Keith Richards, mixed emotions

Chicago, New Orleans, Philadelphia, Houston… été 2019, les Rolling Stones repartent en tournée ! Après l’opération de Mick Jagger en juin dernier, à peine un mois plus tard, les Stones sont donc de nouveau sur la route pour la tournée No filter US. Les glimmer twins sont en pleine forme, au grand soulagement de leurs fans, dont je suis, ça ne vous aura pas échappé !

Il y a quelques années, on n’aurait pas parié un penny sur les chances de Keith Richards d’être encore sur scène en cet été 2019, soit à près de 76 ans, après des années d’addiction à toutes les drogues, à l’alcool et la cigarette. L’addiction des stars du rock, c’est évidemment un sujet récurrent, que les médias traitent le plus souvent sous l’angle de la vie trépidante et de l’argent facile. Keith Richards, lui qui se vante d’avoir enterré tous les médecins qui lui avaient prédit une mort certaine dans les six mois, raconte une histoire un peu différente.

Keith Richards et les Stones, retour dans les 60s

Keith se confia un jour sur les premières années des Rolling Stones, lorsqu’ils se déplaçaient d’une ville à l’autre dans une fourgonnette absolument hors d’état, gagnant à chaque concert juste de quoi passer la soirée et remettre de l’essence le lendemain matin dans le van. Leur rythme de vie était impossible à soutenir : arriver l’après-midi dans une nouvelle ville, prendre possession de la salle de spectacle pour installer le matériel, faire les balances, jouer à fond de 21h à minuit ou plus, puis démonter et ranger dans le camion…

Keith Richards années 60
Photo Dina Regine

Ensuite, après le concert, manger enfin, à condition de trouver un endroit pour vous accueillir à cette heure tardive, mais en général, il ne reste que les pubs à cette heure de la nuit, donc, on ne mange pas, on boit des verres, parfois beaucoup, en compagnie de quelques groupies avec qui on passe la nuit, et quand on va dormir au petit jour, il est presque l’heure de reprendre la route pour faire les 300 miles qui te séparent de la ville suivante.  « Un jour, quelqu’un te propose de la cocaïne et tu ne ressens plus la fatigue, tu peux tenir plusieurs jours sans dormir, alors… »

C’est aussi simple que cela, et cela commence toujours ainsi, un bénéfice immédiat qui va se transformer en enfer, celui de l’addiction. Et comme les tournées s’enchaînent, qu’entre chacune, il faut enregistrer, mais aussi faire la fête, (il a 25 ans à l’époque), la suite, c’est la dépendance.

Keith Richards et la cocaïne

L’addiction aux drogues dures, même si elle n’est pas une nouveauté du 20ème siècle, a pris une ampleur évidente dans les années soixante, et a causé la mort de nombreux musiciens, entre autres le tristement célèbre « club des 27 » (voir mon article sur Janis Joplin).

Keith Richards n’a jamais caché le fait qu’il s’est adonné à l’héroïne et la cocaïne pendant toutes ces années, depuis celles où la police londonienne faisait régulièrement des descentes chez les Stones, depuis son arrestation en 1967, jusqu’au moment où, revenu en Angleterre après s’être réfugié sur la Côte d’Azur avec le reste du groupe, il a continué à consommer. Il dit « je n’ai jamais eu de problème avec la drogue, je n’ai eu de problème qu’avec la police ». Humour rock’n roll et néanmoins très british.

Keith Richards souriant sur scène
Photo Jerzy Bednarski

Ce qui peut paraître incroyable, c’est de le voir aujourd’hui, presqu’octogénaire, tirant sur sa cigarette (il les allume les unes sur les autres), et montant sur scène avec la même vitalité qu’à l’époque de Satisfaction.

Je ne vais pas vous conseiller de suivre son exemple, il dit lui-même qu’il doit avoir un organisme de compétition et plaisante volontiers sur le sujet. En revanche, il se livre moins souvent sur les périodes de sa vie où la drogue l’a emporté sur tout le reste, sa vie familiale en particulier, dont il n’aime pas parler. La perte de son fils Tara à l’âge de 2 mois d’une mort subite du nourrisson, l’a marqué à vie. J’ai vu les Stones sur scène le lendemain de sa mort, aux Halles de la Villette à Paris, le concert n’avait pas été annulé, personne n’en a rien su mais Rolling Stone ne signifie pas cœur de pierre et le contrecoup a été d’une violence rare.

Keith Richards : mythes et légendes

Alors bien sûr, on en a raconté des histoires sur les excès et les travers de celui que beaucoup considèrent comme le plus grand rocker de tous les temps. En Angleterre, une vieille plaisanterie dit qu’en cas de guerre nucléaire, seuls survivront les cafards (ça c’est connu !) et Keith Richards (ça c’est possible !).

Il dormirait avec un pistolet sous son oreiller, il voyagerait avec des conserves de sheperd’s pie (sorte de hachis parmentier) car il n’aime manger à peu près que ça, il aurait sniffé les cendres de son père, il se ferait régulièrement changer intégralement le sang dans une clinique suisse…

Sur ses relations avec les autres Stones, il aurait contribué à éjecter Brian Jones (qui n’était pas un personnage particulièrement sympathique, c’est le moins qu’on puisse dire) et aussi Mick Taylor qui avait pris le devant en tant que guitariste solo après la mort de Brian.

Mais aussi, il aurait aidé Charlie Watts, le batteur, à sortir de l’héroïne, Charlie ayant eu la mauvaise idée de s’y mettre tardivement, alors que les autres étaient enfin désintoxiqués. Heureusement pour Charlie, cela n’a pas duré longtemps. Grâce à Keith ?

Avec Ron Wood, c’est une amitié indéfectible. Ronnie (fucking Ronnie Wood !) et ses facéties, son humeur toujours au beau fixe, c’est l’alter ego idéal sur scène comme dans la vie, alors qu’avec Mick, les choses sont plus compliquées….

Mick Jagger et Keith Richards
Photo Andrea Sartorati

Il n’aurait jamais pardonné à Mick Jagger d’avoir eu une liaison avec Anita Pallenberg, la mère de ses 3 premiers enfants, morte en 2017, qui n’avait jamais vraiment décroché de l’héroïne alors que Keith a arrêté en 1980 (il y a près de 40 ans donc !).

Il dit aussi « toutes les petites amies de Mick venaient pleurer sur mon épaule et moi je leur répondais, mais qu’est-ce que je devrais dire, moi, je ne peux même pas divorcer, je suis scotché avec lui ! » Leur relation a toujours été quelque peu conflictuelle, l’un (Mick) jugeant l’autre pas fiable en raison de ses addictions et l’autre (Keith), trouvant Mick trop bourgeois, trop attiré par les hautes sphères de l’aristocratie.

Et puis d’autres anecdotes encore :  il est tombé du haut d’une échelle en cherchant un livre dans son immense bibliothèque, il a failli brûler vif deux fois à cause d’une cigarette fumée au lit, il est tombé à nouveau, cette fois d’un cocotier aux iles Fidji pendant des vacances avec Ron Wood, qui ne boit pas non plus que de l’eau minérale.

Ce qui nous amène directement à Pirate des Caraïbes, film dans lequel Johnny Depp raconte comment le personnage de Keith Richards l’a influencé, au point que la production du film l’intègrera au casting pour jouer le père du capitaine Jack Sparrow, rôle qui lui va comme un gant. Deux légendes, deux images de « mauvais garçons » se retrouvent dans une taverne mal famée sur une île des Caraïbes, la boucle est bouclée. On les a vus ensemble récemment dans un restaurant indien du côté d’Epsom, le tandem ne doit pas être toujours fréquentable !

Keith Richards, plus grand guitariste du monde

Pour moi, évidemment, ça ne fait pas l’ombre d’un doute, mais j’admets que la concurrence est rude. Comme je ne suis pas musicologue, je ne pourrais pas analyser dans les détails ce qui fait l’intensité du jeu de Keith Richards, tout ce que je sais, c’est qu’il y a dans ses célèbres riffs le battement même du cœur du rock’nroll, cette musique qui a maintenant bien plus d’un demi-siècle alors qu’on lui prédisait une mort rapide (ça a bien failli arriver avec la bouillie musicale disco des années 80).

Keith Richards sur scène en 2006
Photo Patrick Baumbach

Pour les Stones, on a eu un peu peur quand même, quand, après Exile on Main Street, le double album composé à la villa Nellcôte en France, le tournant musical pris à l’initiative de Mick Jagger a fait un peu frémir d’horreur les fans. Mais c’était sans compter avec la force des racines musicales dans lequel le groupe puise son énergie, le blues, le country, le ryhtm and blues, et surtout le plus authentique du rock’n roll de Chuck Berry notamment.

Chuck Berry, qui était l’idole du tout jeune Keith Richards, et dont il portait religieusement un disque sous le bras le jour de la première rencontre avec Mick Jagger sur un quai de gare, les fans des Stones connaissent l’histoire. Et bien avec Chuck Berry, le courant n’est jamais passé sur le plan humain, alors que bien sûr, sur le plan musical, la filiation est évidente et revendiquée par les Stones. Curieux, non ?

Keith Richards, mixed emotions ?

Pourquoi Keith Richards m’émeut tant, j’ai un peu de mal à l’expliquer, car il a parfois des « sorties » plutôt brutales et volontairement choquantes. Peut-être pour la seule addiction qui lui restera jusqu’au bout, celle qui l’enchaîne à la musique. Peut-être pour sa capacité à pratiquer l’auto-dérision, pour sa fragilité réelle, que l’on ressent tellement lorsqu’il chante.

Car il chante aussi, avec une voix aux inflexions rauques, un fond permanent de tristesse qui perce derrière le sourire qu’il arbore de plus en plus sur scène, tellement heureux d’être là. « It’s good to be there, it’s good to be anywhere », « Je suis heureux d’être ici, je suis heureux d’être n’importe où. », (c’est bon d’exister tout simplement ?).

Keith Richards chante, et on finira avec ce très beau morceau si ça vous dit « This place is empty without you » de l’album A Bigger Band à écouter ici

A très bientôt à tou.te.s, soyez rock’n roll si cela vous dit, car de toute évidence, ça conserve ! 😉

Passez un bel été en musique oh yeah !
Corinne

Photo couverture : Concert Turin 2013 Creative Commons Wikimedia by Gorupdebesanez

All photos Creative Commons Wikimedia

 

Janis Joplin

Janis Joplin, les légendes du rock et le club des 27, mais surtout l’histoire d’une immense chanteuse…

Bonjour,

Un petit moment de nostalgie et l’envie de vous parler d’une de mes « héroïnes » – sans mauvais jeu de mots – parce que c’est la musique que j’écoute le plus souvent avec les Stones et les Doors, alors, voici un article un peu triste peut-être mais j’espère que vous apprendrez beaucoup, si vous le voulez, sur cette grande chanteuse !

Les légendes du rock

Les grands disparus de nos années rock, Janis Joplin, Jim Morrison, Brian Jones, Jimi Hendrix, font partie d’une célèbre liste, le club des 27, liste tristement inaugurée avec la mort à 27 ans de Robert Johnson, bluesman américain que vous connaissez certainement si vous aimez le blues. Tous morts au même âge, 27 ans, avec un nom qui commence par un J… Quelle était cette menace effroyable qui semblait peser sur les musiciens de l’époque comme une fatalité, un sombre signe du destin qui frapperait des victimes tout juste coupables d’un délit de fureur de vivre ? Ou bien s’agissait-il d’un châtiment divin pour tant de liberté, de dédain pour les conventions, de mépris pour le qu’en dira-t-on, encore si nocif dans les Etats-Unis des années soixante ? C’est ce que proclamaient les esprits « bien-pensants » de l’époque, et cinquante ans plus tard encore, il restera toujours des relents de cette incompréhension profondément implantée dans le cerveau de la « bonne société », qui veut que tout ce qui ne lui ressemble pas soit au mieux ignoré, au pire éliminé…

Le club des 27

Patti Smith raconte dans son livre « Just Kids » que le grand bluesman Johnny Winter est resté volontairement confiné dans sa chambre d’hôtel à New York presque toute l’année de ses 27 ans, persuadé qu’il serait le prochain sur la liste et ne tarderait pas à rejoindre Janis Joplin avec qui il avait joué sur scène l’année de la mort de celle-ci. Il est mort en 2014, ayant largement dépassé l’âge de 27 ans, puisqu’il en avait 70. Avoir 27 ans n’était sans doute pas une malédiction en soi…

Et ce n’est pas non plus la lettre J qui porte malheur, car on trouve sur cette triste liste des légendes du rock le musicien Alan Wilson, fondateur du groupe Canned Heat, mort lui aussi à 27 ans, et aussi plus récemment Kurt Cobain et Amy Winehouse. Ce ne sont en effet ni le chiffre 27, ni la lettre J qui portent malheur, mais bien les cocktails dangereux, la fête permanente et sans limites, la violence extrême d’une enfance dévastée pour Kurt Cobain que rien n’aurait pu sauver, les néons trop vite allumés sur des personnalités trop fragiles comme Amy Winehouse

Elles sont deux, deux chanteuses au milieu de cette liste funèbre où s’inscrivent pour l’éternité les légendes du rock, deux femmes immensément talentueuses et qui n’ont pas surmonté les chocs de la vie, les écueils de la célébrité ou les soubresauts de l’amour. Elles me touchent particulièrement, par leur musique teintée de blues et authentiquement rock, par leurs voix chargées des tressaillements douloureux de leur existence, ce sont Janis Joplin et Amy Winehouse.

Mortes, l’une en 1970, l’autre en 2011, les deux à 27 ans, chacune laissant un vide sidéral dans la musique de notre époque, chacune nous racontant les épisodes interminables de vies égarées dans l’angoisse de lendemains qui cessaient de chanter quand la fièvre de la musique était retombée.

Les deux sont arrivées un jour sur scène en titubant, l’une à Woodstock, en 1969, au point qu’elle refusa de voir gravée sa prestation dans le film officiel du festival. Et pourtant, malgré son ébriété, sa nervosité et le stress que lui provoqua cette foule de fans à laquelle elle ne s’attendait pas, elle réussit à soulever le public dans un show inoubliable.

Aujourd’hui, j’avais envie de vous parler de Janis… et d’Amy je vous parlerai un autre jour, et croyez-moi, je n’oublierai pas.

Piece of my heart

Cette immense chanteuse à la voix absolument inimitable est une sorte de fleur poussée sur le terreau méprisable et ô combien mortifère de ce que l’on n’appelait pas encore le harcèlement scolaire. Persécutée pour ses opinions en faveur de la communauté noire et son anticonformisme déjà prononcé dès les bancs de l’école du Texas qu’elle fréquenta, elle fut désignée par ses condisciples de l’université comme « le garçon le plus laid du campus », en raison de ses kilos en trop et d’une acné qu’elle tentera de soigner avec un traitement qui lui laissera de vilaines cicatrices.

S’ensuivirent d’autres surnoms comme pig (cochon), creep (monstre) nigger lover (fille à nègres) et toutes les persécutions que lui valut sa bisexualité revendiquée, son engagement politique et sa liberté affichée. Quant à son style vestimentaire volontairement outrancier, il fit à l’époque couler beaucoup d’encre : boas en plume, chapeaux de toutes formes, lunettes aux verres roses ou jaunes, chaussures dorées et vêtements bariolés ou pailletés, rien de tout cela ne pouvait plaire à la bonne société. Chacune de ses tenues exprimait haut et fort un besoin de s’affirmer envers et contre tout, contre la société américaine bien-pensante, contre les institutions coupables d’enfermer la femme dans une image conformiste qu’elle rejetait de toutes ses forces.

Janis Joplin en concert
Janis Joplin en concert

Des forces, au départ, elle n’en manqua pas, Janis, pour crier et chanter sa révolte, mais à vouloir cacher ses blessures, elle y laissa un morceau de son cœur brisé « A piece of my heart »

Cette chanson, Piece of my Heart, extraite de l’album Cheap Thrills sorti en 1968, vous pouvez l’entendre ici et même si la vidéo n’est pas de très bonne qualité, c’est un magnifique document, elle y crie « ne t’ai-je pas donné presque tout ce qu’une femme peut donner » et l’on y voit un public extasié l’entourant sur scène et dansant avec elle, dans une grande complicité… Quand on pense à ce que sont les concerts actuels dans des stades, on voudrait revivre ces moments d’une rare intensité !

Try (just a little bit harder)

Sa force intérieure vient avant tout de son désir de chanter le blues, depuis l’enfance où elle écoutait en boucle les disques de chanteuses comme Bessie Smith, son idole. C’est cette passion qui lui donnera l’énergie de quitter le Texas pour rejoindre la Californie, où elle se posera à San Francisco, en pleine époque de la beat generation, époque où l’on pouvait pousser la porte de tous ces artistes pour simplement partager un joint ou faire un « bœuf ». Désormais, dans cette atmosphère de contestation permanente, elle choisira de s’affirmer en revendiquant sa liberté sexuelle, jouera de son excentricité vestimentaire, et appellera à chacune de ses apparitions à la révolte contre « l’establishment ».

Mais en réalité hyper-sensible et timide, elle tombe très tôt dans l’addiction aux amphétamines, puis à l’alcool mêlé à l’héroïne, tentant quelques pauses mais retombant au rythme de ses aventures amoureuses et de ses rencontres. Car chacune de ses amours manquées brisera en elle quelque chose, et elle qui n’avait pas la résistance qu’elle prétendait montrer envers et contre tout, sombrera dans les faux paradis de l’alcool et de la drogue. Malmenée par les chocs de la vie, trompée, rattrapée par les passions et les chagrins de ses amours tumultueuses, elle ne survivra pas à l’abus de ces substances qui mineront son organisme jour après jour.

On lui prête des amours avec la moitié des musiciens de l’époque et pas des moindres, Jimi Hendrix, Leonard Cohen, Country Joe Mc Donald, Jim Morrison, Eric Clapton… On ne prête qu’aux riches, c’est bien connu, mais ce seront le plus souvent des amours d’un soir. Ses amours, impossible donc de les raconter tous, mais quelques-uns compteront plus que d’autres, comme Ron McKernan, musicien du groupe Grateful Dead. Rob surnommé « Pigpen » (un personnage des Peanuts), qui mourra 2 ans après elle, à 27 ans aussi.

Ce sont les drogues dangereuses, absorbées par doses de plus en plus conséquentes et accompagnées d’alcool, qui causèrent sa séparation avec son premier grand amour Jae Whittaker, qui la quitta lorsqu’elle commença à fréquenter Linda Gottfried, avec qui sa consommation prit un tournant irréversible. Elle tentera d’en finir avec la drogue, avec l’aide d’un de ses derniers amours, un jeune américain qui voulait l’emmener voyager à travers le monde, mais elle retombera dans l’héroïne et celui-ci finira par repartir sans elle.

Pearl

Portrait de Janis Jopli
Portrait de Janis Joplin en 1970

Deux albums resteront dans l’histoire de la musique rock comme deux chefs d’œuvres incontestés.

Tout d’abord, Cheap Thrills avec le groupe Big Brother and the Holding Company, incluant son extraordinaire reprise de Summertime, dans lequel sa voix fêlée et vibrante se hisse à des hauteurs inimaginables. L’album est célèbre aussi pour sa pochette dessinée par Robert Crumb, gloire de l’underground et symbole de la contre-culture pour ses dessins mettant en scènes des personnages et des situations généralement très crues. Ce qui est drôle, c’est que Robert Crumb, fan de blues, n’écoutait pas cette musique dite « psychédélique » mais qu’il sut pourtant mettre son talent au service de la musique de Janis dont il illustra chaque chanson avec un humour évident.

Lorsqu’elle quitte le groupe, en 1968, sa carrière est déjà lancée, elle a participé au festival de Monterey où elle souleva un public en transe devant sa prestation, de même qu’un an plus tard à Woodstock où pourtant, elle apparut en proie à une immense nervosité. Elle demanda même à ne pas figurer dans le film Woodstock, désir qui fut respecté jusqu’aux récentes rééditions, et c’est vrai que Woodstock sans l’émotion de voir Janis sur scène, quel vide…

L’album Pearl, enregistré avec le groupe qu’elle était si heureuse d’avoir formé, le Full Tilt Boogie Band en 1970 sera son dernier.  Classé parmi les 50 meilleurs albums de tous les temps par le magazine Rolling Stone, il lui vaudra – enfin – son plus joli surnom (avec The Rose), mais elle ne verra pas la sortie du disque, car elle mourra avant d’avoir enregistré tous les titres, d’où la présence d’un instrumental parmi les chansons gravées sur ce 33 Tours. Le morceau le plus connu est Me and Bobby Mac Gee, une chanson écrite par Kris Kristofferson (encore un de ses amours éphémères) et Fred Foster, qui fut d’abord interprétée par Roger Miller, mais elle reste associée pour toujours à l’interprétation de Janis Joplin, et les paroles auraient tellement pu être les siennes :

« Freedom’s just another word for nothing else to loose »
« La liberté, c’est juste un autre nom pour dire qu’on n’a rien à perdre… »

Si vous voulez entendre un de mes morceaux préférés, je vous donne le lien vers un enregistrement de la chanson Move over extraite de ce sublime album, ici

Janis, une perle, une rose dont les épines étaient tournées vers l’intérieur… Rest In Peace, Janis.

 

A bientôt, passez de bonnes fêtes, en musique surtout !
Corinne

Photos sous licence Creative Commons

Les Rolling Stones

50 ans avec Brian, Mick, Keith, Charlie, Ronnie… De 1968 à 2018, petite histoire de ma vie de fan des Rolling Stones.

Bonjour, bonjour

1968, Paris est en feu et Jean-Luc Godard tourne « Sympathy for the devil – One plus One », un film où alternent les scènes d’enregistrement en studio de la chanson des Stones, et des séquences de combats de rue, des discours politiques. Si 1968 est l’année où la musique des Stones marque un véritable tournant avec la sortie de Jumpin’Jack Flash en 45 tours, puis de l’album Beggars Banquet, (mon Dieu l’attente insupportable entre la sortie du 45 Tours et celle du 33 Tours …), il marque aussi pour moi le début de la vraie vie, et je n’exagère pas 😉

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En 68, je n’ai pas l’âge de me trouver sur les barricades, mais je viens de décrocher le droit de vivre une grande aventure, un séjour linguistique en Angleterre,  supposé parfaire ma maîtrise de la langue. En réalité, mon anglais n’est pas si mauvais que cela si l’on considère que je connais par cœur les paroles de toutes les chansons des Stones, mais ce n’est pas le moment de s’en vanter, et je traverse le Channel avec une excitation facile à imaginer !

Les Rolling Stones et moi

Let me please introduce myself…

Ma découverte des Rolling Stones date de l’année où mes parents ont acheté leur premier poste de télévision, un modèle si vintage qu’il s’arracherait sans doute à prix d’or à la salle Drouot ! Je ne sais par quel miracle je me trouvais devant ce poste en noir et blanc à l’image tremblotante, quand une apparition à la limite du divin emplit la totalité de l’écran, une sorte d’ange blond à la frange lisse et au regard souriant.

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Brian Jones en 1965

Brian Jones avait en effet un visage d’ange, mais avec la sortie du film de Jean-Luc Godard, je m’aperçus vite que mon idole était un ange déchu. La drogue faisait de toute évidence des ravages d’une extrême et inquiétante rapidité sur son organisme fragilisé par l’asthme. Et  bien sûr, cela avait des conséquences sur sa musique…

Or, dans le film de Godard, c’est Mick Jagger qui « crève l’écran ». J’oubliai l’ange pour vouer un culte désormais exclusif à celui qui mena les Stones au firmament de la musique rock, et fait hurler les foules de bonheur depuis cinquante ans, chanteur et danseur sans pareil.

Une fidélité toutefois légèrement entachée car les années passant, le côté Sir Michael Jagger dont Keith Richards s’est tant moqué se mit à m’agacer prodigieusement, sans compter que côté fidélité, évidemment, Mick Jagger n’a jamais donné l’exemple.

Keith Richards 1972
Keith Richards sur scène en 1972  ©CC BY-SA 2.0

J’ai éprouvé de plus en plus de tendresse pour Keith, sorte de phénix renaissant chaque fois de ses cendres, dévoré par l’alcool et la drogue mais se relevant toujours, passant un mois en cure avant de repartir en tournée. Il est pour moi, LE guitariste, celui qu’on ne pourra jamais remplacer, alors que les Stones ont remplacé successivement Brian Jones, Mick Taylor et même Bill Wyman, bassiste historique du groupe.

L’autre Stones irremplaçable, c’est Charlie Watts, le meilleur batteur du monde, une légende à lui tout seul, bien que le star system ne soit vraiment pas sa « cup of tea ». Si j’aime tellement Charlie Watts, c’est pour sa personnalité si peu conforme à l’image qu’on se fait d’une rock star, il est en effet l’homme le plus fidèle qui soit, marié depuis plus de 50 ans, appréciant plus que tout la vie en famille. S’il se fait un peu violence quand il s’agit de reprendre la route pour une nouvelle tournée, ne croyez pas que cela se ressente le moins du monde quand il est sur scène, et d’ailleurs, à l’applaudimètre, c’est lui qui détient tous les records !

Ma vraie fidélité, c’est donc au groupe entier que je la voue, à Mick Jagger, Keith Richards et Charlie Watts, sans oublier Ron Wood, toujours qualifié de « petit dernier », ce qui l’amuse beaucoup, lui qui a remplacé Mick Taylor, lui-même appelé après la mort de Brian, en 1974. Ron Wood est absolument fusionnel avec Keith, sur scène, on ressent une véritable osmose entre les deux, mais le fantôme de Brian Jones est encore parfois présent derrière le rideau…

Ladies and gentlemen, the Rolling Stones !

La première fois que j’ai vu les Stones sur scène, vous imaginez bien quel était mon état de fébrilité, c’était en 1970, au Palais des Sports. Paris toujours agité attendait le concert avec un frisson révolutionnaire, entretenu par les prises de position provocatrices des Stones, qui s’opposaient à l’image de « gentillesse » des Beatles.

Marketing intelligent de leur producteur Jimmy Miller, qui les a aidés à sortir de l’impasse musicale dans laquelle risquait de les entraîner l’album « Their Satanic Majesty Request », ou réelle adhésion aux idées de mai 68 ? La bonne réponse se situe probablement entre les deux hypothèses.

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Affiche du film Sympathy for the devil

En tous les cas, la présence de gauchistes dans la salle du Palais des Sports donna vite le ton, de même que celle des cars de CRS encadrant le quartier. On entendit des harangues de membres de la Gauche prolétarienne qui réclamaient la libération de militants, une intervention de Serge July, futur directeur du quotidien Libération, qui finit par « On a raison de se révolter », très en phase avec le thème révolutionnaire de « Street Fighting Man » qui clôtura le concert, que je passai accrochée au bord de la scène comme tant d’autres fans…

C’était pourtant après le terrible concert d’Altamont, mais le service de sécurité était assez peu présent, la jeunesse française ayant la réputation de lancer volontiers des pavés mais pas de transformer les salles de concert en territoires de guérilla urbaine, quoique… À Marseille, en 66, Mick Jagger avait reçu un projectile vraisemblablement lancé en direction d’un « représentant de l’ordre », mais en cet automne 1970, il ne semblait nullement inquiet devant le public parisien en délire.

J’ai revu les Stones plusieurs fois, mais j’ai cessé d’aller au concert quand le groupe a commencé à se produire dans des stades, quand le show à l’américaine est venu gâcher le plaisir de la musique… J’en parle dans cet article Les Stones et le foot 

Les femmes des Stones et moi

Some girls

Impossible de lire un article sur Mick Jagger sans y voir abordé le sujet de ses conquêtes féminines mais j’avoue que le sujet m’a toujours laissé assez indifférente, n’ayant aucun goût pour la presse people ni pour les potins.

C’est Keith Richards qui en parle le mieux, avec beaucoup d’humour : « toutes ses petites amies venaient pleurer sur mon épaule, et je leur disais, qu’est-ce que tu dirais à ma place, je suis collé à vie avec lui… »

Il raconte volontiers leurs premières années dans l’appartement de Chelsea, au 102 Edith Grove, où sans l’aide de quelques admiratrices pour payer le chauffage ou remplir le frigo, ils auraient connu de longues périodes de froid et de jeûne. Les premières groupies ignoraient qu’elles partageaient leur dîner et un peu plus avec les musiciens de ce qui serait un jour le plus grand groupe de rock du monde. Depuis, les groupies se sont succédées dans les hôtels de toutes les villes du monde, certaines épouses se sont lassées des infidélités de leur célèbre mari, mais cela ne change rien à l’histoire de la musique.

Pourtant, comment ne pas parler de Marianne Faithfull, la première, elle-même musicienne et chanteuse, actrice remarquable. Elle rencontra les Stones grâce à Andrew Loog Oldham, alors manager des Stones, qui lui confia la chanson « As tears go by » jugée trop sentimentale pour le public des Stones. Marianne est aussi l’auteur, et cela on le sait moins, de la chanson « Sister Morphine ». Marianne fut la compagne de Mick pendant plusieurs années, elle lui apporta sa culture littéraire et artistique et l’introduisit dans le milieu aristocratique dont elle était issue, comme avant elle une certaine Jane, fille de baron, qui inspira la chanson « Lady Jane ». Mick aimait les aristocrates, déjà…

Marianne Faithfull avait conquis le public des Stones et reste une chanteuse mythique. Elle sortira en novembre prochain un nouvel album, Negative Capability, enregistré avec Nick Cave. Après elle, l’arrivée de la belle Bianca Perez Morena de Macias, qui deviendra Bianca Jagger, ne séduisit pas les fans qui virent en elle une personnalité trop superficielle. C’est en partie vrai, tant elle fut de toutes les fêtes mondaines qui firent parler à l’époque, mais elle devint plus tard une militante politique dans son pays d’origine, le Nicaragua, où elle s’engagea notamment pour le droit des femmes. Puis vint Jerry Hall, compagne puis épouse en titre pendant près de 20 ans, mère de 4 enfants de Mick.

Brown sugar

Assez donc avec les petites amies d’un soir ou plus et les femmes de Mick Jagger. Toutefois il faut mentionner le rôle important que joua Anita Pallenberg dans la vie des Stones. Mannequin, actrice, elle fut d’abord la petite amie de Brian Jones qu’elle quitta pour Keith Richards, avec qui elle vécut près de 10 ans. Très liée aux artistes de l’underground new-yorkais, accompagnant le groupe dans toutes les tournées, elle fut une des égéries du rock des années soixante-dix, au point qu’on la nomma souvent le sixième Stones. Comme Marianne et Keith, elle n’échappa pas à la dépendance à l’héroïne et reste un symbole des années « sex, drug and rock and roll », si bien décrites dans le film « Performance » où on la vit dans les bras de Mick Jagger, et pas seulement pendant le tournage. Elle est morte il y a un peu plus d’un an, à soixante-quinze ans.

Je finirai juste ce paragraphe en évoquant celle pour laquelle ils eurent tous une passion, Tina Turner, l’explosive et fantastique chanteuse que les Stones ont contribué à faire découvrir au public lorsqu’elle était encore en couple, sur scène comme à la ville, avec Ike Turner, mais ceci est une autre histoire…

Les fans des Stones et moi

Gimme Shelter

« J’ai souvent pensé à me suicider, mais ça voulait dire rater le prochain Stones. »

Cette phrase révèle non seulement un goût musical très sûr 😉 mais aussi un humour qui me va droit au cœur, celui de Patti Smith, poétesse, peintre, musicienne, une sorte d’être idéal selon Cioran, « un ange dévasté par l’humour ».

Patti Smith, dont la vie mérite non pas un mais dix romans, tant elle a croisé tout ce que le monde du rock et de la contre-culture compte d’immenses artistes, est entrée en 2007 au Rock and Roll Hall of Fame. Pour cette occasion elle choisit de chanter « Gimme Shelter », une version qu’elle réussit à s’approprier superbement.

Dans mes rêves les plus fous, j’aurais voulu être Patti Smith, pour laquelle j’ai une immense admiration, et vivre avec Mick Jagger, enfin quelque temps seulement, parce que toute une vie, quand même, n’exagérons rien, on ne peut pas être fidèle longtemps à un infidèle, non ?!

J’envie beaucoup la magnifique Lisa Fischer, choriste en titre, compagne de toutes les tournées et diva de la scène au côté de Mick avec lequel elle donna parfois un spectacle très très chaud, notamment ce « Gimme Shelter » que je vous conseille …

Shine a light

Autre célèbre fan des Stones, Martin Scorcese, qui réalisa en 2006 le génial « Shine a light », avec, en présentateur aussi ému qu’on peut l’être, le président Bill Clinton himself, grand fan des Stones. En ouverture de la soirée, l’ex-président des Etats-Unis ne cache pas sa joie d’annoncer le concert filmé au Beacon Theatre de New York, concert dans lequel on voit en guest star une idole des Stones, Buddy Guy, ainsi que Jack Bruce des White Stripes et Christina Aguilera, pour un fantastique duo sur « Live with me ».

En France, au château de Fourchette…

Beaucoup, mais alors beaucoup moins connu, est un fan dont je suis obligée de taire le nom car il souhaite conserver l’anonymat, c’est le jardinier d’une résidence où je vécus quelque temps sur la côte atlantique. Originaire du petit village de TouraineMick Jagger possède un château, il m’a raconté plein d’anecdotes du temps où il secondait son oncle, jardinier en titre du domaine dans les années 80. Et toutes ces histoires montrent un homme charmant, respectueux du personnel à qui il offrait volontiers un verre de bon whisky, participant à la vie du village, fête du 14 juillet et mariages inclus. Ce qui me permet de raconter de temps en temps, « j’ai eu le même jardinier que Mick Jagger », avouez que ça fait classe 🤣

It’s only rock and roll…

Les années passent, ils sont tous septuagénaires, et malgré tout, ils sont encore capables de remuer des foules entières dans des tournées qui les amènent à traverser les pays et les continents. Ils vieillissent bien, comme le bon vin, ou plutôt le bon whisky, si l’on se réfère à la boisson préférée de Keith Richards, qui a abandonné les drogues dures, mais ne s’est pas mis à la verveine menthe pour autant.

Voilà, ce n’est que du rock and roll, mais j’aime tellement… Et ce n’est que mon deuxième article sur les Stones, j’avais promis de ne pas exagérer, mais le prochain est déjà dans ma tête 😉

A bientôt,
Corinne

 

 

Le retour du vinyle

Le grand retour du disque vinyle, le bonheur de revoir des disquaires dans nos rues, c’est la musique en mode vintage pour le meilleur des sons dans nos amplis.

Bonjour, bonjour,

Aujourd’hui, c’est back to the seventies, (again !), mais comme d’habitude, pour mieux parler du présent ! Célébrons avec bonheur le grand retour du vinyle et des disquaires.

Imaginez des boutiques ressemblant à un vieux garage aménagé par des ados pour leur première « boum », et vous aurez une idée de la déco d’un magasin de disques rock des années 70 : posters, affiches de concert, pochettes de vieux disques au mur et enceintes hifi géantes, un bonheur.

Et bien regardez ce qui se passe en ce moment : les boutiques de vinyles ont refait leur apparition dans les rues de nos villes, et c’est comme si les années 70 prenaient leur revanche sur 50 ans de course à la médiocrité acoustique. Depuis les premiers CD jusqu’aux horribles fichiers MP3, que de décibels gâchés sortent d’appareils au design aussi sophistiqué que leur restitution du son est parfois insoutenable !

Le vinyle apporte à la musique une qualité de son incomparable, et avec le retour des disquaires, c’est pour les passionnés un immense plaisir, celui de fouiller dans les bacs, d’y découvrir des trésors de musique, des pochettes illustrées par des artistes incroyables, et surtout le bonheur de pouvoir parler avec un.e disquaire, métier qu’on avait cru menacé d’extinction…

Mes premiers vinyles

Au temps du 45 ou du 33 tours, les disquaires branchés rock n’étaient pas si nombreux que cela, et à Paris où j’habitais alors, le Discobole de la gare Saint Lazare était la référence. Avec pas moins de 4 lycées et autant de collèges aux alentours, dans ce lieu de passage permanent, le Discobole était le rendez-vous incontournable de l’époque. On y trouvait depuis toujours de la musique classique et du jazz, et enfin un énorme rayon pop-rock , où l’on avait un choix incroyable et les conseils de vendeurs fous de musique, comme leurs clients.

J’allais y chercher tous les albums des Stones le jour de leur sortie en France, et ceux d’autres groupes que vous ne trouviez que là : Doors, Jefferson Airplane, Grateful Dead, Janis Joplin, Frank Zappa, Cream, les Who, Rory Gallagher… Je m’arrête avant que vous ne lâchiez la lecture ! C’était le règne de l’import, le must de toute collection de disques.

Mon premier vinyle fut un 45 tours, acheté en Angleterre où mes parents avaient eu la bonne idée de m’envoyer en séjour linguistique, je ne les en remercierai jamais assez, quel été … C’était « Hello, I love you, won’t you tell me your name » des Doors. Pas de dessin sur le papier à l’époque, une simple pochette blanche que je rapportais comme un trésor, et c’en était un.

Pochettes de disques vinyle
Quelques pochettes historiques !

Les pochettes des vinyles

Blanches, bleues, beiges, telles étaient les pochettes de papier des 78 tours, puis des 45 tours sortis par des petites maisons de disques qui prirent le risque – ô combien rentable à terme pour certaines – de financer de parfaits inconnus qui débarquaient un jour dans les studios avec juste leurs instruments et trois dollars (livres, francs..) pour finir le mois.

Mon premier 45 tours des Doors était gravé chez Elektra, maison fondée par un étudiant passionné, qui vendra ensuite le label à la Warner. No comment. Entretemps, en deux ans, ce fut une explosion de titres, d’enregistrements, de concerts live de tous les groupes, et l’industrie du disque comprit très vite l’intérêt de produire des pochettes originales, créations de photographes, dessinateurs et d’artistes renommés, on pense à Andy Warhol bien sûr, mais aussi Keith Haring, Robert Rauschenberg, Dali, Vasarely, et plus récemment Basquiat, Bansky, Jeff Koons…

Parmi ces pochettes collectors, on peut citer de nombreux albums des Stones, « Sticky Fingers » par Andy Warhol, avec sa fermeture à glissière de jeans en gros plan qui fut censurée dans de nombreux pays, « Exile on main street » par le photographe Robert Franck, « Goat Head Soup » par David Bailey…

Celles dessinées par Roger Dean pour le groupe Yes furent de pures merveilles d’art psychédélique, notamment la magnifique couverture de l’album « Tales from topographic ocean ». D’autres, plus intimes comme le merveilleux portrait N et B de Patti Smith sur l’album « Horses » par son compagnon Robert Mapplethorpe, portent une histoire qui mérite un article, mais ne cherchez pas, lisez « Just Kids » de Patti Smith, et vous saurez pourquoi cette photo porte tant d’émotion…

C’est dire si le retour du vinyle permet aussi de retrouver tout ce qui fit de l’élan extraordinaire de la contre-culture des seventies un mouvement si riche et foisonnant que nous sommes encore dans cette exploration sans fin des liens entre musique et écriture, dessin et composition, danse et photographie, ad libitum…

La qualité de son du vinyle

Outre le fait que sortir un album vinyle de sa pochette a quelque chose d’un rituel qui vous place tout de suite dans un autre état d’esprit que de cliquer sur une touche d’Ipod ou de téléphone, le vinyle restitue un son analogique et non numérique. La technique de compression des sons au format numérique a pour principal désavantage d’écraser les données audio, et donc de provoquer des pertes qui évidemment se retrouveront décuplées à l’écoute selon la qualité du baladeur que vous utiliserez, et on ne parle pas du smartphone…

Les spécialistes peuvent vous parler d’un album en comparant les diverses qualités des vinyles « pressés » dans différents pays, sachant que tel ou tel sera meilleur si vous achetez la version gravée au Japon ou en Allemagne, en France ou au Canada.

Bien sûr, le vinyle est fragile, il faut le manipuler avec précaution, il faut savoir régler la platine, d’autant que les manuelles sont en principe les plus performantes, et changer régulièrement le diamant de lecture. Bien sûr, il faut investir un peu dans du bon matériel, ampli et enceintes de qualité, mais rien ne remplace l’ambiance sonore d’un vinyle, en fermant les yeux, vous serez sur scène avec les Stones, en studio avec Pink Floyd, à Woodstock avec Santana…

Le roman du vinyle

Avez-vous lu le désopilant livre « High Fidelity » de Nick Hornby ? L’histoire se passe en partie dans un magasin de disques au bord de la faillite parce que le caractériel associé et néanmoins meilleur ami du héros met à la porte le premier client qui ose demander un exemplaire de U2 ou Simple Minds, groupes qui ne méritent – selon lui – que d’être dissous par décret le jour où la révolution rock aura enfin eu lieu. Et le pauvre client de sortir apeuré en s’entendant interdire ne serait-ce que de repasser sur le trottoir du magasin. Scène d’une rare cocasserie…

Les personnages sont obsédés par le top 10 : les 10 meilleurs albums rock de tous les temps, bien sûr, mais aussi les 10 meilleurs solos de guitare, les 10 meilleurs batteurs du monde etc… de quoi réviser ses connaissances sur Led Zeppelin, Eric Clapton et les Stones !

Dans le roman, le plus beau cadeau qu’un garçon puisse offrir à sa petite amie, c’est une compil de ses morceaux de musique préférés, un hommage musical sur K7, qui aura pris des heures à son auteur pour choisir les morceaux, leur ordre d’apparition, bref, la playlist d’un amoureux au temps du vinyle et qui vient de découvrir la K7 audio…

Vraiment, si vous n’avez pas lu ce roman et que vous aimez le rock et l’ambiance des années 70, je vous le conseille, c’est un chef d’œuvre d’humour british ! J’avoue que je n’ai pas vu le film, comme souvent, j’ai eu peur d’être déçue, mais réalisé par Stephen Frears avec John Cusack, ça doit être quand même pas trop mal.

Boutique de disques vinyles
La boutique de disques vinyle ou la caverne aux trésors

Hommage aux disquaires

Heureusement, tous les disquaires n’étaient pas aussi extrémistes, mais chacun avait une idée très précise de la musique qu’il souhaitait faire écouter à ses clients. A une époque où on ne s’informait pas par le net, vous trouviez auprès d’eux des informations précieuses comme la date de sortie en France du prochain album des Stones, le nom du nouveau groupe allemand qui venait de sortir un album psychédélique qui arriverait prochainement « dans les bacs », les concerts à venir, la qualité de tel ou tel ampli, bref, on pouvait passer des heures à parler dans la boutique

Savez-vous ce qui a tué les disquaires ? Le rachat des petites maisons par les « majors », qui obligèrent un jour les magasins de disques à prendre tout leur catalogue et non à choisir en fonction de leur clientèle. Imaginez un spécialiste du blues obligé de vendre du Patrick Juvet et vous aurez une idée de l’état de dépression avancé de certains qui fermèrent boutique plutôt que de se transformer en vulgaires points de vente…

Mais ce qui les fait revivre, ce sont les labels indépendants qui enregistrent des groupes dont vous n’entendrez jamais parler si vous ne passez pas chez votre disquaire, et là, il ne s’agit pas de vouer un culte à l’objet vinyle, mais de permettre à des artistes d’enregistrer leur musique et de se faire connaître. Vous aurez peut-être envie de dire, quel choix curieux, il est tellement facile de diffuser ses œuvres sur le net, mais pensez-vous réellement qu’un artiste inconnu ait ses chances lorsque les GAFA (Google, Apple, Facebook et Amazon) ont la main sur le web et les réseaux sociaux ?

Et puis de nombreux groupes connus sortent des albums vinyle, il y a de nombreuses rééditions, de quoi trouver son bonheur et rentrer chez soi avec des trésors…

Alor, si on revoit aujourd’hui des disquaires dans nos rues, aux côtés de librairies indépendantes et de boutiques vintage, ce n’est pas qu’une mode passagère, ni même une ode au passé, c’est un élan qui nous pousse à partager des passions, consommer autrement et prendre de chaque époque ce qu’elle a de meilleur, une qualité de vie.

Toujours une petite info pour ceux qui habitent dans l’Ouest, à Angers ne ratez pas Exit Music for a drink, et à Nantes Comme à la radio, qui vend aussi du matériel hifi vintage 😊

A bientôt,
Corinne

Fête de la musique

C’est l’été et le 21 juin, la fête de la musique, un rendez-vous que nous aimons. Histoire d’une idée et évolution d’un concept, mais toujours la fête !

Bonjour, bonjour !!!

Enfin, il fait beau, INCROYABLE, non ?! Le soleil est arrivé, c’est l’été, et la fête de la musique va nous entraîner ce soir en ville ou sur le bord des rivières, sur les plages ou au cœur des villages où les estrades ont été montées pour notre plus grand bonheur.

Comme chaque année, on pourra découvrir des groupes, de jeunes talents, des formations locales, des musiciens confirmés, et parfois même des « têtes d’affiche ». On aura le choix entre rock et rap, techno et pop, reprises de standards et impros jazz, trios classiques et fanfares… jusque tard dans la nuit.

Cette fête de la musique a vu le jour grâce à l’action du ministre Jack Lang, sur une idée d’un journaliste américain de France Musique, Joël Cohen, qui souhaitait en organiser deux par an pour fêter les deux solstices, celui d’été et celui d’hiver. Si le solstice d’hiver, le 21 décembre, n’a pas été retenu, c’est le 21 juin, date du solstice d’été, qui a été consacré pour célébrer la musique dans tout le pays, et maintenant dans le monde. La fête de la musique a vu le jour pour la première fois le 21 juin 1982. Encadrée par une charte européenne depuis 1997, elle s’est répandue dans plus de 120 pays, c’est un véritable phénomène culturel mondial !

Et pourtant, elle a bien changé, cette fête, beaucoup moins spontanée que dans l’esprit de ses créateurs, elle a pris un tour différent, que l’on peut apprécier ou non, mais en tous les cas, c’est une très belle idée.

Fête de la musique, faites de la musique

A l’origine, le principe était le suivant : permettre à tous, musiciens confirmés ou amateurs, de s’installer partout dans les rues, sans autorisation, afin de partager cet irremplaçable plaisir qu’est le fait de jouer ensemble. Comme un immense hymne à la joie en l’honneur de la musique, sans laquelle la vie ne serait pas la même.  Vous imaginez la vie sans musique ?!

Gratter sa guitare folk, taper sur un djembé, chanter à tue-tête, seul ou en chœur, souffler dans un harmonica ou sortir son saxophone pour jouer pour une fois, librement dans la rue, quel beau programme. Le slogan était donc Faites de la musique, sous-entendu faites TOUS de la musique !

D’accord, il n’y avait pas que des futurs Grammy Awards ou des potentiels Grands Prix de l’Académie Charles Cros dans les rues, mais là n’était pas le sujet, on pouvait aller écouter les musiciens qu’on voulait, qu’ils soient joueurs de banjo d’un soir ou violonistes. Et quelle occasion pour le groupe de rock de votre fils ou fille de pouvoir se tester sur scène, souvent pour leur premier concert.

Fête de la musique, le rôle des villes

La majorité sinon la totalité des communes qui programment une fête de la musique jouent le jeu en mettant à disposition personnel municipal et matériel, or cela représente des heures de travail, installation, signalétique, et maintenant organisation de la sécurité autour des lieux investis pour la fête.

Il y a là comme une sorte d’échange de bons procédés, la communication autour de l’événement donne à chaque municipalité l’occasion de se positionner comme un acteur culturel à peu de frais. On le comprend bien, et on ne peut pas en vouloir à telle équipe municipale d’une petite ville de mettre en avant la fête de la musique pour enrichir l’agenda culturel de son site web, lequel n’a pas grand-chose à mettre en avant sur cette thématique, faute de volonté parfois, mais faute de budget souvent. Je vous en parle en connaissance de cause, car j’ai été élue locale dans une petite commune, il y a pas mal d’années, et il fallait vraiment donner de l’énergie là où on n’avait pas toujours le budget.

Quant aux associations locales, elles jouent un grand rôle dans l’organisation de la fête, car la musique est souvent une pratique associative. Que ce soit la chorale ou le groupe folklorique, les fans de country ou les férus de musique baroque, beaucoup d’amateurs se regroupent en association pour partager leur passion. Elles permettent souvent d’enrichir le programme de la fête et en profitent pour faire connaître leur musique et leur activité.

Est-ce toujours la fête de la musique ?

Evidemment, l’événement ne plait pas à tout le monde, et fait des mécontents. On a parfois du mal à imaginer que nos concitoyens ne supportent pas la fête, une fois par an, mais pour certains, en effet, la fête de la musique est un événement où l’on entend « de la musique de sauvage jusqu’à une heure insupportable », preuve que le rock ou le rap n’ont pas encore conquis le public à 100 % !

J’ai habité une ville côtière, La Baule pour ne pas la nommer, où le fait de programmer un concert de jazz de 18h à 19h dans un bar de plage relevait de la plus grande audace… Si vous voulez écouter de la musique ce soir en Loire Atlantique, allez plutôt du côté de Saint Nazaire !

Pas sûr d’ailleurs que le problème vienne de la musique elle-même mais plus du comportement de certains en fin de nuit, qui ne laisse pas imaginer une consommation effrénée de menthe à l’eau pendant la fête, d’où le reproche que l’on entend souvent, « ce n’est plus la fête de la musique, c’est la fête de la bière » …

Quoiqu’il en soit, année après année, l’événement est devenu de moins en moins spontané et de plus en plus encadré, et maintenant qu’il faut prendre en compte les menaces potentielles qui pèsent sur tout rassemblement populaire, on aura compris que les grandes fêtes de la musique en forme de « happening » sont probablement vouées à disparaître.

Mais comme nous vivons dans un monde où tout est monnayé et monnayable, bien sûr que tout n’est pas perdu pour tout le monde, puisque les communes ont en quelque sorte échangé les autorisations de jouer sur les places publiques (alors qu’au départ précisément, il n’y avait rien à demander) contre des autorisations accordées aux bars et cafés de fermer plus tard que les horaires fixés habituellement par décret municipal.

Ce qui fait que la fête de la musique ressemble maintenant à un mélange de bal populaire et de concerts traditionnels avec scène et podiums, là où on se régalait de voir des artistes comme arrivés par miracle à un coin de rue, comme s’ils s’étaient cachés jusqu’au 21 juin derrière un arbre en attendant de nous faire « coucou » avec une guitare ou un accordéon…

Guitariste - Fête de la Musique
Guitariste devant un restaurant

Les plus belles fêtes de la musique en France

Si vous habitez le pays basque, ne ratez pas la fête de Bayonne où sont programmés 80 concerts ! A Nice, Maître Gims, Calogero et Chris (ex Christine & The Queens) sont à l’affiche, Dominique A sera à Verdun, Catherine Ringer à Strasbourg… A Saint Nazaire, plus de 60 artistes ou groupes, le tout avec une programmation qui fait une large place à la danse, j’adore. Et d’ailleurs, j’adore cette ville qui est pour moi LA ville à découvrir de la côte atlantique avec une activité culturelle intense. Un petit coup de promo pour une ville qui le mérite, j’en profite !

Enfin, Paris bien sûr, impossible d’énumérer les différents endroits où l’on pourra entendre de la musique ce soir, mais il y en aura pour tous les goûts, et en tous les cas, à l’Elysée, on jouera de l’électro… si ça continue, mon fils va pouvoir envoyer une maquette à l’Elysée pour 2019, il joue de la techno expérimentale 😉

Moi, ce que j’aime, c’est me promener dans la ville en essayant de trouver une ambiance qui me plait, à Angers, je vais toujours spontanément vers le château ou les bords de Maine, mais il m’arrive de m’arrêter dans une petite rue en entendant une bonne reprise des Rolling Stones…

Et ensuite, ce sera la saison des festivals, auxquels je souhaite beaucoup de soleil et des spectateurs heureux !

A propos, si vous avez envie de parler du festival de votre ville, n’hésitez pas, je ferai un agenda dans pas très longtemps…

Bonne fête de la musique et bel été !!!

Corinne

 

 

 

 

Sixties, seventies, alors on danse ?

Du bal de grand-mère aux pistes de danse du 21ème siècle, comment est-on passé de danses ultra-codées à une expression de totale liberté. Be bop, rock, jerk, pogo, les révolutions de la danse…

Bonjour, bonjour,

Nos chères années soixante ! Nous avons toutes une bonne raison d’être fans des sixties, amies lectrices, ce sont nos années, et n’ayons pas peur de le dire, elles étaient belles, les sixties, elles étaient drôles et vivantes, non ?! Le twist, le madison, le yéyé, les premiers slows, on a vraiment bien aimé.

Après, il y a eu les seventies et là, on a adoré… A cette époque-là, pas de Facebook, et comme dit une de mes amies, heureusement, car pas de Facebook, pas de trace 😊

Pas de vidéos de nos déhanchements sur les pistes de danse, ni de ces garçons un peu balourds (pour ne pas dire Baloo !) qui n’osaient pas se lancer ou alors si maladroitement qu’on en a encore des fous rires rétrospectifs et cela dit sans aucune méchanceté de ma part (je le jure !), pourquoi les garçons aiment-ils souvent moins la danse que les filles, est-ce une question d’éducation ?

Des bals populaires aux caves de Saint Germain des Prés

Jusqu’à la génération de nos grands-parents, dans une société où tout était bien contrôlé pour ne pas nuire aux bonnes mœurs, danser ne se concevait qu’en suivant des pas réglés comme… du papier à musique. Les jeunes gens prenaient donc des cours pour s’initier à la valse, apprentissage indispensable pour pouvoir approcher une personne de l’autre sexe dans les soirées.

Du célèbre bal des débutantes aux bals musettes, des salons bourgeois aux dancings des villes côtières qui s’appelaient (presque !) tous La Potinière, l’ensemble de la société avait ses lieux consacrés. On y dansait la valse, à laquelle s’ajoutèrent bientôt la java, la rumba, le tango, danses qui vinrent quelque peu chambouler les corps et les esprits, ce qu’Alain Souchon nous a fort bien chanté avec « Y’a d’la rumba dans l’air, le smoking de travers… ». Eh oui, car on allait encore danser en smoking et pour les filles, robes virevoltantes et talons de rigueur…

Les vieilles traditions commencèrent à être bousculées par la génération de nos parents, qui fêtèrent leurs 20 ans au sortir de la 2ème guerre mondiale. Ce fut l’avènement du jazz, une vraie révolution. L’effervescence provoquée par cette musique vint à point nommé divertir les esprits d’une jeunesse dont les premières années avaient été placées sous le signe de la guerre, de ses horreurs et des privations qui l’accompagnent.

La musique et la danse devenaient pour cette génération l’expression d’une liberté retrouvée dans un monde plein de promesses, car ce qui s’annonçait semblait un avenir radieux et enfin dénué de menaces… Au centre de ce monde, il y avait la France évidemment, et au centre du pays, ce petit village de Saint Germain des Prés dans lequel les caves aménagées sous les bars du quartier se mirent à résonner d’étranges notes, et les corps et les cœurs à vibrer au son d’une musique incroyablement libératrice.

Toutefois, on dansait encore volontiers à deux, le be bop, le fox trot… et les garçons n’étaient pas les derniers sur la piste à cette époque.

Cette tradition a perduré longtemps. Vous vous souvenez peut-être de la chanson de Salvatore Adamo « Vous permettez, Monsieur… » ? Tout un univers évoqué dans cette chanson pleine d’humour, on était en 1964, preuve que les bals n’étaient pas encore passés de mode et que le rituel était encore le « Vous dansez, mademoiselle » encore chanté par Pierre Bachelet en 2008, mais sur un mode nostalgique, « dans ce dancing miteux, style bar de banlieue ».

Du rock’n roll au métal, des salles de concert aux festivals …

Puis vint le déferlement du rock’n roll, qui fut dès ses débuts un mouvement de société autant qu’une forme musicale. Importé et porté par des chanteurs à l’image de mauvais garçon – qui nous paraissent aujourd’hui bien gentillets – le rock, à ses débuts, se dansait encore à deux. Rappelez-vous, on s’entraînait entre cousins et cousines le jeudi après-midi pour être sûrs de faire bonne figure le soir où nos parents consentiraient à nous laisser organiser une surprise-partie !

Le rock s’est construit totalement en réaction contre les bonnes mœurs, et a amené une liberté extrême à la fois dans la composition musicale et la façon de danser. Le plaisir n’était plus de coordonner ses pas et ses mouvements d’une façon codifiée. On se mit à danser en solo, chacun se laissant porter par la musique et improvisant une gestuelle totalement libérée.

Ce qui caractérise les années rock, c’est aussi l’ouverture de salles de concert dans toutes les villes. Certaines deviendront mythiques, comme le Marquee à Londres, ouvert dès 1958, et qui accueillit le premier concert des Rolling Stones. Inutile de préciser que si je pouvais appuyer sur la machine à remonter le temps, je choisirais bien le 10 juillet 1962 pour revenir en arrière ! A Paris, Bruno Coquatrix eut l’intuition que ce mouvement musical allait changer profondément notre façon d’écouter la musique, et transforma l’Olympia de salle de music-hall du 19ème siècle, en haut lieu du rock de la capitale dans les années soixante.

La musique « live » à cette époque devenait donc absolument primordiale et l’écho s’en trouva retentir au point qu’il ne fut plus possible « d’assister » simplement à une représentation, au point que l’on cassa des chaises dans des soirées de chanteurs pourtant bien peu subversifs comme Gilbert Bécaud. On se mit à danser dans les concerts, et peu à peu les fauteuils disparurent pour faire place à des salles de plus en plus grandes jusqu’à programmer les plus grands groupes ou chanteurs dans des stades.

Je ne vous dirai pas que c’est ce que j’ai le plus apprécié dans cette évolution, car voir les Stones en concert à l’Olympia et au Stade de France, ce n’est pas tout à fait le même plaisir !

La fin des sixties vit aussi les premiers grands rassemblements consacrés à la musique rock, les festivals, dont Woodstock signa l’emblématique acte de naissance aux USA. A Woodstock jouèrent tous les grands groupes de cette époque, Jimi Hendrix, Janis Joplin, Santana, Jefferson Airplane, Ten Years After et tant d’autres. Le mouvement hippy fit de ces rassemblements une véritable célébration de la musique et de la danse, la consécration du flower power. En Angleterre, ce fut le festival de l’Ile de Wight qui inaugura cette nouvelle ère, il fêtera ses 50 ans en 2018. Gageons qu’à l’époque nul ne s’attendait à une telle longévité !

Au fait, sauriez-vous combien de festivals rock, pop, blues etc… il y a ne serait-ce qu’en Europe à l’heure actuelle ? Personne n’a une idée de la réponse mais dans le Top Ten on trouve des festivals français comme le Printemps de Bourges ou les Eurockéennes de Belfort, l’incroyable Hellfest de Clisson consacré au rock hard et métal, Rock en Seine…

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Concert à Nantes d’un de mes groupes préférés, Of Monster And Men

Du jerk au pogo

Dans les années 70, nous avons appris à danser sans respecter une chorégraphie prédéfinie, simplement en bougeant notre corps, en suivant la musique et en laissant nos sensations inspirer nos mouvements. C’est l’avènement du jerk, littéralement secousse, véritable tourbillon de danse en totale liberté. Pour moi, le bonheur, car j’ai toujours eu du mal avec les figures imposées !

Les chorégraphies n’ont pas pour autant disparu. Remise au goût du jour avec le disco et ses enchaînements déhanchés sur les pistes des discothèques, la danse n’a jamais été aussi célébrée dans le monde entier.

Le mouvement qui a le plus contribué à cette époque à nous jeter sur les pistes de danse, c’est certainement le funk, avec ses chorégraphies incroyablement festives et décomplexées, qui inspireront le rap et le hip-hop. Earth Wind and Fire, Kool and the gang, l’ère des dance floors était né… et elle n’est pas révolue !

La danse dite « de salon », résiste malgré tout et traverse les époques, notamment avec les danses latino-américaines que l’on découvre et redécouvre avec bonheur. Après le tango qui a toujours ses adeptes, la rumba, la samba, c’est la salsa qui fait fureur depuis les années 2000.

Danser, c’est vivre, les danses font partie de la vie des hommes depuis toujours, elles sont présentes dans toutes les civilisations. Qu’elles soient sacrées ou profanes, leur pouvoir est réellement magique.

En groupe, nous partageons avec la danse quelque chose d’important, une passion commune pour une musique, pour un mode d’expression, la joie de participer à une fête qui célèbre notre culture. Un fest noz (fête de nuit en breton), c’est un hymne à la Bretagne et à sa musique, ses traditions. Si vous savez ce qu’est un pogo, vous trouverez peut-être que cela n’a pas grand-chose à voir avec ce que je viens de décrire, et pourtant Google classe bien le pogo dans les danses « danse répandue dans les concerts punks, qui consiste à se bousculer frénétiquement ». Je ne me lasse pas de cette définition et ne vous parlerai pas aujourd’hui du mouvement punk sur lequel je suis intarissable, donc j’y reviendrai dans un autre article !

En couple, danser un slow est un moment d’émotion enfin, lorsqu’on est amoureux bien sûr, sinon, ça peut paraître une véritable épreuve 😉 Souvenons-nous : Hey Jude avec un garçon qui ne nous attirait pas, mais alors pas du tout, quelle épreuve les na na na na na na na de la fin, interminable ! Restons plutôt dans l’évocation de nos plus beaux souvenirs, le premier slow et la chanson qui devient notre chanson fétiche, celle qui nous mettra les larmes aux yeux pendant des semaines, des mois ou plus si affinité réelle et de longue durée !

Seul(e)s aussi, quel plaisir de mettre parfois la musique à fond dans le salon avec notre morceau préféré, celui qui nous pousserait encore irrésistiblement sur la piste de danse. Nous avons l’impression de revivre, d’oublier les soucis quotidiens et une vie devenue peut-être un peu trop « plan-plan ».

C’est vrai, les années passent, mais nous avons gardé notre cœur d’adolescent(e) parfois, nos élans amoureux souvent, et il n’est pas besoin de pousser trop fort le volume pour que nous soyons pris(e) d’une folle envie de danser en entendant un bon vieux rock comme on les aime…

Pour moi, ce sera les Stones, s’il vous plait et bien fort le son !

Si vous avez envie de vous remettre à la danse, et pas forcément seul(e) dans le salon, n’hésitez pas, il y a plein d’associations et de cours de danse qui vous attendent, danse jazz, danse contemporaine, danse orientale… Vous pouvez même vous remettre au rock, apprendre le tango ou le hip hop (un peu plus difficile peut-être mais pourquoi pas !). Surtout, bougez, dansez, c’est bon pour le corps et l’esprit !

Et pour finir, un quizz hyper-facile : devinez quel morceau a inspiré le nom de ce blog ? Papa was a rolling stone, dont je vous offre en bonus la chorégraphie originale qui me met toujours de bonne humeur ! https://www.youtube.com/watch?v=0g7KawdsVSQ

Et vous, vous arrive t-il de danser ? En quelles occasions ? Racontez- nous vos meilleurs moments de danse et on en reparle ensemble avec plaisir !

À bientôt,

Corinne