Excentricité

Bonjour, bonjour,

En matière de mode, voilà bien longtemps que l’on n’entend plus personne prononcer ce qualificatif autrefois très utilisé par la « bonne société », et que j’ai tellement entendu pendant toutes mes années hippies : « excentrique ».

Il faut dire que les mots ont manqué à notre entourage social ou familial pour décrire nos tenues sorties à la fois de Carnaby Street, des souks de Marrakech pour les plus voyageurs ou de Barbès pour les autres, et des greniers de nos grands-mères. Je le jure, je n’ai aucune photo, sinon, je l’aurais partagée pour vous donner une idée de ce que pouvait être nos tenues dans les seventies !

Associant chemises de dentelle et pantalons à patte d’éléphants, manteau afghan en peau de mouton, divers accessoires tels que capelines noires et colliers indiens, nous avions de quoi heurter les sensibilités vestimentaires de la bonne bourgeoisie, et c’était en partie le but.

En partie seulement, car le plaisir de choquer un peu nos contemporains n’était qu’un aspect de la démarche, qui consistait plutôt à inventer une esthétique non conforme aux diktats de la mode, à trouver dans nos habits une source de plaisir esthétique fait de rêves de voyage et de nostalgie d’un monde perdu.

L’élégance n’en était pas exclue, puisque de cette tendance des seventies naquit le courant glam rock, et le goût immodéré de certains groupes pour des tenues de scène s’inspirant à la fois des plus beaux atours du Moyen-Age ou de la période romantique, le tout assaisonné de paillettes, de strass et de boas…

Mais après toutes ces années, à l’époque des magasins de chaînes et des looks standardisés sur Instagram, y a-t-il encore un espace pour l’excentricité vestimentaire ? La mode vintage est une des réponses à cette question…

Mode et excentricité

La mode, c’est un mot dans lequel on peut plonger pour en extraire toutes sortes de concepts, comme un immense dressing room duquel on sortirait alternativement vêtements effilochés et habits de soirée, tenues de sport et lingerie sophistiquée, panoplies de travail et robes de bal, à l’image d’une industrie qui fait travailler aussi bien les plus expertes des artistes brodeuses dans les ateliers de la maison Dior, et aussi – hélas – les ouvriers des pays pauvres dans des ateliers insalubres, pour le prêt à porter.

Défilé de mode
Défilé de mode coloré !

La haute couture, elle, fait profession de l’excentricité, les défilés de mode sont autant de spectacles où les limites sont sans cesse repoussées : limites du bon goût (mais que veut dire ce mot ?), limites de la suggestivité et de l’érotisme, limites de l’exploitation du corps par une industrie qui condamne sans aucun scrupule autant de jeunes filles à la torture de l’anorexie.

Mais vous lirez rarement dans les articles que les journalistes consacrent à ceux que l’on appelle les « grands couturiers » le mot « excentrique ». Pourquoi ? Parce que, présentés dans des mises en scène intensément théâtralisées, ces habits supposés « importables  » par le commun des mortels, ne sont de toute façon conçus que pour choquer ceux et celles qui n’ont et n’auront jamais les moyens de les acheter. Pas d’excentricité, juste un autre standard, celui de la haute société… Question de caste : il ferait beau voir que Monsieur ou Madame Toutlemonde aime les créations de Karl Lagerfeld !

Monsieur et Madame Toutlemonde s’habillent dans les boutiques des villes et des centres commerciaux. Autrement dit, rien d’original ne sort de ces magasins sans âme, et le premier qui a lancé le jean déchiré n’a pas fait preuve d’une grande créativité, seulement d’un vrai flair commercial. On ne peut qualifier d’excentrique quelqu’un qui sort en arborant un vêtement qu’on retrouve sur toute la planète à des millions d’exemplaires et sur des millions d’individus !

Excentricité et mode vintage

C’est ici que nous avons un peu de chance de faire preuve d’originalité dans notre shopping : dans les boutiques vintage, pas un habit qui ressemble à son voisin de cintre, aucun risque de ressortir habillés comme Monsieur ou Madame Toutlemonde. Là, on peut se livrer à tous les assemblages possibles, mixer un blouson à fleurs avec un pantalon à pinces, recouvrir le tout d’un manteau en faux léopard et sortir avec peut-être, enfin, un look réellement « excentrique ».

J’ai déjà écrit un article sur la mode vintage, je ne voudrais pas me répéter, mais quand même, c’est un drôle de pied de nez à l’une des industries les plus polluantes du monde. Un jean = 5000 litres d’eau + un ouvrier vivant 60h par semaine dans des produits toxiques qui iront polluer les eaux + un transport depuis l’autre bout du monde, vous voyez tout de suite le bilan carbone et éthique du vêtement !

Alors, acheter d’occasion, c’est un beau geste pour la planète, et on peut s’offrir de très belles choses dans les magasins comme Kiloshop ou les dépôts Emmaüs etc… le tout avec un budget serré.

Jeune fille cheveux teints et manteau classique
Mode classique et look excentrique !

Mes fils en particulier sont des adeptes depuis longtemps, ils y trouvent des articles d’une qualité comme on en faisait dans les années 50 et 60, pantalons de pure laine à la coupe impeccable, manteaux et blousons de toutes formes et styles, des chemises de coton aux imprimés improbables…

Je vois souvent dans ces boutiques des jeunes garçons un peu dandies, des jeunes filles au look rétro très recherché, il y a un aspect très ludique de toute évidence dans leur attrait pour cet univers de mode. Car là, même s’il y a effet de groupe, forcément, on voit bien qu’il s’agit d’échapper aux standards actuels et d’affirmer une authentique excentricité.

Excentricité et nostalgie

Si la catégorie vintage est plus celle des jeunes gens et jeunes filles, il y a aussi des nostalgiques, qui, pour s’être arrêtés à une époque vénérée ou à un rêve de jeunesse, continuent à arborer des tenues passablement « démodées », avec les coiffures assorties le plus souvent, car le cheveu est un accessoire de mode facile à adapter… Vêtues de robes à volants avec des boucles blondes à la Marylin, arborant des escarpins de toutes hauteurs avec des brushings à la Farah Fawcett des années 80, certaines femmes n’ont pas renoncé à ressembler à leurs idoles. Certes, j’exagère un peu, et cela concerne des générations plus anciennes mais quand même, combien d’entre nous ont-elles encore dans leur placard au moins une robe qu’elles ne jetteraient pour rien au monde parce que Jennifer Aniston avait la même dans un épisode de Friends ?

Homme avec chapeau de cowboy
Arrêt sur image années 70

Idem pour les hommes, et d’ailleurs, si j’en crois un petit sondage récent auprès de mes amies, on a toutes trouvé que nos hommes s’étaient un jour arrêtés à un stade précis de l’évolution de la race humaine en matière vestimentaire 😉

Allez, je vous fais une petite confidence, dans mon placard, il y a une tunique qui ne déparerait pas dans un épisode du Seigneur des Anneaux, et je la garde comme Frodon son anneau. Je lui ai même donné un nom c’est « My precious » …

Nostalgique, excentrique ?

Je partage aussi avec vous cette photo d’une dame assise en face de moi dans l’autobus, je l’ai prise discrètement et bien sûr, je ne montre pas son visage, mais j’ai été absolument surprise par sa tenue qui contrastait tellement avec les sages panoplies bleu marine et beiges des bourgeoises angevines que je n’ai pas pu m’empêcher de la prendre en photo. Et croyez-moi, j’ai essayé de deviner quelle était sa vie, (un de mes passe-temps préférés dans les transports en commun) et je me suis sentie touchée par tant de recherche dans cette mise tout à fait anachronique. Je crois qu’il s’agissait d’une réelle excentrique, au bon sens du terme, quelqu’un qui s’affirme dans ses goûts, qui se moque du qu’en dira t-on et se sent belle dans des habits qui ne reflètent que sa propre personnalité.

Cela m’a touchée, je ne saurais trop expliquer pourquoi, peut-être parce que je m’imagine ce genre de personnes comme des rêveuses, des voyageuses de toujours, des esprits libres.

Soyons libres, libres de nous habiller comme nous voulons, voilà ma tendance mode hiver 2018-2019 ! Que ce soit une belle saison pour vous,

Amitiés,

Corinne

Le combi VW

Vous le croiserez peut-être sur la route, il ne passe jamais inaperçu… c’est le combi VW, le plus vintage des vans, un symbole.

Bonjour, bonjour !

Vous êtes ou allez être d’ici peu sur la route des vacances, et je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais j’ai remarqué que le nombre de caravanes, camping-cars, minibus aménagés augmente considérablement d’année en année. Beaucoup reviennent à ce mode de loisir par souci d’économie, vu le prix de la moindre location en été, on le comprend aisément. D’ailleurs, les statistiques du tourisme montrent que l’hôtellerie de plein air (on ne dit plus camping), est un secteur avec un taux de croissance à 2 chiffres depuis 10 ans.

Certains aiment se promener au gré de leur humeur et ne veulent pas réserver des chambres d’hôtels 3 mois à l’avance. Leur « travel attitude », c’est l’improvisation, ils veulent pouvoir partir ailleurs si l’endroit les déçoit, ou rester plusieurs jours s’ils sont conquis par un paysage, un village, un bord de rivière, un site de montagne…

Il y a ceux, pour lesquels j’ai moins de sympathie, je l’avoue, qui investissent des fortunes dans des bunkers en polyester blanc à peine aussi beaux qu’un frigo, et se rassemblent sur des aires d’accueil qui ressemblent à des parkings de centres commerciaux un samedi après-midi en période de soldes.

Il y a les bohèmes, les nostalgiques, les épris de liberté, pour qui voyager est toujours une aventure, qui empruntent des chemins de traverse pour découvrir des paysages rares, pour rencontrer les habitants de régions ou de pays inconnus en mode « slow tourism ».

Enfin, beaucoup voyagent avant tout pour se livrer à leur passion, l’escalade, le rafting, la randonnée et bien d’autres, et ne veulent surtout pas passer du temps à autre chose qu’à pratiquer leur sport et être au plus près de leur « spot », comme disent les surfeurs, inconditionnels du van et de son modèle légendaire, le combi VW, objet de culte et sujet de cet article !

Van customisé avec le slogan Peace
Le van de ma page Facebook

Good vibrations…

Vous avez peut-être remarqué que pour ma page Facebook, j’ai choisi un superbe dessin d’un van VW customisé très seventies en photo de couverture.  Plus vintage, impossible !

Le combi VW, conçu à son lancement en 1947 comme un utilitaire de base, puis adapté en camping-car par la société Westfalia à partir des années 50, va permettre à des familles aux moyens limités de partir eux aussi sur les routes, librement, à l’aventure.

Son succès trouve son apogée dans les années soixante et soixante-dix avec la génération hippy. Véhicule de prédilection des surfeurs californiens, des musiciens rock toujours sur la route entre deux concerts, il est le plus souvent customisé, peint dans des tons psychédéliques, transformé en maison roulante à peu de frais. Et si, avec ses 12 litres aux 100 kms, son pot d’échappement laissait passer des particules pas si fines – à l’époque, on n’avait pas encore inventé le pot catalytique – certaines fumées bien spécifiques se dégageaient généralement par les fenêtres de l’habitacle, le soir au bord des plages de Californie.

Véritable emblème de la contre-culture, couvert de slogans ou de signes de la paix, c’est lui qu’on voit dans tous les films ou reportages sur cette époque de bouleversement social et de remise en question du mode de vie bourgeois par le Flower Power. On le voit bien dans le film Woodstock où les jeunes se rendent sur le lieu du festival au prix d’heures d’attente dans un sympathique bouchon de plusieurs kilomètres, au volant de leurs combis aussi bariolés que leurs robes et leurs chemises indiennes.

Combi VW décoré en mode hippy
Un vrai combi des seventies

On the road again

Passer du statut d’utilitaire lors de sa conception au rang de mythe, quel parcours pour le combi VW ! C’est un peu la même histoire que le jean 501, pantalon de travail sorti en 1890 et devenu un siècle plus tard le symbole du vêtement moderne… (voir si vous voulez mon article ).

Sa silhouette reconnaissable entre toutes donne à un film ou un clip vidéo dans lequel il apparaît une tonalité particulière, un côté anticonformiste mais bon enfant, récupéré bien souvent par les publicitaires. On serait bien incapables de répertorier le nombre d’objets représentant ce van mythique, de la trousse d’écolier à la coque de smartphone, en passant par le coussin de canapé et le range CD. Tout le monde ou presque se souvient de « Little Miss Sunshine » film oscarisé et césarisé, dans lequel le van est un personnage à part entière de cette savoureuse comédie américaine.

Le combi VW est le van le plus tendance chez les amoureux de véhicules vintage, et fait l’objet de nombreux sites web dédiés. Si vous en rêvez, le plus facile, c’est évidemment la location. On en trouve assez facilement, pour une semaine ou un weekend. Que vous soyez adeptes du roadtrip, nostalgiques de la période hippy ou simplement amateur de véhicules rétros, vous trouverez votre bonheur par exemple sur ce site que je viens de découvrir, consacré à la vente et à la location de combis VW, je vous donne le lien ici

Si vous êtes un adepte convaincu de la route en mode vintage et que vous voulez investir dans un combi VW, vous allez sans doute casser votre tirelire car il fait l’objet d’un phénomène de mode exceptionnel. En effet, c’est le modèle le plus recherché par les collectionneurs du monde entier. Ces derniers ont fait monter les enchères depuis que le véhicule n’est plus construit, ce qui remonte quand même à 1979 en Europe et 2013 dans la dernière usine à le produire, au Brésil. Mais quand on aime, on ne compte pas !

Il s’en trouve encore en bon état, mais c’est assez difficile et leur prix est à la hauteur de leur pouvoir d’attraction : compter entre 20 000 et 25 000 euros pour un modèle aménagé type Westfalia. Vous pourrez trouver moins cher, mais beaucoup ont du mal à passer le contrôle technique, pour cause de plancher corrodé. Le même problème se pose d’ailleurs avec pas mal de véhicules anciens, les fameuses Coccinelles, sœurs urbaines des combis, les Renault 4L etc…

Attention toutefois à la nouvelle législation qui interdit de rouler aux véhicules non conformes à la carte grise délivrée au moment de la mise en circulation. Autrement dit, si l’objet de vos rêves a une carte grise CTTE (camionnette) et qu’il est aménagé en camping-car, il ne passera plus le contrôle technique. Il vous faut donc acheter un véhicule dont la carte grise est conforme à l’aménagement, soit un VASP (véhicule automoteur spécialisé de PTAC inférieur ou égal à 3,5 tonnes). J’avoue que cette nouvelle réglementation m’a un peu mise hors de moi, car, en plus d’être une nouvelle contrainte, cela va priver de leur seul mode de vacances des tas de gens qui n’ont pas les moyens d’avoir un de ces hideux frigos blancs que je mentionnais plus haut. Sans parler des gens en situation de précarité qui en ont fait leur domicile roulant et qui risquent de se retrouver, cette fois, sans domicile fixe…

Vous pouvez donc tenter l’achat, mais si vous souhaitez rouler avec votre van, et non le convertir en objet de musée, il vous faut un minimum d’expérience en mécanique. Cela dit, on ne fait pas plus simple comme moteur, donc, avec un peu de connaissances théoriques au départ, et si vous (ou votre chéri !) n’avez pas peur de mettre les mains dans le cambouis, vous aurez moins de mal à choyer votre van adoré que votre voiture neuve au moteur parfaitement inaccessible. Et de nombreux forums sont en ligne pour échanger conseils techniques et bons plans.

Ensuite, à vous les grands espaces !

Plusieurs modèes de combis VW alignés
Un bel alignement de différentes versions !

De concentrations de passionnés du combi

Il existe une tradition chez les amateurs de véhicules rétros, aussi bien que chez les motards, notamment les propriétaires de Harley Davidson, qui consiste à se rassembler périodiquement entre passionnés, et le combi n’échappe pas à la règle. Ce weekend a eu lieu au Mans, sur le site du célèbre circuit, le super VW Festival, où se retrouvent propriétaires de combis et de Coccinelles, un rassemblement que les fans ne rateraient pour rien au monde.

On n’est pas obligés d’aimer les concentrations, personnellement, c’est sur les routes désertes que je trouve du charme à ce mode de voyage !

Le combi VW est tellement à la mode que certains organismes et offices de tourisme proposent des circuits découverte en combi VW, comme celui de Saumur, l’Anjou s’étant fait une spécialité du vintage (un bonheur pour moi !) avec notamment l’Anjou Vélo Vintage, un événement créé en 2011 qui permet de découvrir un magnifique circuit le long de la Loire, à découvrir ici

Autre idée amusante, certains le louent pour leur mariage, avec ou sans chauffeur, et j’imagine qu’on peut même pousser le thème jusqu’au bout et faire de la cérémonie une vraie fête revival, avec robe de mariée hippie et concert de rock en plein air, moi, en tous les cas, ça m’aurait bien plu 😉

Combi VW sur une route des Rocheuses
L’appel de la route en combi VW

Vintage, rétro, qu’importe, je suis une inconditionnelle de tout ce qui rappelle les sixties et les seventies – à l’époque, il y avait un décalage de parfois 10 ans entre les USA et l’Europe ! – et surtout quand il s’agit de retrouver un parfum de liberté et d’aventure qui manque un peu à notre époque, du moins me semble t-il… En tous les cas, dans les rééditions à venir, la firme VW a annoncé la sortie d’un nouveau combi pour 2022, on se demande pourquoi ils ont attendu aussi longtemps !

Et pour finir en musique, je vous offre ce petit lien vers une musique qui sent bon le sable et l’océan Pacifique, le feu de bois sur la plage et les concerts pop, le célèbre Good Vibrations des Beach Boys à écouter sur youtube

A bientôt, sur le blog ou sur la route 😉
Corinne

 

 

 

 

Retour à la terre

Les néo-ruraux ont remplacé les hippies dans les campagnes, mais l’envie de retour à la terre est toujours là. Changer de vie, mode d’emploi !

Bonjour, bonjour !

Avez-vous parfois des envies de changer de vie, de tout plaquer pour vous installer à la campagne ? Est-ce qu’il vous arrive de vous imaginer un matin arrivant en trombe (et sans rendez-vous !) dans le bureau du DRH pour lui annoncer que vous partez ouvrir un café littéraire dans le Jura ?!

Si oui, cet article est fait pour vous !

Sinon, peut-être le lirez-vous simplement par curiosité, juste parce que votre cousin Jean-Christophe a plaqué son job en or dans une start-up pour monter des chambres d’hôtes dans la Drôme et que vous aimeriez bien comprendre ce qui a pu lui passer par la tête… Il n’est pas le seul, Jean-Christophe, il y en a de plus en plus, dans les boîtes de marketing ou dans les services financiers, qui ont du mal à se concentrer sur les courbes de ventes ou sur l’indice du Nikkei.

Les néo-ruraux, comme on les appelle, sont très différents des hippies que nous avons connus dans les années soixante et soixante-dix. Ils partent souvent avec un job qui leur permet de travailler à distance, comme développeur informatique ou blogueuse 😉 Ou bien, l’un des deux dans le couple réussit enfin à se faire nommer dans le Cantal, ou bien encore, ils habitent une ville moyenne comme Angers et quittent le centre-ville pour s’installer dans la campagne environnante…

Entre le baba cool des années 70 et ces « rurbains » (autre dénomination), quelles différences et quels points communs, est-ce qu’on peut suivre le mouvement sans risque, même si on se croit bien préparé à une nouvelle vie ? Certes, il y a beaucoup de questions auxquelles on a bien pensé mais d’autres restent un peu en arrière-plan, et il ne faut pas négliger de les prendre en compte…

Evidemment, amies lectrices, si j’aborde ce sujet aujourd’hui, ce n’est pas un hasard. Voilà des années que nous en rêvons, et mon mari et moi nous sentons prêts à franchir le pas pour grossir les rangs de ces citadins qui quittent la ville pour la campagne ou la montagne.

Prêts ?  Enfin, presque… parce que ce n’est pas si simple.  Faisons le point et essayons d’y voir clair !

Back to the Larzac ?

Le 25 août 1973, sur le plateau du Larzac, environ 100 000 personnes se rassemblaient au cri de « Gardarem lou Larzac » (en occitan) pour défendre un territoire menacé par un projet de camp militaire. La contestation dura 10 ans, et le projet fut enterré par le président Mitterrand peu de temps après son élection. Pendant toute cette période, le plateau du Larzac fut non seulement le lieu d’une contestation essentiellement pacifiste et antimilitariste, mais le symbole de tout un mouvement de retour à la terre, qui commença à s’essouffler quand une partie de ceux qui avaient émigré à la campagne se rendirent compte que l’élevage et l’agriculture, c’est un métier, et que l’artisanat ne rapporte pas forcément de quoi élever une famille de 3 enfants…

Il faut pourtant imaginer comment, voyant après quelques années d’études le choix qui s’offrait entre travailler dans une compagnie d’assurances ou dans une industrie métallurgique (40 h par semaine à l’époque), et se retrouver à élever des chèvres dans des paysages somptueux comme peuvent l’être les gorges du Tarn ou le mont Lozère, beaucoup d’ex « soixante-huitards » n’hésitaient pas longtemps.

Agriculteurs ou bergers, apiculteurs ou artisans d’art, tous avaient en tête de refaire le monde, certains fondaient des communautés pour accéder à un nouveau mode de vie, fait de partage et d’amour. J’ai une immense tendresse pour ces hippies, ces illuminés, comme disaient les paysans en voyant arriver des tribus de jeunes chevelus, qui s’installaient dans des bergeries en ruine et les retapaient sans trop de moyens mais avec une ardeur qui finissait par les faire accepter des locaux.

J’en ai connu qui sont devenus maires ou conseillers municipaux, certains étant souvent à l’initiative de manifestations locales qui redonnèrent vie à des villages qui partaient à l’abandon depuis l’exode rural de l’après-guerre. Et de nos jours, les néo-ruraux apportent une opportunité de renouvellement pour ces zones désertées comme il y en a tant en France.

Gardarem lou moral !

Toutefois, beaucoup de ces exilés volontaires des années hippies reprirent le chemin de la ville et rentrèrent dans une carrière plus conforme à leur parcours familial et social. Car l’agriculture, encore une fois, ça ne s’invente pas, et il faut avoir l’âme sacrément chevillée au corps pour accepter les hivers rudes de l’Ariège, les longues soirées de janvier sans aucune possibilité de circuler sur les routes enneigées de la Haute-Loire, sans parler du simple fait d’aller au cinéma qui devient une idée à oublier totalement…

Mais, amies lectrices, le temps a passé depuis les années 70, dans les campagnes, on a la 4G, de la fibre optique et même plus besoin d’accrocher une soucoupe en métal sur la façade pour capter la télévision… Et de toute façon, en cas de mauvaise réception, on n’oubliera pas d’emporter de la musique (un gros disque dur plein de tout ce qu’on aime, moi, évidemment, les œuvres complètes des Rolling Stones !), et des stocks de DVD avec ses films préférés, ça peut servir pour les soirées d’hiver.

Alors, me direz-vous, on part où, et on fait quoi ? ah, ça, ce sont les deux questions essentielles, et voyons ce qui peut nous aider à choisir une destination …

Lac de Vassivière - Plateau de Millevaches
Lac de Vassivière – Plateau de Millevaches – un paradis !

Les régions de France où il fait bon vivre

Nous avons beaucoup de chance, la France est un très beau pays, ses paysages sont extrêmement variés ! Par exemple, savez-vous combien il y a de Parcs Naturels en France ? Pas moins de 10 parcs nationaux et 49 régionaux à ce jour, et une dizaine en attente de classement ! Ce classement assure non seulement une préservation de l’habitat, de la faune et de la flore, mais aussi une démarche alliant développement économique et gestion de l’environnement.

  • Les atouts d’un Parc Naturel

Voilà donc un premier paramètre à prendre en compte dans une recherche, choisir une région protégée par ce classement vous garantit – en principe – que la région pour laquelle vous avez eu le coup de foudre ne sera pas massacrée à la tronçonneuse…

Je ne vais pas passer à côté de l’opportunité de faire un peu de promotion pour la magnifique région (voir la photo !) d’origine de ma famille, la Corrèze, plus précisément le plateau de Millevaches, qui se repeuple d’année en année avec l’arrivée de néo-ruraux. Toutefois, le département a récemment imposé des coupes massives d’arbres au bord des routes pour passer la fibre optique, alors, je suis un peu en colère, même si la fibre optique, c’est une bonne idée pour ceux qui veulent travailler à la campagne. Élaguer aurait pu suffire. Donc, cette protection est un atout, mais on n’est pas à l’abri des mauvaises surprises.

  • Le climat

Alors là, c’est la grande question… à laquelle chacun peut apporter une réponse bien différente. Certains ne supportent pas la chaleur, d’autres le vent, certaines sont frileuses (c’est mon cas) et d’autres ne supportent pas la neige ou la vue d’une montagne, si, si, j’en connais, j’ai moi-même du mal à me faire à l’idée de ne pas voir le grand large, car j’ai vécu longtemps en Bretagne et j’adore l’océan …

En tous les cas, premier conseil, commencez par tester si possible plusieurs fois et en plusieurs saisons la région qui vous attire, pour ne pas découvrir que telle jolie vallée est rendue glaciale une partie de l’année à cause du mistral qui y souffle 6 mois par an ou que ce ravissant village découvert l’été dernier est du mauvais côté de la montagne et ne reçoit le soleil guère plus de 2 h par jour en hiver !

  • Les prix de l’immobilier

À moins d’avoir gagné au loto, il faudra bien tenir compte des prix, qui ne sont pas tout à fait les mêmes dans le Vaucluse que dans l’Indre, et nettement plus élevés sur le littoral qu’au centre de la France. Logique, plus c’est touristique, plus c’est cher.

Si votre idée est de monter une exploitation agricole ou un élevage, choisissez en fonction des terres disponibles et de leur compatibilité avec votre projet, car toutes les régions ne sont pas favorables à la culture maraîchère par exemple. Par contre, si vous avez un projet lié à des chambres d’hôtes ou à une activité telle que la restauration, vous allez devoir investir davantage au départ, vous pouvez dans ce cas vous faire aider par les Chambres de Commerce locales et trouver un vrai support logistique, parfois même financier.

Pour les micro-entrepreneurs ou les jeunes entreprises, certains départements ont des structures d’aides et de conseil, ouvrent des pépinières d’entreprises ou des espaces de co-working. En Creuse par exemple, vous pouvez trouver des bureaux et des maisons en location réservées aux porteurs de projets, une initiative conçue pour faciliter votre implantation. J’ai vu une Communauté de Communes dans l’Ain qui donnent des aides à la restauration des anciennes fermes ou maisons de hameaux. C’est que toutes ces régions ont vraiment besoin de se repeupler pour maintenir un niveau de services à la population (écoles, gendarmeries, services de santé…)

Par contre, si vous trouvez la maison de vos rêves – en apparence – sur Le bon coin, demandez un maximum de détails avant de prendre la route, car l’ambiance champêtre si bien mise en valeur dans l’annonce ne sera peut-être pas si idyllique que cela… Quand vous verrez que la ravissante ferme au toit de tuiles donne côté cour sur la nationale, et que côté jardin en effet, la vue est superbe, mais qu’on est en plein nord et que le toit s’écroule, vous aurez fait 1500 kms dans le weekend pour rien, pas drôle…

Donc posez un maximum de questions, demandez l’adresse exacte du bien, davantage de photos, jetez un petit coup d’œil sur Google Earth, tout cela vous permettra de vérifier que l’environnement et l’état du bien correspondent à vos attentes.

  • Nos attaches familiales

Partir c’est une chose, quitter ceux que l’on aime, famille, amis, en est une autre. A moins que précisément vous n’alliez rejoindre votre pays d’origine. Si vous changez de région, prenez bien en compte les distances routières, la proximité d’une gare grande ligne, pour ne pas transformer chaque déplacement en véritable périple, d’autant plus que les kilomètres, ça coûte cher…

Mon mari étant de Barcelone, ma famille entre Paris et Nantes, vous voyez comme l’Aquitaine ou l’Auvergne nous conviendrait bien pour être à mi-chemin de nos deux points d’ancrage familiaux !

S’implanter dans une région nouvelle, si l’on ne connait personne, c’est plus facile quand on a des enfants petits, car on fait très vite connaissance à la porte de l’école primaire. Moins ensuite, dès que les enfants vont en car au collège voisin, on ne croise plus les parents qu’une fois par an à la réunion parents-professeurs. A la retraite, c’est différent et on se fera plus vite des relations en intégrant le milieu associatif, toujours très actif dans les régions isolées. Intégrez la chorale, faites des sorties avec le club de randonnée, et vous serez vite entourés de nouveaux amis.

De toute évidence, s’installer dans une région dont votre famille est originaire vous donne un avantage certain, il est toujours plus facile d’arriver quelque part et de dire, je suis la petite fille de Louis Marvezac ou la nièce de Marie Darrassolles (au hasard !).

 

Quelle activité choisir ?!

Là, on atteint le cœur du problème, car il faut bien gagner sa vie, non ? Mais justement, si on pense partir, c’est qu’on a peut-être en tête de réussir sa vie, et non de réussir dans la vie, citation qui trouve tout son sens quand on est dans ce genre de questionnement. Pourtant, il faut bien penser à ses revenus mensuels, à la campagne comme à la ville, la vie a un coût…

  • Trouver un travail salarié sur place

Certaines professions sont plus recherchées que d’autres, je pense à toutes les professions très techniques, mais aussi les métiers de la santé tels que kinésithérapeutes, on en manque cruellement dans la plupart des régions, et il sera assez facile d’y trouver un emploi.

Evidemment, si votre entreprise, basée à Levallois-Perret, a une antenne à Montpellier, vous savez ce qu’il vous reste à faire, le siège du bureau du DRH 😉 J’ai un cousin fan de surf qui a pu se faire nommer à Biarritz après des années à Marne la Vallée, vous voyez un peu le bonheur !

  • Transférer son activité

L’activité, celle qui nous plait ou celle que nous avons toujours pratiquée – parfois on a la chance d’avoir les deux en même temps – sera-t-elle transférable ? Imaginons : je suis illustratrice, traductrice, rédactrice, j’ai de nombreux clients et aucun n’exige de me voir plus d’une fois par an, ou même, je ne les vois jamais mais j’ai du travail régulier. Dans ce cas, aucun problème, une connexion Internet fiable suffit pour installer son bureau en face du Mont Ventoux.

  • Créer son activité

La plupart de celles et ceux qui envisagent un « retour à la terre » ont un modèle à peu près semblable : aménager des chambres d’hôtes, cultiver un potager pour vivre quasiment en autarcie alimentaire et un revenu assuré par une activité à distance de l’un ou l’autre en télétravail, salarié ou en free-lance. Soyez en certains, on ne vit pas de chambres d’hôtes, ça ne peut être qu’un revenu d’appoint, il faut qu’au moins un des deux ait un revenu régulier pour vivre décemment. La question ne se pose pas si vous partez en retraite et touchez une pension suffisante pour assurer le quotidien et ses imprévus. Mais à propos d’imprévu, pensez à ne pas trop vous éloigner d’une grande ville, 1 heure de route en plein hiver, ça peut être compliqué.

Le vrai retour à la terre

Par ma famille corrézienne, j’ai des racines paysannes tenaces, et l’envie de vivre de ma récolte de châtaignes et de la vente de mes légumes ne m’a jamais quittée. Pas d’élevage, pour moi les animaux doivent vivre une belle vie et mourir de leur belle mort, donc si nous avons un poulailler, ce sera juste pour les œufs et on saura enfin combien de temps peut vivre une poule. Sujet de discussion récurrent avec mon mari qui voit les choses un peu plus, disons à l’ancienne, mais là je ne transigerai pas, il le sait 😉

Alors, je lis tout ce qui peut se lire sur la permaculture, il semble qu’avec une surface de 1 000 m² on peut envisager de vivre en autarcie alimentaire assez rapidement, et même gagner un peu d’argent avec les produits du potager au bout de quelques années. Pendant ce temps, mon mari se passionne pour l’apiculture et dévore des pages sur le sujet. Protéger les abeilles sera bientôt une grande cause mondiale pour l’environnement, et en montagne, on peut envisager de produire du miel, dans ces régions de forêts où l’air est encore pur, loin des zones d’agriculture intensive.

Une dernière question, on parle souvent de l’accueil des habitants dans les différentes régions de France, certaines ont meilleure réputation que d’autres. Il est des départements qui ont vu leurs villages renaître avec les nouveaux arrivants et qui les voient plutôt d’un bon œil, des régions où les traditions de solidarité sont plus fortes au regard de leur histoire ou de leur topographie.

Mais je suis intimement persuadée que c’est l’attitude de chacun d’entre nous qui fait la réussite ou l’échec de notre implantation. Savoir être simples, poser des questions sans être intrusifs, laisser le temps aux gens de vous apprécier sans forcer la relation, venir avec son envie et son sourire et participer à la vie locale sont les atouts qui seront déterminants.

Je suis née à Paris, j’ai habité en Provence, en Bretagne, deux très belles régions, mon mari est de Barcelone et toute sa famille vit dans cette ville merveilleuse. Alors, prochaine étape, on verra bien, et d’ailleurs, on parle souvent aussi du Canada, alors, pourquoi pas !!!

Et vous, dites-moi, il vous arrive souvent de rêver d’une autre vie ? Des expériences heureuses ou moins bien réussies ? On en reparle avec plaisir.

A bientôt, passez une très bonne semaine !

Corinne