Keith Richards, mixed emotions

Chicago, New Orleans, Philadelphia, Houston… été 2019, les Rolling Stones repartent en tournée ! Après l’opération de Mick Jagger en juin dernier, à peine un mois plus tard, les Stones sont donc de nouveau sur la route pour la tournée No filter US. Les glimmer twins sont en pleine forme, au grand soulagement de leurs fans, dont je suis, ça ne vous aura pas échappé !

Il y a quelques années, on n’aurait pas parié un penny sur les chances de Keith Richards d’être encore sur scène en cet été 2019, soit à près de 76 ans, après des années d’addiction à toutes les drogues, à l’alcool et la cigarette. L’addiction des stars du rock, c’est évidemment un sujet récurrent, que les médias traitent le plus souvent sous l’angle de la vie trépidante et de l’argent facile. Keith Richards, lui qui se vante d’avoir enterré tous les médecins qui lui avaient prédit une mort certaine dans les six mois, raconte une histoire un peu différente.

Keith Richards et les Stones, retour dans les 60s

Keith se confia un jour sur les premières années des Rolling Stones, lorsqu’ils se déplaçaient d’une ville à l’autre dans une fourgonnette absolument hors d’état, gagnant à chaque concert juste de quoi passer la soirée et remettre de l’essence le lendemain matin dans le van. Leur rythme de vie était impossible à soutenir : arriver l’après-midi dans une nouvelle ville, prendre possession de la salle de spectacle pour installer le matériel, faire les balances, jouer à fond de 21h à minuit ou plus, puis démonter et ranger dans le camion…

Keith Richards années 60
Photo Dina Regine

Ensuite, après le concert, manger enfin, à condition de trouver un endroit pour vous accueillir à cette heure tardive, mais en général, il ne reste que les pubs à cette heure de la nuit, donc, on ne mange pas, on boit des verres, parfois beaucoup, en compagnie de quelques groupies avec qui on passe la nuit, et quand on va dormir au petit jour, il est presque l’heure de reprendre la route pour faire les 300 miles qui te séparent de la ville suivante.  « Un jour, quelqu’un te propose de la cocaïne et tu ne ressens plus la fatigue, tu peux tenir plusieurs jours sans dormir, alors… »

C’est aussi simple que cela, et cela commence toujours ainsi, un bénéfice immédiat qui va se transformer en enfer, celui de l’addiction. Et comme les tournées s’enchaînent, qu’entre chacune, il faut enregistrer, mais aussi faire la fête, (il a 25 ans à l’époque), la suite, c’est la dépendance.

Keith Richards et la cocaïne

L’addiction aux drogues dures, même si elle n’est pas une nouveauté du 20ème siècle, a pris une ampleur évidente dans les années soixante, et a causé la mort de nombreux musiciens, entre autres le tristement célèbre « club des 27 » (voir mon article sur Janis Joplin).

Keith Richards n’a jamais caché le fait qu’il s’est adonné à l’héroïne et la cocaïne pendant toutes ces années, depuis celles où la police londonienne faisait régulièrement des descentes chez les Stones, depuis son arrestation en 1967, jusqu’au moment où, revenu en Angleterre après s’être réfugié sur la Côte d’Azur avec le reste du groupe, il a continué à consommer. Il dit « je n’ai jamais eu de problème avec la drogue, je n’ai eu de problème qu’avec la police ». Humour rock’n roll et néanmoins très british.

Keith Richards souriant sur scène
Photo Jerzy Bednarski

Ce qui peut paraître incroyable, c’est de le voir aujourd’hui, presqu’octogénaire, tirant sur sa cigarette (il les allume les unes sur les autres), et montant sur scène avec la même vitalité qu’à l’époque de Satisfaction.

Je ne vais pas vous conseiller de suivre son exemple, il dit lui-même qu’il doit avoir un organisme de compétition et plaisante volontiers sur le sujet. En revanche, il se livre moins souvent sur les périodes de sa vie où la drogue l’a emporté sur tout le reste, sa vie familiale en particulier, dont il n’aime pas parler. La perte de son fils Tara à l’âge de 2 mois d’une mort subite du nourrisson, l’a marqué à vie. J’ai vu les Stones sur scène le lendemain de sa mort, aux Halles de la Villette à Paris, le concert n’avait pas été annulé, personne n’en a rien su mais Rolling Stone ne signifie pas cœur de pierre et le contrecoup a été d’une violence rare.

Keith Richards : mythes et légendes

Alors bien sûr, on en a raconté des histoires sur les excès et les travers de celui que beaucoup considèrent comme le plus grand rocker de tous les temps. En Angleterre, une vieille plaisanterie dit qu’en cas de guerre nucléaire, seuls survivront les cafards (ça c’est connu !) et Keith Richards (ça c’est possible !).

Il dormirait avec un pistolet sous son oreiller, il voyagerait avec des conserves de sheperd’s pie (sorte de hachis parmentier) car il n’aime manger à peu près que ça, il aurait sniffé les cendres de son père, il se ferait régulièrement changer intégralement le sang dans une clinique suisse…

Sur ses relations avec les autres Stones, il aurait contribué à éjecter Brian Jones (qui n’était pas un personnage particulièrement sympathique, c’est le moins qu’on puisse dire) et aussi Mick Taylor qui avait pris le devant en tant que guitariste solo après la mort de Brian.

Mais aussi, il aurait aidé Charlie Watts, le batteur, à sortir de l’héroïne, Charlie ayant eu la mauvaise idée de s’y mettre tardivement, alors que les autres étaient enfin désintoxiqués. Heureusement pour Charlie, cela n’a pas duré longtemps. Grâce à Keith ?

Avec Ron Wood, c’est une amitié indéfectible. Ronnie (fucking Ronnie Wood !) et ses facéties, son humeur toujours au beau fixe, c’est l’alter ego idéal sur scène comme dans la vie, alors qu’avec Mick, les choses sont plus compliquées….

Mick Jagger et Keith Richards
Photo Andrea Sartorati

Il n’aurait jamais pardonné à Mick Jagger d’avoir eu une liaison avec Anita Pallenberg, la mère de ses 3 premiers enfants, morte en 2017, qui n’avait jamais vraiment décroché de l’héroïne alors que Keith a arrêté en 1980 (il y a près de 40 ans donc !).

Il dit aussi « toutes les petites amies de Mick venaient pleurer sur mon épaule et moi je leur répondais, mais qu’est-ce que je devrais dire, moi, je ne peux même pas divorcer, je suis scotché avec lui ! » Leur relation a toujours été quelque peu conflictuelle, l’un (Mick) jugeant l’autre pas fiable en raison de ses addictions et l’autre (Keith), trouvant Mick trop bourgeois, trop attiré par les hautes sphères de l’aristocratie.

Et puis d’autres anecdotes encore :  il est tombé du haut d’une échelle en cherchant un livre dans son immense bibliothèque, il a failli brûler vif deux fois à cause d’une cigarette fumée au lit, il est tombé à nouveau, cette fois d’un cocotier aux iles Fidji pendant des vacances avec Ron Wood, qui ne boit pas non plus que de l’eau minérale.

Ce qui nous amène directement à Pirate des Caraïbes, film dans lequel Johnny Depp raconte comment le personnage de Keith Richards l’a influencé, au point que la production du film l’intègrera au casting pour jouer le père du capitaine Jack Sparrow, rôle qui lui va comme un gant. Deux légendes, deux images de « mauvais garçons » se retrouvent dans une taverne mal famée sur une île des Caraïbes, la boucle est bouclée. On les a vus ensemble récemment dans un restaurant indien du côté d’Epsom, le tandem ne doit pas être toujours fréquentable !

Keith Richards, plus grand guitariste du monde

Pour moi, évidemment, ça ne fait pas l’ombre d’un doute, mais j’admets que la concurrence est rude. Comme je ne suis pas musicologue, je ne pourrais pas analyser dans les détails ce qui fait l’intensité du jeu de Keith Richards, tout ce que je sais, c’est qu’il y a dans ses célèbres riffs le battement même du cœur du rock’nroll, cette musique qui a maintenant bien plus d’un demi-siècle alors qu’on lui prédisait une mort rapide (ça a bien failli arriver avec la bouillie musicale disco des années 80).

Keith Richards sur scène en 2006
Photo Patrick Baumbach

Pour les Stones, on a eu un peu peur quand même, quand, après Exile on Main Street, le double album composé à la villa Nellcôte en France, le tournant musical pris à l’initiative de Mick Jagger a fait un peu frémir d’horreur les fans. Mais c’était sans compter avec la force des racines musicales dans lequel le groupe puise son énergie, le blues, le country, le ryhtm and blues, et surtout le plus authentique du rock’n roll de Chuck Berry notamment.

Chuck Berry, qui était l’idole du tout jeune Keith Richards, et dont il portait religieusement un disque sous le bras le jour de la première rencontre avec Mick Jagger sur un quai de gare, les fans des Stones connaissent l’histoire. Et bien avec Chuck Berry, le courant n’est jamais passé sur le plan humain, alors que bien sûr, sur le plan musical, la filiation est évidente et revendiquée par les Stones. Curieux, non ?

Keith Richards, mixed emotions ?

Pourquoi Keith Richards m’émeut tant, j’ai un peu de mal à l’expliquer, car il a parfois des « sorties » plutôt brutales et volontairement choquantes. Peut-être pour la seule addiction qui lui restera jusqu’au bout, celle qui l’enchaîne à la musique. Peut-être pour sa capacité à pratiquer l’auto-dérision, pour sa fragilité réelle, que l’on ressent tellement lorsqu’il chante.

Car il chante aussi, avec une voix aux inflexions rauques, un fond permanent de tristesse qui perce derrière le sourire qu’il arbore de plus en plus sur scène, tellement heureux d’être là. « It’s good to be there, it’s good to be anywhere », « Je suis heureux d’être ici, je suis heureux d’être n’importe où. », (c’est bon d’exister tout simplement ?).

Keith Richards chante, et on finira avec ce très beau morceau si ça vous dit « This place is empty without you » de l’album A Bigger Band à écouter ici

A très bientôt à tou.te.s, soyez rock’n roll si cela vous dit, car de toute évidence, ça conserve ! 😉

Passez un bel été en musique oh yeah !
Corinne

Photo couverture : Concert Turin 2013 Creative Commons Wikimedia by Gorupdebesanez

All photos Creative Commons Wikimedia

 

Les Rolling Stones

50 ans avec Brian, Mick, Keith, Charlie, Ronnie… De 1968 à 2018, petite histoire de ma vie de fan des Rolling Stones.

Bonjour, bonjour

1968, Paris est en feu et Jean-Luc Godard tourne « Sympathy for the devil – One plus One », un film où alternent les scènes d’enregistrement en studio de la chanson des Stones, et des séquences de combats de rue, des discours politiques. Si 1968 est l’année où la musique des Stones marque un véritable tournant avec la sortie de Jumpin’Jack Flash en 45 tours, puis de l’album Beggars Banquet, (mon Dieu l’attente insupportable entre la sortie du 45 Tours et celle du 33 Tours …), il marque aussi pour moi le début de la vraie vie, et je n’exagère pas 😉

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En 68, je n’ai pas l’âge de me trouver sur les barricades, mais je viens de décrocher le droit de vivre une grande aventure, un séjour linguistique en Angleterre,  supposé parfaire ma maîtrise de la langue. En réalité, mon anglais n’est pas si mauvais que cela si l’on considère que je connais par cœur les paroles de toutes les chansons des Stones, mais ce n’est pas le moment de s’en vanter, et je traverse le Channel avec une excitation facile à imaginer !

Les Rolling Stones et moi

Let me please introduce myself…

Ma découverte des Rolling Stones date de l’année où mes parents ont acheté leur premier poste de télévision, un modèle si vintage qu’il s’arracherait sans doute à prix d’or à la salle Drouot ! Je ne sais par quel miracle je me trouvais devant ce poste en noir et blanc à l’image tremblotante, quand une apparition à la limite du divin emplit la totalité de l’écran, une sorte d’ange blond à la frange lisse et au regard souriant.

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Brian Jones en 1965

Brian Jones avait en effet un visage d’ange, mais avec la sortie du film de Jean-Luc Godard, je m’aperçus vite que mon idole était un ange déchu. La drogue faisait de toute évidence des ravages d’une extrême et inquiétante rapidité sur son organisme fragilisé par l’asthme. Et  bien sûr, cela avait des conséquences sur sa musique…

Or, dans le film de Godard, c’est Mick Jagger qui « crève l’écran ». J’oubliai l’ange pour vouer un culte désormais exclusif à celui qui mena les Stones au firmament de la musique rock, et fait hurler les foules de bonheur depuis cinquante ans, chanteur et danseur sans pareil.

Une fidélité toutefois légèrement entachée car les années passant, le côté Sir Michael Jagger dont Keith Richards s’est tant moqué se mit à m’agacer prodigieusement, sans compter que côté fidélité, évidemment, Mick Jagger n’a jamais donné l’exemple.

Keith Richards 1972
Keith Richards sur scène en 1972  ©CC BY-SA 2.0

J’ai éprouvé de plus en plus de tendresse pour Keith, sorte de phénix renaissant chaque fois de ses cendres, dévoré par l’alcool et la drogue mais se relevant toujours, passant un mois en cure avant de repartir en tournée. Il est pour moi, LE guitariste, celui qu’on ne pourra jamais remplacer, alors que les Stones ont remplacé successivement Brian Jones, Mick Taylor et même Bill Wyman, bassiste historique du groupe.

L’autre Stones irremplaçable, c’est Charlie Watts, le meilleur batteur du monde, une légende à lui tout seul, bien que le star system ne soit vraiment pas sa « cup of tea ». Si j’aime tellement Charlie Watts, c’est pour sa personnalité si peu conforme à l’image qu’on se fait d’une rock star, il est en effet l’homme le plus fidèle qui soit, marié depuis plus de 50 ans, appréciant plus que tout la vie en famille. S’il se fait un peu violence quand il s’agit de reprendre la route pour une nouvelle tournée, ne croyez pas que cela se ressente le moins du monde quand il est sur scène, et d’ailleurs, à l’applaudimètre, c’est lui qui détient tous les records !

Ma vraie fidélité, c’est donc au groupe entier que je la voue, à Mick Jagger, Keith Richards et Charlie Watts, sans oublier Ron Wood, toujours qualifié de « petit dernier », ce qui l’amuse beaucoup, lui qui a remplacé Mick Taylor, lui-même appelé après la mort de Brian, en 1974. Ron Wood est absolument fusionnel avec Keith, sur scène, on ressent une véritable osmose entre les deux, mais le fantôme de Brian Jones est encore parfois présent derrière le rideau…

Ladies and gentlemen, the Rolling Stones !

La première fois que j’ai vu les Stones sur scène, vous imaginez bien quel était mon état de fébrilité, c’était en 1970, au Palais des Sports. Paris toujours agité attendait le concert avec un frisson révolutionnaire, entretenu par les prises de position provocatrices des Stones, qui s’opposaient à l’image de « gentillesse » des Beatles.

Marketing intelligent de leur producteur Jimmy Miller, qui les a aidés à sortir de l’impasse musicale dans laquelle risquait de les entraîner l’album « Their Satanic Majesty Request », ou réelle adhésion aux idées de mai 68 ? La bonne réponse se situe probablement entre les deux hypothèses.

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Affiche du film Sympathy for the devil

En tous les cas, la présence de gauchistes dans la salle du Palais des Sports donna vite le ton, de même que celle des cars de CRS encadrant le quartier. On entendit des harangues de membres de la Gauche prolétarienne qui réclamaient la libération de militants, une intervention de Serge July, futur directeur du quotidien Libération, qui finit par « On a raison de se révolter », très en phase avec le thème révolutionnaire de « Street Fighting Man » qui clôtura le concert, que je passai accrochée au bord de la scène comme tant d’autres fans…

C’était pourtant après le terrible concert d’Altamont, mais le service de sécurité était assez peu présent, la jeunesse française ayant la réputation de lancer volontiers des pavés mais pas de transformer les salles de concert en territoires de guérilla urbaine, quoique… À Marseille, en 66, Mick Jagger avait reçu un projectile vraisemblablement lancé en direction d’un « représentant de l’ordre », mais en cet automne 1970, il ne semblait nullement inquiet devant le public parisien en délire.

J’ai revu les Stones plusieurs fois, mais j’ai cessé d’aller au concert quand le groupe a commencé à se produire dans des stades, quand le show à l’américaine est venu gâcher le plaisir de la musique… J’en parle dans cet article Les Stones et le foot 

Les femmes des Stones et moi

Some girls

Impossible de lire un article sur Mick Jagger sans y voir abordé le sujet de ses conquêtes féminines mais j’avoue que le sujet m’a toujours laissé assez indifférente, n’ayant aucun goût pour la presse people ni pour les potins.

C’est Keith Richards qui en parle le mieux, avec beaucoup d’humour : « toutes ses petites amies venaient pleurer sur mon épaule, et je leur disais, qu’est-ce que tu dirais à ma place, je suis collé à vie avec lui… »

Il raconte volontiers leurs premières années dans l’appartement de Chelsea, au 102 Edith Grove, où sans l’aide de quelques admiratrices pour payer le chauffage ou remplir le frigo, ils auraient connu de longues périodes de froid et de jeûne. Les premières groupies ignoraient qu’elles partageaient leur dîner et un peu plus avec les musiciens de ce qui serait un jour le plus grand groupe de rock du monde. Depuis, les groupies se sont succédées dans les hôtels de toutes les villes du monde, certaines épouses se sont lassées des infidélités de leur célèbre mari, mais cela ne change rien à l’histoire de la musique.

Pourtant, comment ne pas parler de Marianne Faithfull, la première, elle-même musicienne et chanteuse, actrice remarquable. Elle rencontra les Stones grâce à Andrew Loog Oldham, alors manager des Stones, qui lui confia la chanson « As tears go by » jugée trop sentimentale pour le public des Stones. Marianne est aussi l’auteur, et cela on le sait moins, de la chanson « Sister Morphine ». Marianne fut la compagne de Mick pendant plusieurs années, elle lui apporta sa culture littéraire et artistique et l’introduisit dans le milieu aristocratique dont elle était issue, comme avant elle une certaine Jane, fille de baron, qui inspira la chanson « Lady Jane ». Mick aimait les aristocrates, déjà…

Marianne Faithfull avait conquis le public des Stones et reste une chanteuse mythique. Elle sortira en novembre prochain un nouvel album, Negative Capability, enregistré avec Nick Cave. Après elle, l’arrivée de la belle Bianca Perez Morena de Macias, qui deviendra Bianca Jagger, ne séduisit pas les fans qui virent en elle une personnalité trop superficielle. C’est en partie vrai, tant elle fut de toutes les fêtes mondaines qui firent parler à l’époque, mais elle devint plus tard une militante politique dans son pays d’origine, le Nicaragua, où elle s’engagea notamment pour le droit des femmes. Puis vint Jerry Hall, compagne puis épouse en titre pendant près de 20 ans, mère de 4 enfants de Mick.

Brown sugar

Assez donc avec les petites amies d’un soir ou plus et les femmes de Mick Jagger. Toutefois il faut mentionner le rôle important que joua Anita Pallenberg dans la vie des Stones. Mannequin, actrice, elle fut d’abord la petite amie de Brian Jones qu’elle quitta pour Keith Richards, avec qui elle vécut près de 10 ans. Très liée aux artistes de l’underground new-yorkais, accompagnant le groupe dans toutes les tournées, elle fut une des égéries du rock des années soixante-dix, au point qu’on la nomma souvent le sixième Stones. Comme Marianne et Keith, elle n’échappa pas à la dépendance à l’héroïne et reste un symbole des années « sex, drug and rock and roll », si bien décrites dans le film « Performance » où on la vit dans les bras de Mick Jagger, et pas seulement pendant le tournage. Elle est morte il y a un peu plus d’un an, à soixante-quinze ans.

Je finirai juste ce paragraphe en évoquant celle pour laquelle ils eurent tous une passion, Tina Turner, l’explosive et fantastique chanteuse que les Stones ont contribué à faire découvrir au public lorsqu’elle était encore en couple, sur scène comme à la ville, avec Ike Turner, mais ceci est une autre histoire…

Les fans des Stones et moi

Gimme Shelter

« J’ai souvent pensé à me suicider, mais ça voulait dire rater le prochain Stones. »

Cette phrase révèle non seulement un goût musical très sûr 😉 mais aussi un humour qui me va droit au cœur, celui de Patti Smith, poétesse, peintre, musicienne, une sorte d’être idéal selon Cioran, « un ange dévasté par l’humour ».

Patti Smith, dont la vie mérite non pas un mais dix romans, tant elle a croisé tout ce que le monde du rock et de la contre-culture compte d’immenses artistes, est entrée en 2007 au Rock and Roll Hall of Fame. Pour cette occasion elle choisit de chanter « Gimme Shelter », une version qu’elle réussit à s’approprier superbement.

Dans mes rêves les plus fous, j’aurais voulu être Patti Smith, pour laquelle j’ai une immense admiration, et vivre avec Mick Jagger, enfin quelque temps seulement, parce que toute une vie, quand même, n’exagérons rien, on ne peut pas être fidèle longtemps à un infidèle, non ?!

J’envie beaucoup la magnifique Lisa Fischer, choriste en titre, compagne de toutes les tournées et diva de la scène au côté de Mick avec lequel elle donna parfois un spectacle très très chaud, notamment ce « Gimme Shelter » que je vous conseille …

Shine a light

Autre célèbre fan des Stones, Martin Scorcese, qui réalisa en 2006 le génial « Shine a light », avec, en présentateur aussi ému qu’on peut l’être, le président Bill Clinton himself, grand fan des Stones. En ouverture de la soirée, l’ex-président des Etats-Unis ne cache pas sa joie d’annoncer le concert filmé au Beacon Theatre de New York, concert dans lequel on voit en guest star une idole des Stones, Buddy Guy, ainsi que Jack Bruce des White Stripes et Christina Aguilera, pour un fantastique duo sur « Live with me ».

En France, au château de Fourchette…

Beaucoup, mais alors beaucoup moins connu, est un fan dont je suis obligée de taire le nom car il souhaite conserver l’anonymat, c’est le jardinier d’une résidence où je vécus quelque temps sur la côte atlantique. Originaire du petit village de TouraineMick Jagger possède un château, il m’a raconté plein d’anecdotes du temps où il secondait son oncle, jardinier en titre du domaine dans les années 80. Et toutes ces histoires montrent un homme charmant, respectueux du personnel à qui il offrait volontiers un verre de bon whisky, participant à la vie du village, fête du 14 juillet et mariages inclus. Ce qui me permet de raconter de temps en temps, « j’ai eu le même jardinier que Mick Jagger », avouez que ça fait classe 🤣

It’s only rock and roll…

Les années passent, ils sont tous septuagénaires, et malgré tout, ils sont encore capables de remuer des foules entières dans des tournées qui les amènent à traverser les pays et les continents. Ils vieillissent bien, comme le bon vin, ou plutôt le bon whisky, si l’on se réfère à la boisson préférée de Keith Richards, qui a abandonné les drogues dures, mais ne s’est pas mis à la verveine menthe pour autant.

Voilà, ce n’est que du rock and roll, mais j’aime tellement… Et ce n’est que mon deuxième article sur les Stones, j’avais promis de ne pas exagérer, mais le prochain est déjà dans ma tête 😉

A bientôt,
Corinne

 

 

Les Stones et le foot

Les Stones et le foot, à première vue, on ne voit pas bien le rapport, mais quand la tournée No Filter passe par le stade Vélodrome et que l’OM s’en mêle, en pleine coupe du monde, on ne peut pas passer à côté de l’événement. Allez le rock !

Bonjour, bonjour, tout le monde ou plutôt Hi everybody !!!

Bien entendu, je savais que je consacrerais au moins un ou deux articles aux Rolling Stones, mais je ne pensais pas que l’actualité m’inciterait à les associer à la planète foot, même si le foot est sur le devant de la scène mondiale pour encore deux semaines…

Donc hier, les Stones étaient en concert au stade Vélodrome, lieu mythique ou redoutable selon que vous êtes un supporter de l’OM ou d’une équipe adverse, et pour beaucoup d’autres, incontournable arène que les plus grandes stars choisissent pour leurs tournées.

Rien d’étonnant à ce que les Rolling Stones aient choisi l’Orange Vélodrome (son nouveau nom) avec ses 60 000 places pour leur tournée 2018 baptisée « No filter » ! Dans les années soixante, les Stones avaient joué dans cette même ville, et Mick Jagger avait reçu sur l’arcade sourcilière un projectile lancé depuis le public, probablement destiné à un policier en faction devant la scène. Le groupe n’a pas pour autant renoncé à se produire à Marseille, puisqu’ils y sont venus cette année pour la 3ème fois, en version XXL dans cet énorme stade.

Et comble du bonheur pour les habitants de la cité qui cumulent addiction aux Rolling Stones et passion pour le foot, l’Olympique de Marseille et les Stones ont sorti un tee-shirt collector avec la célèbre langue et le logo de l’OM.

J’entends déjà quelques lecteurs ou lectrices se dire, un mot de plus sur le ballon rond et j’arrête ma lecture ! A moins que d’autres ne se disent, le foot, oui, les Stones, non !

Alors, clarifions les choses avant d’entrer dans le vif du sujet 😉

Les Stones, le foot et moi

Les Stones, des années et des années, depuis la sortie du 45 Tours « Satisfaction », que je les écoute en boucle, inlassablement, enfin, surtout les quatre albums dans lesquels il n’y a rien à jeter, dixit Keith Richards lui-même, à savoir Beggars Banquet, Let it Bleed, Sticky Fingers et Exile on Main Street, mon préféré. Je me revois assise par terre dans ma chambre et découvrant chaque morceau de ce nouvel album, un double, le bonheur, et les incroyables photos de la couverture, avec les cartes postales à l’intérieur en cadeau, wow !

J’ai élevé mes enfants aux Rolling Stones (entre autres groupes quand même) et si je ne hurle plus quand Mick Jagger apparait sur scène, c’est tout simplement que je ne vais plus les voir en concert, c’est toujours trop loin pour moi, trop loin de la scène pour être plus précise…

Je vous en parlais dans un autre article, entre les voir à l’Olympia ou au Palais des Sports, le nez sous la scène et les oreilles dans les baffles, et les voir dans un stade sur écran géant, finalement, je préfère attendre la sortie du DVD ou me passer des vidéos sur YouTube… En plus, pendant les concerts, tout le monde prend des photos, se fait des selfies, pour moi, c’est un peu comme si, au lieu d’aller écouter un groupe, on y allait pour dire « j’y étais » …

OK, et le foot ? Et bien figurez-vous qu’après avoir méprisé ce sport pendant des années au nom de tous les préjugés intellectuels que peut accumuler une ex étudiante en lettres, j’ai fini par adorer, enfin surtout à partir des 1/8èmes de finales en 1998 ! Ma meilleure amie et moi, on était totalement hypnotisées par les passes de Zidane et les buts de Laurent Blanc ou Lilian Thuram (haaa… les deux buts en ¼ de finale contre la Croatie !), je vous jure, c’était un vrai spectacle de nous voir, et totalement inattendu pour nos proches. On devenait aussi hystériques que devant un concert des Stones ! Depuis, la passion est un peu retombée, mais quand même, on pourrait bien nous y reprendre si la France bat l’Argentine en 1/8èmes de finale 😉

Les Stones, Mick, Keith, Ron, Charlie et quelques autres

J’ai lu tout ce qu’on peut lire sur les Rolling Stones, depuis les articles de Rock & Folk (le magazine est sorti en 1966, un an après le titre Satisfaction) jusqu’aux biographies les plus récentes. Certaines sont dans le plus total respect, d’autres frôlent la science-fiction, en tous les cas, il y en a une que j’adore, très courte, celle de François Bégaudeau « Un démocrate – Mick Jagger 1960-1969 ».

Les « Glimmer twins » Mick Jagger et Keith Richards

C’est ainsi qu’ils se surnomment eux-mêmes, les jumeaux flamboyants, pas très modestes, les garçons 😉 Les Stones, en effet, c’est d’abord Mick Jagger et Keith Richards, une rencontre sur un quai de gare, l’un a des vinyles sous le bras, l’autre lui dit, c’est quoi ces disques, et les voilà partis pour plus de 50 ans de vie commune… avec des hauts et des bas et une relation plus complexe que celle de Liz Taylor et Richard Burton ou des Brangelina. Keith Richards raconte que les petites amies de Mick Jagger venaient pleurer sur son épaule et qu’il leur répondait « qu’est-ce que tu dirais à ma place, je suis collé à lui et impossible de m’en séparer » …

Lorsque Mick a reçu le titre de Sir décerné par la reine d’Angleterre, Keith a failli étouffer de rire et n’a pas manqué d’ironiser sur l’attrait que Mick Jagger a toujours montré pour les aristocrates, tendance assez générale en Angleterre, plus rarement chez les chanteurs de rock, encore qu’il y en ait eu d’autres dans le même cas.

Le texte de François Bégaudeau raconte très bien et avec une très belle plume, cette rencontre qui a changé la face du monde, en tout cas celle de la musique, et l’évolution d’un groupe qui ne croyait pas lui-même durer plus de 2 ans. Et il explique aussi le tournant qu’a marqué le fameux concert d’Altamont en 1969, irrémédiablement gâché par un crime raciste perpétré par un groupe de Hells Angels. A partir de cet événement, le rapport des Stones au public est devenu différent, plus à distance, leur musique, comme d’ailleurs une grande partie du rock, s’est en quelque sorte « embourgeoisée » …

Ron Wood, le petit dernier

Ron Wood, on le considère toujours comme le petit dernier et ça le fait beaucoup rire, parce qu’il a rejoint les Stones en 1974 ! Keith Richards et lui s’entendent comme larrons en foire, et en foire, ils y sont souvent… Keith dit que Ron Wood est le plus génial des compagnons, il rit de tout et tout le temps, on peut dire qu’il a l’alcool joyeux car c’est un véritable alcoolique et il ne s’en cache pas…

Quant à Keith, son incroyable longévité en regard de ce qu’il a pu consommer au cours de son existence comme substances illicites, plus l’alcool et le tabac, représente un défi à la science. Il raconte qu’il a enterré tous les médecins qui ne lui donnaient que 6 mois à vivre s’il continuait dans son mode de vie…

Ron Wood, Ronnie pour les intimes et des milliers d’autres, a remplacé (après un bref passage de Mick Taylor), Brian Jones, mort noyé dans sa piscine en 1969, et qui restera dans la légende des Stones pour toujours. Brian, asthmatique et cocaïnomane, un mauvais mélange de médicaments et de drogue est probablement à l’origine de l’accident, hélas. Il a inauguré la triste série de ces légendes du rock disparues à 27 ans, et dont le nom commençait par un J…

Charlie Watts, le gentleman

Et puis, il y a Charlie Watts, le batteur, discret, un véritable gentleman, batteur de jazz au début de sa carrière. Sans lui, la musique des Stones ne serait pas ce qu’elle est. Les riffs de guitare de Keith Richards, la voix de Mick (qu’il travaille tous les matins en faisant des vocalises qui rendent Keith complètement fou), tout le monde connait, mais la batterie de Charlie, on en parle moins, pourtant, c’est lui qui a droit aux plus fortes ovations du public à la fin des concerts !

Il est le plus discret de tous, marié depuis 1965, il déteste partir en tournée car il n’aime rien tant que rester chez lui en famille. Il collectionne les voitures alors qu’il n’a jamais passé son permis de conduire, juste pour la beauté des modèles qu’il affectionne, des anglaises bien sûr !

Bill Wyman, le bassiste

Et en dernier, selon mes critères personnels et je ne suis pas la seule à le mettre en fin d’article, Bill Wyman, le bassiste, qui a quitté le groupe en 1993, membre fondateur et personnage controversé, mais plein de talents dans de nombreux domaines, y compris celui de l’argent, comme quoi il n’y a pas que Mick ! Il y a quelques années, j’ai emmené mes fils dîner à Londres au Sticky Fingers, le restaurant qu’il a créé et dans lequel on pouvait voir des guitares et des affiches du groupe aux murs, ça nous avait bien amusés, mais depuis le restaurant a pris l’allure d’une énorme cafétéria sans grand intérêt, comme ses albums solos. C’est maintenant Darryl Jones qui est le bassiste du groupe, même s’il n’en fait pas partie officiellement, et perso, je le trouve topissime.

Il manque maintenant pour les accompagner la sublime Lisa Fischer (ah être Lisa Fischer et chanter avec les Stones, un rêve !) qui a cessé les tournées, et Bobby Keys, saxophoniste génial, mort en 2014, qui est l’interprète d’un des plus magnifiques morceaux de saxo de tous les temps – à mon avis bien sûr – sur le titre « Can’t you hear me knocking » ; et comment ne pas citer Bernard Fowler, choriste et percussionniste, Blondie Chaplin, guitariste et choriste…

Allez les Stones !!!

Ce n’est pas tout à fait ce qu’on a entendu dans le stade Orange Vélodrome, mais si les Stones avaient été l’équipe de foot marseillaise, la ferveur n’aurait pas été plus grande, et on aurait vu des olas dans les tribunes… Imaginer la musique de mes rockers préférés rendue inaudible par le son des trompes des supporters, j’avoue que ça m’amuse assez ! Mais sans incriminer les manifestations bruyantes de certains fans, les spectateurs qui étaient dans les tribunes ont eu, précisément, à se plaindre de la qualité sonore qui n’était pas au top en haut des gradins, dommage…

En tous les cas, 60 000 spectateurs électrisés par la musique portée par un Mick Jagger toujours plus bondissant, un Keith Richards parfois plus hésitant – surtout pour chanter le si émouvant « You got the silver » – mais toujours en phase avec son compère Ron Wood. Oui, le public a pu hurler sa joie depuis le début du concert avec « Street Fighting Man » en intro comme souvent, jusqu’au final avec « Satisfaction ».

Mick a comme toujours prononcé quelques phrases en français, en honneur à la France, à la Provence, au port de Marseille sur lequel ils ont pu boire un pastis et déguster des pieds paquets avant le concert, a t-il déclaré. Comme ils ont vécu quelques années en Provence, ce n’était sûrement pas leur premier pastis sur le Vieux Port 😉

La tournée n’est pas finie, Marseille qui s’en souviendra longtemps était la seule étape française, ce mercredi soir, et si quelqu’un doutait encore que le rock, ça conserve, les cinq septuagénaires ont montré que finalement, on vieillit mieux en musique qu’avec le ballon aux pieds, comme quoi le sport, finalement…

Oh yeahhhh… J’espère que vous aimez les Stones, et si vous aimez le foot et les Stones, j’espère que cet article vous aura plu, en tous les cas, moi, définitivement, je suis fan pour la vie… Et puis, pour le foot, on va voir samedi 😉 Allright !

A bientôt,
Corinne