmétique naturelle. L’aloe vera est produit dans des fermes dans le monde entier, notamment au Mexique, et aussi en Europe, France, Espagne, Italie… L’aloe vera a besoin de soleil pour pousser, mais j’ai même trouvé une productrice à Pouldreuzic, un petit coin du Finistère que j’aime tout particulièrement, et qu’on ne vienne pas me dire qu’il n’y a pas assez de soleil en Bretagne, cultiver sous serre, ça se fait aussi pour l’aloe vera ! Soit dit en passant, Pouldreuzic est le siège historique de la maison Henaff, et de son célèbre pâté, pas franchement bon, ni bio et encore moins végan, mais ça fait partie du patrimoine breton au même titre que les conserveries de sardine, et le marketing aime les histoires à raconter le soir à la veillée, au coin de la télé.

L’aloe vera serait une excellente plante non seulement pour nous, en médecine naturelle, comme en cosmétique, mais aussi pour l’environnement, puisque 20 plans d’aloe vera représentent la production d’oxygène d’un seul arbre, selon une association qui soutient sa culture dans le monde entier.

Cependant, les marques ayant réussi à nous faire acheter un produit qui nous semble devenu indispensable, forcément la demande augmente, et l’industrie cosmétique exerce une pression sur les zones de production, souvent au détriment des cultures locales essentielles à la survie d’une population. Le même sujet que pour le soja dans l’alimentation. Donc, on ne le répétera jamais aussi, informons-nous avant d’acheter, c’est le seul moyen de ne pas participer à une consommation irresponsable.

On trouvera donc des produits à l’aloe vera issu de cultures locales, et c’est une excellente chose. Par ailleurs, il existe dans le domaine de la cosmétique des marques qui ont fait le choix du commerce équitable, c’est le cas de la marque Pur Aloé, qui a souscrit à la charte du commerce équitable « operAequa », achète au Mexique en grande partie et aussi dans le sud de l’Espagne. Cette marque fabrique ensuite en France, des produits bio et d’excellente qualité à mon avis, et vous savez que mes avis sont absolument libres et désintéressés !

Voilà, j’ai essayé d’enquêter et je ne me suis pas trop trompée sur ma vision du monde de la cosmétique, que j’ai un peu connu professionnellement, et c’est sans doute pour cela que je cherche toujours à en savoir plus sur ce sujet qui nous concerne tou.te.s : la beauté et les produits que nous achetons pour hydrater, soigner, lisser notre peau fragile.

Mais au fait, est-elle fragile, ou fragilisée par des produits inadaptés et dangereux, c’est une question, non ?

A bientôt,

Corinne