Jamais sans ma radio !

Bonjour, bonjour, mes ami.e.s du blog,

Ravie de vous retrouver ! J’avais envie aujourd’hui, après une assez longue interruption dans la rédaction de ce blog, de rendre hommage à ce média si vivant, qui n’a jamais cessé de nous accompagner au quotidien. De l’imposant meuble radio des années quarante à l’application téléchargée sur notre smartphone, en passant par le petit poste de radio et les gadgets miniaturisés des années 80, il dit beaucoup de notre époque.

La radio, les radios, ces dizaines d’émissions passionnantes sur des sujets auxquels on n’aurait jamais pensé s’intéresser, ces interviews menées par des journalistes parfois impertinents pour mieux faire passer des questions toujours pertinentes, et la musique, la musique en continu même, si on veut…

Et ce qui me frappe, c’est que la radio de nos aïeuls, la fameuse TSF (Télégraphie sans fil), qui aurait pu disparaître du paysage médiatique, a résisté aux assauts de la télévision, de la musique en ligne et mieux encore, elle a connu un essor phénoménal à partir des années 80. 

Salon avec radio années 40
Vintage années 40 : un beau poste de collection

La radio : de la résistance au divertissement

Nos grands-parents et leurs parents, ceux qui ont vécu l’occupation allemande, ont passé une partie de la guerre l’oreille collée au poste, écoutant en cachette Radio Londres. Le célèbre « Les français parlent aux français » suivi des messages incroyablement poétiques mais chargés d’informations vitales pour la résistance, fait partie de l’histoire maintenant classique de cette période sombre.

Puis au lendemain de la guerre, les habitudes étant prises, on a continué à écouter la radio, pour laquelle des ébénistes fabriquaient des meubles imposants, fierté des ménages.  On n’avait alors que le cinéma pour voir les images et on se passionnait pour les séquences d’actualités avant les films (actus qui pouvaient avoir un mois environ, on est loin du tweet en temps réel !).

Puis l’on eut envie de se divertir, car enfin c’était permis ! Et pendant les séquences diffusées avant les films et juste après le documentaire incontournable sur des sujets pas toujours passionnants, on découvrait la vie et les visages des artistes, chanteurs, acteurs… ou des membres de la famille royale d’Angleterre car l’actu people, ça ne date pas d’aujourd’hui !).

De la radio à la télévision

C’est dire l’engouement que connut la télévision quand ce fut possible de recevoir chez soi ces mêmes images, sur un écran noir et blanc … C’aurait pu être le début de la fin pour la radio, les vieux appareils encombrants furent vite remisés dans les greniers.

La génération qui a suivi a souvent emboîté le pas, conférant au petit écran le rôle principal dans le salon, ce qui a changé considérablement l’organisation intérieure des maisons. Là où autrefois la cuisine et le coin salle à manger occupaient la majeure partie de l’espace, la famille se retrouva désormais alignées face à l’écran au lieu de se tenir en cercle autour de la table pour écouter la radio. On peut dire que les vendeurs de canapés et de tables basses doivent leur fortune à cette évolution !

Radio transistor
Le transistor, la radio des années 60. So rétro…

La radio : l’adolescence entre en résistance

Dans les années 60, 70, époque de grand bouleversement musical, seule la radio permettait d’écouter la musique qu’on aimait, de découvrir plein de nouveaux groupes, de suivre les sorties d’albums et l’actualité des concerts, et surtout d’échapper à l’omniprésence de la télévision dans le salon familial.

L’adolescent ne disposant pas de son propre écran de télévision dans sa chambre, et n’en ayant aucune envie au vu du nombre restreint de programmes susceptibles de l’intéresser, n’avait donc que la radio pour pouvoir s’informer des nouveautés qui sortaient dans le monde de la musique pop-rock si peu présente à la télévision qui n’avait encore qu’une puis deux chaînes.

Avoir son petit poste de radio dans sa chambre, c’était l’équivalent du téléphone portable de maintenant, à la différence qu’aucun géant de la communication ne s’infiltrait dans votre vie privée ! Le fait d’écouter le pop club de José Artur ne renseignait personne sur vos goûts musicaux, sauf éventuellement vos parents qui venaient vous rappeler qu’il était l’heure de dormir parce qu’on avait cours le lendemain « oui, oui, j’éteins, promis, je finis juste d’écouter cette chanson… »

C’est ainsi que petit à petit, la radio est redevenue un symbole de résistance à l’occupant, non pas celui de la guerre, mais celui qui avait subrepticement envahi le salon et tentait d’imposer à la famille sa vision du monde quelque peu rétrécie.

On essayait de capter les ondes britanniques, comme nos parents et grands-parents, mais pas pour écouter les messages codés de la résistance, sinon pour espérer entendre les Beatles et les Stones quelques minutes sur les ondes.

Micro d'enregistrement
Le micro, sa qualité est primordiale à la radio…

Radios libres et contre-culture

En France, la radio était alors sous monopole d’État, comme la télévision, et il n’entrait pas dans ses missions de service public de présenter à la jeunesse française des images d’un quatuor de chevelus anglais ou de diffuser la musique d’un américain qui dansait le rock dans une prison !

Le saviez-vous ? C’est pour cette raison que les radios qu’on appela longtemps radios périphériques s’installèrent en Andorre, au Luxembourg, à Monaco pour pouvoir émettre hors du contrôle d’Etat exercé par l’administration française. Et oui, c’est bien de l’origine des stations RTL, RMC qu’il s’agit !

Au début des années 70, un phénomène vint perturber le paysage sonore avec l’avènement des radios libres, initialement appelées radios pirate, le bonheur de la contre-culture, du moins au début. La plus célèbre, Radio Caroline, une radio anglaise, émettait au large des côtes depuis un bateau, et quand on arrivait à la capter en France, on avait de la chance, ça grésillait pas mal et dans notre pauvre petit poste, la musique des Doors ou des Who était bien peu mise en valeur sur le plan de la qualité sonore, mais quel bonheur !

C’est en 1981 que fut supprimé le monopole de l’Etat sur la diffusion radiophonique et télévisuelle, le gouvernement répondant ainsi à la revendication de liberté d’expression portée par des intellectuels et universitaires. Mais ce qui advint ensuite ne fut pas l’arrivée sur les ondes FM de multiples stations culturelles ou musicales, car, évidemment, la publicité s’en mêla, et l’on connait la suite…

Pourtant, il reste des radios libres sur la bande FM et/ou sur le web, qui continuent à travailler pour nous donner de la musique et des émissions de qualité, promouvoir les associations et événements locaux (Radio G, Radio Campus à Angers, bravo à eux !). Assister à l’enregistrement d’une émission que ce soit dans les locaux imposants de Radio France ou ceux d’une petite radio locale, croyez-moi, c’est impressionnant. On peut aussi regarder ses radios sur YouTube maintenant, et voir nos chroniqueurs se tordre de rire en direct, à recommander pour les jours gris à tous points de vue !

La radio, le média qui évolue !

On le sait, aucun média ne chasse l’autre, ce qui change et parfois disparait, ce sont les appareils de diffusion. Ceux qui pensaient que la radio un jour n’existerait plus en sont pour leurs frais, et qui aurait encore envie de se passer des informations qu’on peut écouter à toute heure – grâce au web et aux podcasts – de la musique en continu, ou encore des chroniques de quelques humoristes (personnellement, je suis fan de Guillaume Meurice !) ?

Il y a dans mon amour pour la radio une part de cette sensation de la liberté par rapport à ce qui m’apparaissait déjà à l’époque comme un insupportable matraquage d’idées toutes faites. En réalité, écouter la radio, c’est une vraie forme d’indépendance : pas de tracking, sauf bien sûr si vous téléchargez l’appli de votre fréquence préférée sur votre téléphone ou si vous l’écoutez via votre ordinateur, ce que j’ai fini par faire comme tout le monde, pour profiter par exemple des radios à thème de FIP, ce qui permet de passer du jazz au rock ou aux musiques du monde selon l’humeur et l’heure de la journée.

RPoste de radio dans une voiture rétro
Sur la route, à l’aventure, à l’écoute de la radio.

Et que seraient les longs voyages en voiture sans elle ? Evidemment, je vous parle des radios de Radio France, France Inter « Pour ceux qui ont quelque chose entre les deux oreilles » (vieux slogan !), France Culture, France Musique, FIP, parce que les radios libres, on l’a compris, ce n’est plus qu’une expression vide de sens qui qualifie des stations totalement envahies par la publicité et les jeux promos… Bien qu’il y ait maintenant de la publicité sur les radios d’État, cela reste limité, heureusement !

 

L’objet radio

Impossible de parler de la radio sans évoquer l’objet, le poste de radio. Le plus vintage, le meuble radio des années cinquante. Celui qui trônait dans le salon de mes grands-parents devait peser pas loin d’une centaine de kilos, mon grand-père ébéniste l’avait fabriqué, laissant à mon père le soin de gérer la partie électronique puisque c’était son métier. Bois brun, boutons de bakélite, ampli à lampes et toile tissée serré sur le haut-parleur large comme un écran de PC, c’était un très beau meuble que je regrette toujours. Et surtout, ce qui me fascinait, c’était l’écran de réglage des ondes courtes avec ces villes mystérieuses dont le nom s’affichait : Bratislava, Zagreb, Tirana…

Postes de radio vintage
Des postes de radio vintage très recherchés…

Puis apparurent les premiers postes de dimension plus faciles à caser sur un buffet dans les salons réduits des appartements modernes, avec leurs grosses antennes télescopiques. Des sortes d’ancêtres du sound system, mais pas encore transportables puisque reliés à une prise de courant. Ils furent bientôt chassés par des appareils de plus en plus petits, les transistors, qui devinrent autonomes avec l’arrivée des postes à piles, à peu près en même temps que la bande FM qui est devenue la seule vraiment écoutée (et menacée de disparaître dans certains pays pour laisser la place uniquement à l’écoute via le web).

L’obsession de la miniaturisation, dans les années 70, plus le développement de l’objet publicitaire « made in Taïwan », ont entraîné ensuite la fabrication de radios de plus en plus petites, au format d’un taille-crayons (idéal pour glisser en douce dans sa trousse au lycée), reproduisant « coccinelles » VW ou Tour Eiffel, Batman ou lapin nain… mais c’est un monde mercantile qui m’intéresse peu 😉

Enfin, on eut des radios K7, des chaînes hi-fi avec des tuners aux performances inégalables, des baladeurs radio, et maintenant des enceintes Bluetooth que l’on promène dans toute la maison, avec plus ou moins de qualité sonore évidemment, mais avec tout cela, la radio n’est pas prêt de disparaître !

Créativité et radio

En tant que rédactrice, je continue à me régaler des noms de certaines émissions, et je m’en voudrais de ne pas terminer sur ce point. Impossible de les citer toutes mais quand même « L’oreille en coin » disparu en 1980, « Le tribunal des flagrants délires » avec Pierre Desproges, « Des Papous dans la tête » (mon préféré !), « Du grain à moudre », joli nom pour une émission où l’on débat de l’actualité, « Le masque et la plume » émission culte, indétrônable, parfois aussi agaçante que fascinante sur l’actualité du livre et du spectacle, « J’vous ai apporté mes radios» de Guy Carlier, « Là-bas si j’y suis » l’émission très contestatrice de Daniel Mermet.

Allez, je m’arrête, non sans un grand merci à ma meilleure amie, qui m’avait offert dans les années 80 un petit Sony qui ne m’a pas quittée jusqu’à ce qu’un jour de 2018, il ne meurt de sa belle mort d’objet culte. J’étais presqu’en larmes… et elle est arrivée un jour avec son remplaçant dont j’espère qu’il me fera encore 40 ans au moins, car JAMAIS SANS MA RADIO !!!

A bientôt !
Corinne