Excentricité

Bonjour, bonjour,

En matière de mode, voilà bien longtemps que l’on n’entend plus personne prononcer ce qualificatif autrefois très utilisé par la « bonne société », et que j’ai tellement entendu pendant toutes mes années hippies : « excentrique ».

Il faut dire que les mots ont manqué à notre entourage social ou familial pour décrire nos tenues sorties à la fois de Carnaby Street, des souks de Marrakech pour les plus voyageurs ou de Barbès pour les autres, et des greniers de nos grands-mères. Je le jure, je n’ai aucune photo, sinon, je l’aurais partagée pour vous donner une idée de ce que pouvait être nos tenues dans les seventies !

Associant chemises de dentelle et pantalons à patte d’éléphants, manteau afghan en peau de mouton, divers accessoires tels que capelines noires et colliers indiens, nous avions de quoi heurter les sensibilités vestimentaires de la bonne bourgeoisie, et c’était en partie le but.

En partie seulement, car le plaisir de choquer un peu nos contemporains n’était qu’un aspect de la démarche, qui consistait plutôt à inventer une esthétique non conforme aux diktats de la mode, à trouver dans nos habits une source de plaisir esthétique fait de rêves de voyage et de nostalgie d’un monde perdu.

L’élégance n’en était pas exclue, puisque de cette tendance des seventies naquit le courant glam rock, et le goût immodéré de certains groupes pour des tenues de scène s’inspirant à la fois des plus beaux atours du Moyen-Age ou de la période romantique, le tout assaisonné de paillettes, de strass et de boas…

Mais après toutes ces années, à l’époque des magasins de chaînes et des looks standardisés sur Instagram, y a-t-il encore un espace pour l’excentricité vestimentaire ? La mode vintage est une des réponses à cette question…

Mode et excentricité

La mode, c’est un mot dans lequel on peut plonger pour en extraire toutes sortes de concepts, comme un immense dressing room duquel on sortirait alternativement vêtements effilochés et habits de soirée, tenues de sport et lingerie sophistiquée, panoplies de travail et robes de bal, à l’image d’une industrie qui fait travailler aussi bien les plus expertes des artistes brodeuses dans les ateliers de la maison Dior, et aussi – hélas – les ouvriers des pays pauvres dans des ateliers insalubres, pour le prêt à porter.

Défilé de mode
Défilé de mode coloré !

La haute couture, elle, fait profession de l’excentricité, les défilés de mode sont autant de spectacles où les limites sont sans cesse repoussées : limites du bon goût (mais que veut dire ce mot ?), limites de la suggestivité et de l’érotisme, limites de l’exploitation du corps par une industrie qui condamne sans aucun scrupule autant de jeunes filles à la torture de l’anorexie.

Mais vous lirez rarement dans les articles que les journalistes consacrent à ceux que l’on appelle les « grands couturiers » le mot « excentrique ». Pourquoi ? Parce que, présentés dans des mises en scène intensément théâtralisées, ces habits supposés « importables  » par le commun des mortels, ne sont de toute façon conçus que pour choquer ceux et celles qui n’ont et n’auront jamais les moyens de les acheter. Pas d’excentricité, juste un autre standard, celui de la haute société… Question de caste : il ferait beau voir que Monsieur ou Madame Toutlemonde aime les créations de Karl Lagerfeld !

Monsieur et Madame Toutlemonde s’habillent dans les boutiques des villes et des centres commerciaux. Autrement dit, rien d’original ne sort de ces magasins sans âme, et le premier qui a lancé le jean déchiré n’a pas fait preuve d’une grande créativité, seulement d’un vrai flair commercial. On ne peut qualifier d’excentrique quelqu’un qui sort en arborant un vêtement qu’on retrouve sur toute la planète à des millions d’exemplaires et sur des millions d’individus !

Excentricité et mode vintage

C’est ici que nous avons un peu de chance de faire preuve d’originalité dans notre shopping : dans les boutiques vintage, pas un habit qui ressemble à son voisin de cintre, aucun risque de ressortir habillés comme Monsieur ou Madame Toutlemonde. Là, on peut se livrer à tous les assemblages possibles, mixer un blouson à fleurs avec un pantalon à pinces, recouvrir le tout d’un manteau en faux léopard et sortir avec peut-être, enfin, un look réellement « excentrique ».

J’ai déjà écrit un article sur la mode vintage, je ne voudrais pas me répéter, mais quand même, c’est un drôle de pied de nez à l’une des industries les plus polluantes du monde. Un jean = 5000 litres d’eau + un ouvrier vivant 60h par semaine dans des produits toxiques qui iront polluer les eaux + un transport depuis l’autre bout du monde, vous voyez tout de suite le bilan carbone et éthique du vêtement !

Alors, acheter d’occasion, c’est un beau geste pour la planète, et on peut s’offrir de très belles choses dans les magasins comme Kiloshop ou les dépôts Emmaüs etc… le tout avec un budget serré.

Jeune fille cheveux teints et manteau classique
Mode classique et look excentrique !

Mes fils en particulier sont des adeptes depuis longtemps, ils y trouvent des articles d’une qualité comme on en faisait dans les années 50 et 60, pantalons de pure laine à la coupe impeccable, manteaux et blousons de toutes formes et styles, des chemises de coton aux imprimés improbables…

Je vois souvent dans ces boutiques des jeunes garçons un peu dandies, des jeunes filles au look rétro très recherché, il y a un aspect très ludique de toute évidence dans leur attrait pour cet univers de mode. Car là, même s’il y a effet de groupe, forcément, on voit bien qu’il s’agit d’échapper aux standards actuels et d’affirmer une authentique excentricité.

Excentricité et nostalgie

Si la catégorie vintage est plus celle des jeunes gens et jeunes filles, il y a aussi des nostalgiques, qui, pour s’être arrêtés à une époque vénérée ou à un rêve de jeunesse, continuent à arborer des tenues passablement « démodées », avec les coiffures assorties le plus souvent, car le cheveu est un accessoire de mode facile à adapter… Vêtues de robes à volants avec des boucles blondes à la Marylin, arborant des escarpins de toutes hauteurs avec des brushings à la Farah Fawcett des années 80, certaines femmes n’ont pas renoncé à ressembler à leurs idoles. Certes, j’exagère un peu, et cela concerne des générations plus anciennes mais quand même, combien d’entre nous ont-elles encore dans leur placard au moins une robe qu’elles ne jetteraient pour rien au monde parce que Jennifer Aniston avait la même dans un épisode de Friends ?

Homme avec chapeau de cowboy
Arrêt sur image années 70

Idem pour les hommes, et d’ailleurs, si j’en crois un petit sondage récent auprès de mes amies, on a toutes trouvé que nos hommes s’étaient un jour arrêtés à un stade précis de l’évolution de la race humaine en matière vestimentaire 😉

Allez, je vous fais une petite confidence, dans mon placard, il y a une tunique qui ne déparerait pas dans un épisode du Seigneur des Anneaux, et je la garde comme Frodon son anneau. Je lui ai même donné un nom c’est « My precious » …

Nostalgique, excentrique ?

Je partage aussi avec vous cette photo d’une dame assise en face de moi dans l’autobus, je l’ai prise discrètement et bien sûr, je ne montre pas son visage, mais j’ai été absolument surprise par sa tenue qui contrastait tellement avec les sages panoplies bleu marine et beiges des bourgeoises angevines que je n’ai pas pu m’empêcher de la prendre en photo. Et croyez-moi, j’ai essayé de deviner quelle était sa vie, (un de mes passe-temps préférés dans les transports en commun) et je me suis sentie touchée par tant de recherche dans cette mise tout à fait anachronique. Je crois qu’il s’agissait d’une réelle excentrique, au bon sens du terme, quelqu’un qui s’affirme dans ses goûts, qui se moque du qu’en dira t-on et se sent belle dans des habits qui ne reflètent que sa propre personnalité.

Cela m’a touchée, je ne saurais trop expliquer pourquoi, peut-être parce que je m’imagine ce genre de personnes comme des rêveuses, des voyageuses de toujours, des esprits libres.

Soyons libres, libres de nous habiller comme nous voulons, voilà ma tendance mode hiver 2018-2019 ! Que ce soit une belle saison pour vous,

Amitiés,

Corinne