La méditation

Bonjour, bonjour,

La première fois que j’ai entendu parler de méditation, on était dans la fin des années soixante et je lisais un article dans Melody Maker, le magazine anglais qu’on s’arrachait dans 2 ou 3 points de vente à Paris, où l’on vivait dans un manque permanent d’informations sur nos groupes de musique. Qui à l’ère d’Internet et des réseaux sociaux peut encore imaginer une telle pénurie ?!

On y apprenait que les Beatles avaient rencontré un yogi renommé en Inde, le Maharashi Mahesh, et peu de temps après, les Beatles et quelques uns des Rolling Stones s’envolaient pour un ashram dans un avion sans doute privé, cela permet de mieux planer, comme chacun le sait…

Photo des Rolling Stones avec le Maharashi Mahesh
Période un peu illuminée chez mes rockers préférés…

Seul rock star à résister à l’époque, Keith Richards, qui se vanta un jour « d’être le seul à ne pas avoir baisé les pieds du Maharashi ». J’avoue qu’à l’époque, j’avais l’esprit plus rock que mystique, et j’avais applaudi des deux mains mon guitariste préféré.

En réalité, je n’ai pas tellement changé, et vous allez sûrement trouver mon introduction assez irrévérencieuse… Mais je n’y peux rien, 10 ans d’études dans un établissement privé catholique, ça vous laisse soit totalement béat.e, soit plus que sceptique dès qu’on vous propose d’adhérer à une religion, même nimbée des atours de l’orient…  Je respecte les religions, cela dit, lorsqu’on n’essaie pas de me les imposer, mais moins de révérence et plus de science, telle serait ma devise !

Et si j’ai traversé une partie des seventies avec une écharpe de Bénarès autour du cou, ce n’est pas pour autant que j’ai renoncé à mon esprit critique, entretenu dans ces mêmes années par des études de philo à l’université de Nanterre. En quelque sorte le parcours idéal pour contrebalancer l’esprit qui régnait dans l’institution religieuse que je venais de quitter le bac en poche.

Les années passant, je vois autour de moi plein de gens se mettre à la méditation, et les pages sponsorisées que Facebook glisse habilement (enfin presque !) sur mon fil d’actualité m’amènent à m’intéresser de plus près au sujet, d’autant que je n’en suis jamais très éloignée avec les arts martiaux, le yoga et le qi gong, disciplines que j’apprécie beaucoup et sur lesquelles j’ai rédigé quelques articles précédemment.

Au-delà de la crédulité des adeptes, qui n’épargne aucune religion, je me suis demandée ce qui pouvait les attirer à ce point pour qu’autant de personnes adoptent la pratique de la méditation. La plupart d’entre nous, nous avons mené notre petit bonhomme de chemin avec l’aide des moyens du bord, parfois quelques séances de psy, parfois, c’est moins glorieux, mais on n’est pas là pour se mentir, avec l’aide d’un bon verre ou deux de Bordeaux, mais sans avoir besoin de recourir à ce qui semble être devenu le must du développement personnel. Alors, j’ai voulu en savoir plus.

Méditons, mes ami.e.s, méditons… et surtout sans médire 😉

Méditation et religion

Pour commencer, il faut se rappeler que la pratique de la méditation – comme celle du jeûne, du silence et de la prière – était bien au départ une pratique religieuse, prônée par toutes les religions du monde, qu’elles soient originaires d’Asie ou d’Occident.

Bouddhisme, hindouisme, islam, christianisme ont en commun de recommander la méditation comme exercice spirituel. Cela peut être un simple rituel de dévotion, une préparation à la prière, une recherche de sérénité, une forme de repli sur soi pour mieux concentrer ensuite ses pensées sur l’essentiel. L’art de la méditation peut aussi se transformer un véritable entrainement mental, fait d’exercices de développement des facultés sensorielles.

Alexandra David-Neel, sur le chemin de Lhassa
Alexandra David-Neel sur le chemin de Lhassa

Je vous ai parlé récemment d’Alexandra David-Neel, cette extraordinaire artiste, écrivaine, aventurière, anarchiste, féministe, et convertie au bouddhisme. Elle vécut son initiation en suivant toutes les étapes réservées aux plus grands yogis tibétains. Elle décrit dans son livre « Mystiques et magiciens du Tibet » la pratique du toumo, qui permet de contrôler la température de son corps. Les moines se livraient à des sortes de concours consistant à sécher le plus grand nombre de draps plongés dans l’eau glacée puis enroulés autour d’eux.

Malgré l’immense admiration que j’ai pour cette femme qui aurait eu 150 ans le 24 octobre de cette année – et ce sera mon humble hommage que de publier cet article aujourd’hui – je n’arrive pas à imaginer que je pourrais pratiquer une religion qui m’intéresse au plus haut point mais à laquelle je suis incapable d’adhérer.

Alexandra était fille de franc-maçon, franc-maçonne elle-même et anarchiste. Quelle conversion… Je reste captive à la lecture de ses récits si bien écrits, à la fois documentés et toujours empreints d’une inextinguible soif de connaissance. En tous les cas, j’aurais bien aimé apprendre ne serait-ce qu’un début de maîtrise de ma température corporelle, moi qui suis une grande frileuse !

Méditation et performance

Tout cela ne laisse pas de nous poser des questions, et les plus sceptiques d’entre nous, même s’ils ne sont pas vraiment convaincus, savent que malgré tout, des maîtres de la méditation ont marqué l’histoire de cette pratique par leur capacité à contrôler totalement leurs sensations, leur respiration, au point de s’arrêter de respirer pendant de longues minutes. C’est ce qui explique que les plongeurs en apnée soient le plus souvent des adeptes du yoga, et que les pratiquants de haut niveau aient un entraînement intégrant la méditation.

Dans la pratique du yoga, ou du moins de certaines formes de yoga (si vous voulez, voir mon article ici), la méditation est basée sur un travail du souffle, destiné à se libérer des émotions génératrices de stress. Il existe une quantité d’exercices de respiration visant à une relaxation totale qui permettra ensuite à l’esprit de se reconnecter au monde et de se concentrer sur l’essentiel.

Novak Djokovic
Novak Djokovic, concentré sur le point

Etant une fan de tennis, je suis de près tout ce qui concerne mes champion.ne.s et je sais que Novak Djokovic est un adepte de la méditation de pleine conscience. Au tennis, il faut oublier immédiatement le point perdu pour se concentrer sur le point suivant, comme dans tous les sports d’ailleurs. Sauf que dans le cas du tennis, les points s’enchaînent les uns après les autres sans répit, et c’est en général ce qui fait la différence dans un match entre deux athlètes de même niveau, la capacité de concentration, autrement dit le contrôle des émotions.

La méditation est également très présente dans les plus traditionnelles des écoles d’arts martiaux, qui alternent séances d’entraînements physiques extrêmement soutenues avec des temps réservés aux arts martiaux internes, tai-chi et qi gong, qu’on appelle aussi pratiques méditatives.

Méditation : ouvrir ses chakras

Ouvrir ses chakras, l’expression est pratiquement passée dans le langage courant, à plus ou moins bon escient parfois, et souvent avec une ironie non déguisée.

C’est l’exercice le plus connu dans la pratique de la méditation, qui consiste à ressentir les 7 points d’énergie vitale présents dans notre corps, qui vont du périnée à l’emplacement de la fontanelle (qui se referme après la naissance mais est toujours là), au-dessus de notre crâne. Si vous avez déjà pratiqué le yoga, vous savez sans doute que cet apprentissage est un travail de longue haleine, qui doit être entrepris avec un professeur réellement entraîné, car une mauvaise pratique peut avoir des conséquences tout à fait néfastes sur un esprit mal préparé à cet enseignement.

En effet, les chakras sont des sortes de régulateurs internes, de petits générateurs d’énergie que nous avons bien ou mal utilisés face aux épreuves physiques ou émotionnelles. Et ce d’autant plus que nous n’en avions jamais entendu parler, ni dans notre éducation traditionnelle, ni dans notre médecine occidentale peu encline à chercher dans les savoirs anciens des solutions à nos maux, physiques ou mentaux.

Pour les remettre en route, pour rouvrir ces fameux chakras, donc, il faut faire comme avec tout moteur qui n’a pas été utilisé depuis longtemps, le mettre en route doucement, l’écouter reprendre son rythme, et passer les vitesses tout doucement. Une comparaison peut-être un peu irrespectueuse mais qui a le mérite d’utiliser un langage clair pour de pauvres occidentaux matérialistes. Et puis comme je suis une motarde (ah bon je ne vous l’avais pas encore dit ?!) j’ai tendance à me servir de mots extraits de ma grammaire mécanique, plus basique 😉

Ceci vous expliquera sans doute que mon expérience du yoga en est restée à un stade réellement un peu « primaire », ce que je regrette parfois, mais j’ai une réticence évidente à entrer dans une pratique qui laisse peu de place à l’improvisation, tout en admettant les bienfaits évidents de la discipline.

Et c’est un peu cela mon idée, prendre le meilleur de tout ce que nous pouvons rencontrer d’idées ou de pratiques sur notre chemin, sans se laisser enfermer dans un mode de pensée plaqué de l’extérieur sur notre personnalité. Autrement dit, lire, s’informer, avoir une démarche critique et retenir ce qui est bon pour notre santé physique et mentale, et pour la bonne santé du monde qui nous environne, car tout est lié, et de cela au moins, je suis certaine.

Femme assise face au soleil
Méditation face au soleil : fermer les yeux et se recentrer sur l’essentiel, retrouver sa sérénité…

Méditation et santé

Puisque nous en venons à parler de notre santé, il est temps de se poser la question : est-ce que méditer a des effets positifs sur la santé ?

Là, je n’ai lu que des études qui prouvent que la réponse est clairement oui. A partir du moment où l’on fait un vrai travail de relaxation, comme au cours d’une simple séance de stretching ou de yoga, nous permettons à notre organisme de bénéficier d’un temps de repos, c’est le fameux lâcher prise.

Évacuer le stress est en soi une démarche qui ne peut être que bénéfique, quand on sait que le corps prend sa part de toutes les émotions négatives, pour la plupart d’entre nous, au niveau de la colonne vertébrale ou de l’appareil digestif. En évacuant, même provisoirement nos émotions négatives, nous dormons mieux, digérons mieux,  nous faisons plus facilement face aux petits tracas du quotidien.

La méditation va plus loin que la simple relaxation, en nous permettant de nous recentrer sur nous-mêmes, en nous aidant à lutter contre les agressions extérieures, qu’elles soient liées à notre environnement, notre travail ou nos problèmes relationnels.  Loin d’être une démarche de repli sur soi, elle va permettre de prendre conscience de la façon dont nous absorbons les événements, nous aider à les affronter ensuite en évitant les attitudes de fuite (déni, stratégies d’évitement…) ou les réactions d’agressivité qui ont les plus courantes en cas de conflit, et retrouver une forme de sérénité.

Je ne suis pas une adepte de la littérature de développement personnel, car je crois qu’on a beaucoup de pseudo-thérapeutes qui ont surfé sur une vague très porteuse. La méditation de pleine conscience, sujet qui revient dans nombre de publications, est en réalité une adaptation à l’occidentale de la 3ème voie de la sagesse que le bouddhisme décrit comme celle qui suit la phase d’apprentissage, puis celle de la compréhension intellectuelle. Cette 3ème voie de la sagesse permet de comprendre la réalité ultime, la sagesse suprême, mais ne vous y trompez pas, ce sont des années de pratique qui vous ouvriront cette voie si vous décidez d’adopter la religion bouddhiste.

La seule chose dont je peux témoigner, pour en avoir vu les effets sur des proches, c’est que la méditation peut être une alternative d’une grande efficacité en cas de syndrome dépressif, car elle remplace très efficacement les thérapies médicamenteuses.

Par ailleurs, elle reste un des meilleurs moyens de retrouver nos facultés de concentration souvent mise à mal par nos rythmes de vie, les perturbations du quotidien et le défilement permanent des informations sur nos écrans. Enfin, acquérir la maîtrise de la respiration, c’est augmenter ses capacités physiques en apportant davantage d’oxygène dans le sang, qui irrigue mieux les organes et aussi le cerveau, et retrouver le bonheur de sentir son corps fonctionner de mieux en mieux, profiter de plus longues randonnées, escalader, nager, ou bien sûr tenir plus longtemps sur un court de tennis 😊

Méditation et sommeil

L’un des effets les plus bénéfiques et les plus faciles à pratiquer au quotidien, c’est une forme très simple de méditation qui consiste à favoriser l’endormissement quand on a du mal à trouver le sommeil.

Commencez la méditation par visualiser un lieu agréable, un ruisseau de montagne, une petite crique au bord de l’océan, une forêt dans laquelle vous aimez vous promener. Si cela peut vous aider, imaginez que vous y êtes accompagné.e par une personne qui symbolise pour vous une sorte d’ange gardien bienveillant, que cette personne soit réelle ou imaginaire, peu importe.  Laissez venir les pensées et surtout n’essayez pas de chasser les pensées négatives. L’énergie que vous dépenserez à tenter de les évacuer ne vous laissera pas assez de force pour mettre en oeuvre les pensées positives, apprenez à les accepter car elles font partie de votre vie. Petit à petit, en associant cette démarche à une respiration contrôlée, vous vous sentirez probablement glisser doucement vers le sommeil.

Autre méthode très simple pour s’endormir même les jours un peu chargés de soucis : un exercice de respiration, qui consiste à poser ses mains sur son ventre, inspirer en gonflant d’abord le ventre, puis remonter les mains jusqu’à la poitrine en gonflant progressivement les poumons, bloquer la respiration quelques secondes (4 environ, pas plus) puis laisser l’air repartir par le nez en refaisant le chemin inverse. L’expiration doit être plus longue que l’inspiration. Au bout de quelques inspirations-expirations, vous devez vous sentir déjà beaucoup plus détendu.e. Vous pouvez aussi le faire dans la journée : en cas de gros coup de stress, avant une réunion de travail un peu tendue, pour préparer un rendez-vous important etc… Vous ne vous endormirez pas au bureau (ça m’est arrivé mais pour d’autres raisons !), mais vous serez plus à même de réagir calmement en situation de conflit.

Je profite de l’occasion pour dire un grand merci à l’un de mes fils, adepte de la méditation de longue date, qui m’a indiqué ces petites techniques très faciles à mettre en pratique, même si l’on n’a pas la chance d’avoir devant soi tous les jours un paysage aussi beau que la photo que j’ai choisie pour illustrer cette publication !

Voilà mes quelques réflexions sur la pratique de la méditation, j’espère que vous aurez trouvé cet article intéressant, en tous les cas, si vous essayez, vous me direz si ça marche pour vous ?

A bientôt,
Corinne