Janis Joplin

Bonjour,

Un petit moment de nostalgie et l’envie de vous parler d’une de mes « héroïnes » – sans mauvais jeu de mots – parce que c’est la musique que j’écoute le plus souvent avec les Stones et les Doors, alors, voici un article un peu triste peut-être mais j’espère que vous apprendrez beaucoup, si vous le voulez, sur cette grande chanteuse !

Les légendes du rock

Les grands disparus de nos années rock, Janis Joplin, Jim Morrison, Brian Jones, Jimi Hendrix, font partie d’une célèbre liste, le club des 27, liste tristement inaugurée avec la mort à 27 ans de Robert Johnson, bluesman américain que vous connaissez certainement si vous aimez le blues. Tous morts au même âge, 27 ans, avec un nom qui commence par un J… Quelle était cette menace effroyable qui semblait peser sur les musiciens de l’époque comme une fatalité, un sombre signe du destin qui frapperait des victimes tout juste coupables d’un délit de fureur de vivre ? Ou bien s’agissait-il d’un châtiment divin pour tant de liberté, de dédain pour les conventions, de mépris pour le qu’en dira-t-on, encore si nocif dans les Etats-Unis des années soixante ? C’est ce que proclamaient les esprits « bien-pensants » de l’époque, et cinquante ans plus tard encore, il restera toujours des relents de cette incompréhension profondément implantée dans le cerveau de la « bonne société », qui veut que tout ce qui ne lui ressemble pas soit au mieux ignoré, au pire éliminé…

Le club des 27

Patti Smith raconte dans son livre « Just Kids » que le grand bluesman Johnny Winter est resté volontairement confiné dans sa chambre d’hôtel à New York presque toute l’année de ses 27 ans, persuadé qu’il serait le prochain sur la liste et ne tarderait pas à rejoindre Janis Joplin avec qui il avait joué sur scène l’année de la mort de celle-ci. Il est mort en 2014, ayant largement dépassé l’âge de 27 ans, puisqu’il en avait 70. Avoir 27 ans n’était sans doute pas une malédiction en soi…

Et ce n’est pas non plus la lettre J qui porte malheur, car on trouve sur cette triste liste des légendes du rock le musicien Alan Wilson, fondateur du groupe Canned Heat, mort lui aussi à 27 ans, et aussi plus récemment Kurt Cobain et Amy Winehouse. Ce ne sont en effet ni le chiffre 27, ni la lettre J qui portent malheur, mais bien les cocktails dangereux, la fête permanente et sans limites, la violence extrême d’une enfance dévastée pour Kurt Cobain que rien n’aurait pu sauver, les néons trop vite allumés sur des personnalités trop fragiles comme Amy Winehouse

Elles sont deux, deux chanteuses au milieu de cette liste funèbre où s’inscrivent pour l’éternité les légendes du rock, deux femmes immensément talentueuses et qui n’ont pas surmonté les chocs de la vie, les écueils de la célébrité ou les soubresauts de l’amour. Elles me touchent particulièrement, par leur musique teintée de blues et authentiquement rock, par leurs voix chargées des tressaillements douloureux de leur existence, ce sont Janis Joplin et Amy Winehouse.

Mortes, l’une en 1970, l’autre en 2011, les deux à 27 ans, chacune laissant un vide sidéral dans la musique de notre époque, chacune nous racontant les épisodes interminables de vies égarées dans l’angoisse de lendemains qui cessaient de chanter quand la fièvre de la musique était retombée.

Les deux sont arrivées un jour sur scène en titubant, l’une à Woodstock, en 1969, au point qu’elle refusa de voir gravée sa prestation dans le film officiel du festival. Et pourtant, malgré son ébriété, sa nervosité et le stress que lui provoqua cette foule de fans à laquelle elle ne s’attendait pas, elle réussit à soulever le public dans un show inoubliable.

Aujourd’hui, j’avais envie de vous parler de Janis… et d’Amy je vous parlerai un autre jour, et croyez-moi, je n’oublierai pas.

Piece of my heart

Cette immense chanteuse à la voix absolument inimitable est une sorte de fleur poussée sur le terreau méprisable et ô combien mortifère de ce que l’on n’appelait pas encore le harcèlement scolaire. Persécutée pour ses opinions en faveur de la communauté noire et son anticonformisme déjà prononcé dès les bancs de l’école du Texas qu’elle fréquenta, elle fut désignée par ses condisciples de l’université comme « le garçon le plus laid du campus », en raison de ses kilos en trop et d’une acné qu’elle tentera de soigner avec un traitement qui lui laissera de vilaines cicatrices.

S’ensuivirent d’autres surnoms comme pig (cochon), creep (monstre) nigger lover (fille à nègres) et toutes les persécutions que lui valut sa bisexualité revendiquée, son engagement politique et sa liberté affichée. Quant à son style vestimentaire volontairement outrancier, il fit à l’époque couler beaucoup d’encre : boas en plume, chapeaux de toutes formes, lunettes aux verres roses ou jaunes, chaussures dorées et vêtements bariolés ou pailletés, rien de tout cela ne pouvait plaire à la bonne société. Chacune de ses tenues exprimait haut et fort un besoin de s’affirmer envers et contre tout, contre la société américaine bien-pensante, contre les institutions coupables d’enfermer la femme dans une image conformiste qu’elle rejetait de toutes ses forces.

Janis Joplin en concert
Janis Joplin en concert

Des forces, au départ, elle n’en manqua pas, Janis, pour crier et chanter sa révolte, mais à vouloir cacher ses blessures, elle y laissa un morceau de son cœur brisé « A piece of my heart »

Cette chanson, Piece of my Heart, extraite de l’album Cheap Thrills sorti en 1968, vous pouvez l’entendre ici et même si la vidéo n’est pas de très bonne qualité, c’est un magnifique document, elle y crie « ne t’ai-je pas donné presque tout ce qu’une femme peut donner » et l’on y voit un public extasié l’entourant sur scène et dansant avec elle, dans une grande complicité… Quand on pense à ce que sont les concerts actuels dans des stades, on voudrait revivre ces moments d’une rare intensité !

Try (just a little bit harder)

Sa force intérieure vient avant tout de son désir de chanter le blues, depuis l’enfance où elle écoutait en boucle les disques de chanteuses comme Bessie Smith, son idole. C’est cette passion qui lui donnera l’énergie de quitter le Texas pour rejoindre la Californie, où elle se posera à San Francisco, en pleine époque de la beat generation, époque où l’on pouvait pousser la porte de tous ces artistes pour simplement partager un joint ou faire un « bœuf ». Désormais, dans cette atmosphère de contestation permanente, elle choisira de s’affirmer en revendiquant sa liberté sexuelle, jouera de son excentricité vestimentaire, et appellera à chacune de ses apparitions à la révolte contre « l’establishment ».

Mais en réalité hyper-sensible et timide, elle tombe très tôt dans l’addiction aux amphétamines, puis à l’alcool mêlé à l’héroïne, tentant quelques pauses mais retombant au rythme de ses aventures amoureuses et de ses rencontres. Car chacune de ses amours manquées brisera en elle quelque chose, et elle qui n’avait pas la résistance qu’elle prétendait montrer envers et contre tout, sombrera dans les faux paradis de l’alcool et de la drogue. Malmenée par les chocs de la vie, trompée, rattrapée par les passions et les chagrins de ses amours tumultueuses, elle ne survivra pas à l’abus de ces substances qui mineront son organisme jour après jour.

On lui prête des amours avec la moitié des musiciens de l’époque et pas des moindres, Jimi Hendrix, Leonard Cohen, Country Joe Mc Donald, Jim Morrison, Eric Clapton… On ne prête qu’aux riches, c’est bien connu, mais ce seront le plus souvent des amours d’un soir. Ses amours, impossible donc de les raconter tous, mais quelques-uns compteront plus que d’autres, comme Ron McKernan, musicien du groupe Grateful Dead. Rob surnommé « Pigpen » (un personnage des Peanuts), qui mourra 2 ans après elle, à 27 ans aussi.

Ce sont les drogues dangereuses, absorbées par doses de plus en plus conséquentes et accompagnées d’alcool, qui causèrent sa séparation avec son premier grand amour Jae Whittaker, qui la quitta lorsqu’elle commença à fréquenter Linda Gottfried, avec qui sa consommation prit un tournant irréversible. Elle tentera d’en finir avec la drogue, avec l’aide d’un de ses derniers amours, un jeune américain qui voulait l’emmener voyager à travers le monde, mais elle retombera dans l’héroïne et celui-ci finira par repartir sans elle.

Pearl

Portrait de Janis Jopli
Portrait de Janis Joplin en 1970

Deux albums resteront dans l’histoire de la musique rock comme deux chefs d’œuvres incontestés.

Tout d’abord, Cheap Thrills avec le groupe Big Brother and the Holding Company, incluant son extraordinaire reprise de Summertime, dans lequel sa voix fêlée et vibrante se hisse à des hauteurs inimaginables. L’album est célèbre aussi pour sa pochette dessinée par Robert Crumb, gloire de l’underground et symbole de la contre-culture pour ses dessins mettant en scènes des personnages et des situations généralement très crues. Ce qui est drôle, c’est que Robert Crumb, fan de blues, n’écoutait pas cette musique dite « psychédélique » mais qu’il sut pourtant mettre son talent au service de la musique de Janis dont il illustra chaque chanson avec un humour évident.

Lorsqu’elle quitte le groupe, en 1968, sa carrière est déjà lancée, elle a participé au festival de Monterey où elle souleva un public en transe devant sa prestation, de même qu’un an plus tard à Woodstock où pourtant, elle apparut en proie à une immense nervosité. Elle demanda même à ne pas figurer dans le film Woodstock, désir qui fut respecté jusqu’aux récentes rééditions, et c’est vrai que Woodstock sans l’émotion de voir Janis sur scène, quel vide…

L’album Pearl, enregistré avec le groupe qu’elle était si heureuse d’avoir formé, le Full Tilt Boogie Band en 1970 sera son dernier.  Classé parmi les 50 meilleurs albums de tous les temps par le magazine Rolling Stone, il lui vaudra – enfin – son plus joli surnom (avec The Rose), mais elle ne verra pas la sortie du disque, car elle mourra avant d’avoir enregistré tous les titres, d’où la présence d’un instrumental parmi les chansons gravées sur ce 33 Tours. Le morceau le plus connu est Me and Bobby Mac Gee, une chanson écrite par Kris Kristofferson (encore un de ses amours éphémères) et Fred Foster, qui fut d’abord interprétée par Roger Miller, mais elle reste associée pour toujours à l’interprétation de Janis Joplin, et les paroles auraient tellement pu être les siennes :

« Freedom’s just another word for nothing else to loose »
« La liberté, c’est juste un autre nom pour dire qu’on n’a rien à perdre… »

Si vous voulez entendre un de mes morceaux préférés, je vous donne le lien vers un enregistrement de la chanson Move over extraite de ce sublime album, ici

Janis, une perle, une rose dont les épines étaient tournées vers l’intérieur… Rest In Peace, Janis.

 

A bientôt, passez de bonnes fêtes, en musique surtout !
Corinne

Photos sous licence Creative Commons